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Un peu à Paris

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Le dimanche 27 janvier, je ne serai pas à Paris.

Ou plutôt si, j'y serai un peu.

Je serai de tout coeur avec ceux qui descendront dans la rue pour défendre le mariage pour tous. Je serai un peu là, dans ma tête, pour répliquer aux centaines de milliers de manifestants de dimanche dernier qui sont sortis exprimer leur refus du changement, leur non à l'ouverture. Je serai là, en pensée, pour demander au gouvernement socialiste du président français François Hollande de tenir ses promesses électorales et de changer les lois pour que les mariés de même sexe aient les mêmes droits sociaux que les autres.

Chers policiers, ceux qui diront, après coup, combien de personnes sont sorties dans la rue pour manifester en faveur du droit à tous les amoureux, y compris, évidemment, ceux de même sexe, de s'unir officiellement, publiquement, légalement, comptez-moi, s'il vous plaît, parmi vos statistiques.

Je ne suis peut-être pas française, mais je crois que tous les progressistes du monde ont le droit de s'exprimer sur ce sujet.

Le droit à la différence est une question qui dépasse totalement les frontières. C'est avant tout une revendication humaine. Devant le refus de la diversité, nous devrions tous être fondamentalement pareils. Solidaires. Ensemble sur cette Terre à exiger le respect pour nos frères et nos soeurs, nos amies, nos enfants, nos voisins, nos collègues, nos parents, nos semblables.

Les chiffres de dimanche dernier, entre 300 000 et 800 000 manifestants antimariage pour tous dépendant des sources, m'ont donné froid dans le dos. On savait que les États-Unis comptaient leur lot de bigots. Tous ces gens qui se donnent une image prude, mais en fait semblent obsédés par les questions touchant le sexe comme pouvaient l'être les curés d'autrefois - contraception, avortement, homosexualité, etc. On savait, donc que les États-Unis avaient leurs Rush Limbaugh, leur Tea Party, leurs Palin, Bush, Romney et compagnie, tous antichangement. Et pourtant, voilà qu'État après État, les lois sur le mariage changent et embrassent plus large. Voilà que sur cette scène publique immense qu'était la cérémonie des Golden Globes dimanche, le même dimanche que la manif parisienne, une actrice, Jodie Foster, «sort du placard». Peut-être maladroitement, mais sans que cela ne provoque de révolution.

Mais la France? Le pays de Bertrand Delanoë, de Colette, de Michel Foucault, de Roland Barthes... Le pays de la liberté, de la fraternité, de l'égalité? Le pays laïque qui aurait pu dire des décennies avant notre premier ministre Pierre Trudeau que l'État n'a pas sa place dans la chambre à coucher, lui, voudrait bouder l'ouverture? N'était-ce pas dans les années 30 ou 50 que Jean Cocteau ou Simone de Beauvoir montraient au monde qu'il n'y a pas qu'un chemin amoureux dans la vie...

Ce pays serait-il si différent, si davantage traditionnel, voire réactionnaire, que l'image qu'on s'en fait? Ou alors tout simplement beaucoup plus polarisé.

On regarde la France, et on a l'impression d'en voir deux. D'un côté, une image romantique d'ouverture en symbiose avec l'esprit d'avant-garde de ce pays dans mille domaines culturels, artistiques, scientifiques, et de l'autre côté, une image traditionaliste qu'on oublie parfois, mais bien réelle, remplie de nappes blanches amidonnées, d'une élégance immuable, d'une beauté architecturale, sculpturale, somptueuse, mais figée.

Comme parent, on se demande toujours si on fait les bonnes choses. Mais quand j'entends mes enfants s'insurger contre une blague homophobe et d'autres commentaires dénigrants, je ressens une paix profonde. Le bonheur de leur avoir transmis une ouverture fondamentale à la différence qui me semble essentielle en vertu des valeurs judéo-chrétiennes qui m'ont été inculquées lorsque j'étais enfant.

Ce n'est pas rejeter la religion que d'être en faveur du mariage pour tous comme le prétendent ses opposants. Au contraire. C'est faire une lecture moderne de ses messages.

Le mariage pour tous n'enlève rien à personne. Il donne aux autres, il partage. Et n'est-ce pas là un des messages fondamentaux de cette Église qui, pourtant, attise aujourd'hui le refus au changement? Absurde.




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