Sale temps pour les salles

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Jennifer Lawrence in mother !, from Paramount Pictures and Protozoa Pictures.

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La conférence de presse du nouveau film de George Clooney venait de se terminer au Bell Lightbox. Dans la rue King, les badauds s'étaient massés le long des barrières, en espérant reconnaître qui grimperait dans les limousines garées près de la porte de service du quartier général du Festival international du film de Toronto.

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Mettant en vedette Louis-José Houde et Michel Côté, De père en flic 2 a engrangé des recettes de plus de 6 millions au box-office.

image fournie par Les Films Séville

George Clooney a présenté au plus récent TIFF... (photo Nathan Denette, la presse canadienne) - image 1.1

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George Clooney a présenté au plus récent TIFF son film Suburbicon, écrit par les frères Coen.

photo Nathan Denette, la presse canadienne

Des dizaines de curieux ont fini par apercevoir le haut du mollet gauche de Julianne Moore, une tempe grisonnante du beau George ou une épaule musclée de Matt Damon. Combien d'entre eux savaient que le film de Clooney a été écrit par les frères Coen et qu'il s'intitule Suburbicon ? Je ne saurais dire, mais je parie qu'ils n'étaient pas plus d'une poignée.

Combien, parmi ces Torontois ayant fait le pied de grue plus d'une demi-heure, se rueront au cinéma voir Suburbicon lorsqu'il prendra l'affiche ? Je préfère ne pas connaître la réponse. De tout temps, le public s'est intéressé davantage aux stars des films qu'aux films eux-mêmes. Mais cela ne m'a jamais semblé plus évident qu'au plus récent TIFF, où le « buzz » autour des films avait la vigueur d'une abeille esseulée dans un parking vide de centre commercial...

Je ne suis pas le seul à m'inquiéter du manque apparent d'intérêt pour le septième art. Le box-office nord-américain a connu son pire été depuis une décennie, la fréquentation des salles a diminué au cours de la même période et si les recettes ont augmenté, ce n'est que parce que le prix des billets est de plus en plus cher.

Hollywood s'affole. Certains se demandent si les salles de cinéma ont toujours un avenir, ou si elles seront les prochaines victimes de la révolution technologique qui a sonné le glas du CD et menace le DVD. 

La masse critique d'amateurs de sensations fortes au cinéma est-elle suffisante pour assurer la survie des multiplexes ? Ou est-ce que le cinéma en salle n'intéressera bientôt qu'une poignée de cinéphiles, comme le disque vinyle qui reste en vogue pour quelques irréductibles mélomanes ?

« C'est une fausse perception que plus personne ne va au cinéma, croit Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec, qui compte pour environ la moitié des écrans de cinéma de la province (et 75 % du box-office). Depuis cinq ans, la fréquentation est stable dans le marché domestique nord-américain, malgré la diversification des plateformes comme Netflix et illico. »

Éric Bouchard, qui est par ailleurs propriétaire du Cinéma St-Eustache, croit que les baisses de fréquentation au cinéma sont cycliques. « Le cinéma américain a connu un mauvais été, mais IT a établi des records pour une sortie de film en septembre », rappelle-t-il. L'exploitant de salles est par ailleurs encouragé par les derniers résultats aux guichets du cinéma québécois qui, vitaminé par les succès populaires de Bon Cop Bad Cop 2 et de De père en flic 2, a accaparé cet été des parts de marché de presque 18 %, contre quelque 5 % l'an dernier.

Les deux comédies québécoises de l'été ont supplanté même les plus grosses superproductions hollywoodiennes au box-office québécois, dont les recettes sont stables. Il s'agit de la meilleure performance estivale du cinéma québécois en 12 ans selon Cinéac, organisme spécialisé en la matière.

«Est-ce que les Québécois veulent encore voir leurs films au cinéma ? Je crois que nous avons eu notre réponse cet été.»

Éric Bouchard
propriétaire du Cinéma St-Eustache

Une réponse qui, on l'espère, ne changera pas au gré des saisons. Car, à l'évidence, le mal est plus profond. Le cinéma n'a plus l'attrait qu'il avait autrefois. Ni auprès des adolescents, qui sont pourtant le public cible du cinéma hollywoodien, ni auprès de leurs parents qui, de plus en plus souvent, préfèrent attendre qu'un film soit offert sur Netflix, iTunes ou illico plutôt que d'aller le voir en salle.

De quoi parlent les gens autour de la machine à café du bureau ? Davantage des dernières intrigues de District 31 ou de Game of Thrones que de celles du dernier film de Luc Picard ou de Darren Aronofsky. Au nom d'un nouveau conformisme, dont nous sommes tous victimes à divers degrés, l'on préfère souvent regarder le 12e épisode de la cinquième saison d'une série finalement médiocre sur Netflix plutôt que de donner sa chance à un long métrage de fiction, même précédé d'une bonne réputation.

Bien des scénaristes et réalisateurs de renom, ici comme aux États-Unis, considèrent la série télé comme le nouvel eldorado de liberté artistique. Il faut désormais qu'un film soit un « événement » - du type Dunkirk - pour attirer le public dans une salle sombre. Pour un succès aux guichets comme celui de IT, combien d'échecs commerciaux à la mother ! pour nous rappeler que la prise de risque n'est pas encouragée dans le cinéma américain.

Les grands studios préfèrent aujourd'hui cibler le plus bas dénominateur commun, avec un contenu de plus en plus consensuel, afin de rallier des publics aussi variés que ceux de l'Amérique du Nord, de l'Europe et de l'Asie (où le cinéma hollywoodien fait aujourd'hui une très grande proportion de ses recettes). 

Et si le cinéma commercial en arrache, imaginez la cinéphilie ! Dire qu'elle se meurt ne me semble pas exagéré.

Face à la menace des Netflix et Amazon, les studios hollywoodiens ont par ailleurs convenu, sans attendre l'aval des propriétaires de salles de cinéma, de lancer leurs propres services de streaming. Time Warner et Universal Studio sont notamment en pourparlers avec Apple afin de mettre sur pied un nouveau service de diffusion qui pourrait être lancé dès l'an prochain, rapportait la semaine dernière l'agence Bloomberg.

À l'heure actuelle, un distributeur profite de 90 jours d'exclusivité sur un film pour son exploitation en salle en Amérique du Nord. Les studios veulent eux-mêmes changer la donne et faire exploser ce modèle économique, en offrant leurs films beaucoup plus tôt en streaming via iTunes... à un coût de quelque 40 $ le visionnement.

Est-ce que l'avenir du cinéma passe par là ? Le cinéphile endurci que je suis, profondément attaché au grand écran, ne le souhaite certainement pas.




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