Sommes-nous prêts à payer pour bien manger?

Je ne mange pas souvent à la Rôtisserie St-Hubert. Pas par snobisme, mais plutôt parce que mon travail de critique gastronomique en quête d'adresses inédites limite pas mal les possibilités de devenir une habituée de quoi que ce soit.

Cependant, quand je me retrouve sur le bord d'une route, sans beaucoup de temps pour éplucher le web à la recherche de bons petits restaurants indépendants, je vais chez St-Hubert. Drummondville, Orford, Granby... Ce sont mes arrêts de bord d'autoroute.

Je déteste le rouge fluo de la sauce des menus pour enfants et les desserts, mais le poulet est correct. Ou du moins, je croyais fermement qu'il l'était quand j'y allais. Je suis parmi ceux qui ont applaudi la décision de la chaîne, en 2002, de ne servir que des poulets nourris à 100% aux végétaux, donc sans ces farines animales qui nous hantent depuis le scandale de la vache folle dans les années 90.

Cette annonce fait partie des raisons pour lesquelles j'y vais, ou plutôt que j'y allais, pas souvent, mais les yeux fermés.

Quand j'ai appris il y a quelques jours, sous la plume de ma collègue Marie Allard, que les poulets de St-Hubert mangeaient à nouveau, discrètement, des farines animales, donc faites de sous-produits cuits et pulvérisés - notamment des peaux, plumes, viscères et compagnie -, la nouvelle m'a plutôt coupé l'appétit.

Pas fort pour une chaîne qui s'était bâti une certaine crédibilité. Du même coup, je me suis demandé si l'Agence canadienne d'inspection des aliments, l'organisme fédéral qui surveille les pratiques dans le monde alimentaire, n'exagérait pas un peu en refusant aux producteurs de poulet Exceldor, le fournisseur de St-Hubert, le droit de parler de poulets «tout végétal» uniquement parce que la vitamine D administrée aux volailles est encapsulée dans de la gélatine d'origine porcine.

Une simple vitamine?

Cela semble bien peu, mais il faut tracer une ligne et c'est là que l'agence a choisi de le faire. Et en plus, il y a moyen de traiter le poulet à la vitamine D végétale, nous ont appris hier les éleveurs de la ferme des Voltigeurs, dans la région de Drummondville, une entreprise qui vend des poulets 100% végétariens. Son volume de production ne permet pas d'approvisionner une chaîne aussi vorace que St-Hubert, mais du poulet «tout végétal», il y en a donc en vente au Québec.

Si vous en cherchez, vous pouvez en trouver.

Si vous en cherchez et si, aussi, vous êtes prêts à payer le prix qu'il faut, l'autre question au coeur de la décision de l'équipe St-Hubert-Exceldor de ne plus choisir le 100% végétal.

Le poulet nourri en végétarien coûte en effet 20 cents de plus le kilo que le poulet qui ingurgite des sous-produits carnés pulvérisés, a-t-on expliqué à ma collègue. On s'est dit qu'il valait mieux ménager le client.

On note souvent que les produits naturels coûtent «plus cher» que les produits industriels, mais en fait, on devrait formuler notre pensée dans le sens inverse. C'est produire des aliments industriellement, en prenant tous les raccourcis possibles, qui coûte moins cher que la production normale.

Et c'est cette nuance que les consommateurs québécois doivent comprendre s'ils veulent s'assurer, à l'avenir, que leurs restaurants préférés ne décident pas, sans leur dire, de tourner les coins ronds. Si ces établissements ont constamment peur que la moindre hausse de prix, aussi raisonnablement justifiée soit-elle, ne fasse fuir la clientèle, cela risque de se produire de nouveau.

Mis à part la piètre décision d'Exceldor et de St-Hubert de ne pas poursuivre leur politique du tout végétal, mis à part le pointillisme probablement justifié de l'Agence canadienne d'inspection des aliments au sujet des vitamines à la gélatine porcine, c'est notre attitude devant les prix de la nourriture qu'il faut blâmer pour bien des horreurs alimentaires.

Pourquoi faisons-nous la sourde oreille quand on nous dit que les crevettes géantes super pas chères de telle ou telle grande surface sont produites dans des conditions nauséabondes en Asie? Ou que tout boeuf haché pas cher, celui qu'il faut bien cuire parce qu'il est potentiellement contaminé au E. coli, est en fait de la viande qui a peut-être été en contact avec des excréments de bovin tellement sa qualité est passable? Pourquoi continue-t-on d'en acheter tout en rouspétant contre les prix des légumes bios et des fromages québécois?

Je vous entends déjà me hurler aux oreilles que je n'ai aucune considération pour les familles dont les revenus sont trop bas pour acheter des produits de qualité au prix juste. C'est effectivement un problème sérieux pour elles. Et c'est notamment pour aider ces familles-là que les autorités en santé publique et que plein de groupes très dynamiques un peu partout au Québec cherchent des solutions en prônant notamment les microprojets agricoles et l'agriculture urbaine.

Mais il n'y a pas que les gens peu fortunés qui mangent. Il y a aussi ceux qui se ruent sur les saucisses en solde pour mieux sauvegarder leur pouvoir d'achat, histoire de se procurer toutes sortes d'autres choses qui iront directement encombrer nos dépotoirs.

On trouve bien dommage la décision de St-Hubert. Mais si la chaîne n'avait eu aucun doute sur notre volonté de payer plus pour du poulet nourri sans farines animales, pensez-vous qu'elle aurait pris la même décision?




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