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De retour dans la Ford Nation

Le maire de Toronto, Rob Ford... (La Presse Canadienne)

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Le maire de Toronto, Rob Ford

La Presse Canadienne

(TORONTO) «Je ne suis pas avec lui. Mais je ne suis pas contre lui non plus, vous savez...», me confie Grant Aitken.

Je suis dans un Second Cup d'Etobicoke, et j'ai enfin trouvé, en ce lundi férié de février, un Torontois plutôt pro Rob Ford, et prêt à me donner son nom.

Ils sont nombreux depuis le matin à me dire qu'ils adorent «Robbie», ce maire aux problèmes de drogue, d'alcool et de comportement que vous connaissez. Nombreux depuis que je suis arrivée à Etobicoke, ancienne banlieue aux airs parfois de Mont-Royal, parfois de Verdun, à me confier toute leur admiration pour le maire. Mais quand vient le temps d'être cité, l'enthousiasme tombe.

Est-ce parce que Ford a réussi à convaincre son monde - je suis en pleine «Ford Nation» - que les journaux font partie de cet establishment à défier, cet univers que lui, le gars riche au coeur de col bleu, le gars qui dit comprendre les vrais problèmes des vrais travailleurs, n'a pas peur d'ignorer?

Hier midi, par exemple, dans un Tim Hortons du sud d'Etobicoke, je rencontre un gars qui dit être un ami de «Robbie». «Je sais ce que tu veux», me dit-il sur le ton de celui qui se trouve très perspicace, après qu'on a parlé pendant de longues minutes de son idole, du «seul politicien qui n'a pas le nez dans l'auge aux cochons». De cet homme dont il admet qu'il a des problèmes personnels, mais il affirme que ce n'est pas grave, il suffit qu'il les règle - parce que l'alcoolisme et la drogue, ça se règle, contrairement, apparemment, à la propension aux augmentations de taxe.

«Je sais ce que tu veux, me dit-il donc. Tu veux une citation.

- Oui, d'habitude, c'est ce que les journalistes cherchent...

- Pas question.»

Sa réponse est tombée comme une sentence. Il avait un petit sourire. Ce fut, peut-être, le meilleur moment de la journée de ce Torontois. Son moment Rob Ford. Cette minute où il a dit non à un journal.

Tout le discours pro-Ford revient constamment à cette rébellion des cols bleus des couronnes contre une sorte d'alliance de cols blancs divers habitant le centre de la ville - ce qui inclut les médias -, dont les pro-Ford ont totalement et profondément soupé. Plus capable de les entendre parler de leurs aliments bios, de leurs vélos, de leurs tramways...

«Vous savez, dans le centre, ce sont des socialistes», me dit un buveur de café, dans un autre Tim Hortons d'Etobicoke - il y en a plusieurs - en regardant vers la tour du CN qui a, il faut le dire, des airs de famille avec la tour d'Alexanderplatz, emblème du Berlin-Est communiste. «Ce gars-là, Ford, il vous rappelle quand vous l'appelez à l'hôtel de ville pour parler d'un vrai problème. Vous voyez ça souvent, vous, à Montréal?»

«Ses notes de frais sont impeccables. Il n'a pas besoin de son salaire de maire. Il dit qu'il n'imposera pas de nouvelles taxes et il tient sa parole. Il est où, le problème?», demande le gars du premier Tim Hortons. «On attaque Robbie parce qu'il fait un travail formidable.»

«Les gens ici l'adorent», ajoute Corey, un ancien Québécois qui a déménagé à Toronto il y a de nombreuses années, assis devant un café lui aussi. «Oui, il a un problème de drogue, mais bien des gens prennent de la drogue. Cela dit, moi, je ne revoterai pas pour lui s'il ne règle pas ça. C'est gênant pour la ville.»

Mais alors que je suis sur le point de partir, il ajoute: «Mais s'il fallait voter uniquement pour son travail de maire, pour le travail qu'il a fait, c'est sûr que je voterais pour lui.»

La dernière fois que je suis revenue de Toronto, j'étais assise dans le train à côté d'un informaticien originaire de Bangalore, en Inde, qui travaille à Toronto et qui m'a fourni une autre théorie sur l'appui à Ford dans les banlieues multiethniques de la métropole ontarienne. «Comparativement aux politiciens indiens et à toute leur corruption et leurs problèmes de comportement, ce gars-là, ce n'est rien du tout. Même les corrompus de Montréal, ce n'est rien du tout. Des débutants, des amateurs. Vous n'allez pas émouvoir les immigrants venus de mon pays avec ça. La seule question que nous, on se pose quand on choisit un politicien, c'est: «Is the job done? " Est-ce que le travail est fait?»

Le dernier sondage du Forum Research publié dans le Sun donne à Ford un taux d'approbation de 43%. Ce n'est pas la majorité, et la proportion est en baisse depuis le début de l'année où sa gestion de la crise du verglas lui a valu un regain de popularité. Mais c'est quand même près de la moitié des personnes sondées qui sont avec lui.

Selon ce même sondage, c'est Olivia Chow, la députée néo-démocrate du centre de Toronto, veuve de Jack Layton, qui n'a pas annoncé sa candidature, mais qui est en pleine tournée médiatique pour un nouveau livre, qui a le plus de chance de battre Ford - surtout si John Tory, ancien politique et animateur radio et autre candidat potentiel, décide de ne pas se présenter.

Et Grant Aitken, le gars du Second Cup, croit qu'effectivement, Chow a de bonnes chances.

Imaginez la dichotomie: un joueur de football plutôt gros bras, anglo-saxon de banlieue, contre une intello d'origine chinoise, urbaine de gauche.

Avez-vous dit deux Toronto?




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