Réveillons-nous

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Il y a des gens que la caféine réveille. Moi, elle m'angoisse.

Surdose et me voilà en train de vérifier huit fois si j'ai bien éteint tous les ronds de poêle avant de sortir. Ou en train d'imaginer tous les malheurs qui pourraient arriver à mes enfants si je ne les suis pas des yeux sur les 400 mètres entre l'auto et l'école.

Vous comprendrez que siroter des boissons énergisantes remplies de cette substance psychoactive ne fait pas partie de mon programme quotidien. Je peux compter sur les doigts d'une main les fois où ça m'est arrivé.

Cela dit, les fois où j'en ai acheté, parce qu'il fallait que je sois bien éveillée - notamment une fois sur la route -, ces boissons m'ont bien servie. Comme les comprimés d'acétaminophène font très bien le travail quand j'ai mal à la tête. Ou les anticongestionnants quand j'ai le rhume.

Vous voyez où je veux en venir.

Ces boissons ne sont pas comme les autres boissons.

On dirait des médicaments antiflemme.

Elles ont un effet réellement stimulant. Les ingrédients ajoutés à la caféine - notamment la taurine, dérivé d'acide aminé - permettent à celle-ci d'agir pleinement, intensément. Même si les niveaux de caféine correspondent à ceux d'un café, l'effet est différent.

Est-ce horrible, détestable, condamnable? Pas du tout.

Le monde entier se stimule le cerveau au thé et au café depuis des siècles et des siècles.

Sauf qu'il ne faut pas croire que ces rafraîchissements sont anodins. Banals.

Et ce message doit absolument être compris et transmis aux adolescents, public visé par toutes les campagnes de marketing.

Les morts d'adolescents consommant des boissons énergisantes commencent à être trop nombreuses.

Selon une enquête du Toronto Star publiée la semaine dernière, depuis 2003, Santé Canada a été informé, alerté du fait que trois ados canadiens sont morts dans des circonstances laissant croire que ces liquides auraient pu jouer un rôle fatidique. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a été saisie de cinq cas.

Évidemment, les fabricants de ces boissons disent que rien n'a été prouvé et rejettent les allégations de certains des parents de ces jeunes, qui les montrent du doigt.

Mais les autorités enquêtent et le doute commence à être de rigueur. Surtout que d'autres effets secondaires ont aussi été rapportés, notamment des convulsions, de l'arythmie, des vomissements... Sans parler des problèmes spécifiques aux gens souffrant de problèmes de santé mentale, comme l'explique ma collègue Daphné Cameron.

Il est probablement beaucoup mieux de voir nos ados s'exciter les méninges au Red Bull qu'aux amphétamines. Mais boire du Monster, ce n'est pas comme prendre un verre de lait. Posez la question aux urgentistes américains qui ont vu les cas liés à la consommation de boissons énergisantes décupler depuis 2005. La moitié du temps, à cause de mélanges avec de l'alcool...

Ces boissons ne sont pas banales. Leur consommation n'est pas sans conséquence. Et même si cela demande des efforts que les parents d'adolescents n'ont pas nécessairement le courage de faire - et on les comprend -, il faut commencer à serrer l'accès des jeunes à ces produits. Il faut commencer à leur parler des dangers. Il faut arrêter, comme on le fait avec tant d'autres nouveautés (je pense notamment à Facebook et aux dangers de la cyberintimidation), de regarder ailleurs en espérant que les risques s'évanouissent.

Et la société doit s'en mêler aussi, aider les parents, serrer la vis.

Parce que les commerçants n'arrêteront pas seuls, spontanément, de vendre ces produits à des enfants de 14 ans comme la jeune Anais Fournier du Maryland, morte en décembre dernier, une buveuse de Monster Energy dont la mère, convaincue de la responsabilité du fabricant, est maintenant partie en croisade. À suivre.

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