Guy Turcotte: un peu la fin du monde

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On nous la promettait pour le 21 décembre. Finalement, elle est un petit peu arrivée le 12. Ce n'était peut-être pas la fin du monde, mais la fin de quelque chose.

La libération de l'ex-cardiologue Guy Turcotte, qui a tué ses deux enfants, même sous condition, est tellement immensément loin de la conception de la justice qu'on nous inculque dès nos premiers soupirs dans cette société de droit qu'on ne peut qu'être abasourdi.

Atterré.

Défait, non seulement par la peur de savoir que cet homme sera parmi les autres - et qu'on ne vienne pas nous interdire cette crainte -, mais aussi paralysé par l'ampleur de l'acrobatie juridique qu'on nous demande d'accepter.

Si c'est la fin de quelque chose, c'est probablement celle de la tente, de la yourte morale dans laquelle on s'était posé. La voilà qui doit être remontée ailleurs. Un petit peu plus loin, pas trop, mais à côté de son espace de départ.

On ne revoit pas le monde au complet, on ne réinvente pas la roue ni les 10 commandements. On ne réécrit pas le Code criminel. Mais on sait maintenant que tuer ses deux enfants, être reconnu non criminellement responsable et retourner, un jour, vivre en société n'est pas impossible.

Ce n'est pas la fin du monde, c'est un léger déplacement qui rend inconfortable. Très inconfortable.

La Justice met nos nerfs à dure épreuve.

***

«C'est moi, où je ne comprends rien à la justice?», demandait hier une dame sur Twitter. «Bravo, charmant système judiciaire, Bravo! #quellejoke», lançait un autre internaute. «J'ai plus de chance de faire de la prison en manifestant pacifiquement pour mes droits qu'en tuant mes proches volontairement», poursuivait un troisième, dont on s'imagine qu'il a dû passer une partie du printemps dans la rue avec un carré rouge.

Avouez que ce n'est peut-être pas la fin du monde, mais que rien n'est clair. Et que la semaine a été difficile, non?

D'anciens hauts dirigeants de la Sûreté du Québec font l'objet d'une enquête pour une histoire de fonds secrets qui évoquent les romans policiers suédois. La mère de Drummondville accusée d'avoir noyé ses trois enfants est de nouveau enceinte. Des ministres à peine élus affichent déjà une attitude troublante devant l'argent, alors qu'on commence à peine à digérer les révélations de la commission Charbonneau.

Notre relation avec l'État et notre confiance envers le sens commun de nos concitoyens sont bien testées, ces jours-ci.

Ce n'est peut-être pas la fin du monde, mais ce n'est pas relax. Et qui le sera, relax et serein, quand viendra le temps d'envoyer un chèque aux impôts après tout ce qu'on a entendu sur la corruption? De payer une contravention pour excès de vitesse? D'entendre les verdicts des jeunes arrêtés dans le cadre des manifestations du printemps - enrageantes, mais quand même pas doublement meurtrières...

On entend déjà, sur les réseaux sociaux, la rumeur d'une foule en colère qui souhaite le pire à l'ex-cardiologue, d'une rue qui remet en question ses liens avec les institutions.

Ce n'est peut-être pas encore la fin du monde, mais ce n'est pas beau à voir.

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