Aphorismes et perles comiques

Dans son spectacle rythmé au quart de tour et... (PHOTO NIR ELIAS, ARCHIVES REUTERS)

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Dans son spectacle rythmé au quart de tour et sans le moindre temps mort, Jerry Seinfeld a parlé de notre rapport à la technologie, à l'alimentation, aux enfants, à la langue ou encore au couple, en multipliant les mots d'esprit. Sur la photo, on voit l'humoriste en spectacle à Tel-Aviv.

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Ce qui a toujours fait la force de Jerry Seinfeld, c'est cette capacité à tirer de l'anodin et de l'anecdotique une matière riche en humour fin et absurde.

C'était le cas de la série culte portant son nom qui l'a rendu célèbre au début des années 90 - la meilleure sitcom à avoir vu le jour à mon avis. C'est aussi le cas du one man show qu'il présentait jeudi soir, en programme double, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

J'avais l'impression d'assister en personne aux numéros de stand-up qui mettaient la table et concluaient les épisodes de Seinfeld. L'impression, aussi, de replonger dans une jeunesse bercée par les personnages de Jerry, Kramer, George et Elaine. (« Pourquoi j'irais voir ce gars-là sans les trois autres ? », lance Seinfeld, avec une bonne dose d'autodérision.) Les mêmes expressions, les mêmes mimiques, les mêmes intonations que j'ai fini par intégrer dans ma langue de tous les jours, à l'adolescence. Il aura fallu que je découvre Seinfeld sur scène pour en prendre conscience.

C'est un humour subtil qu'il nous sert. Certains diraient inoffensif et bon enfant, mais ils auraient tort. La charge comique de l'intelligence ne saurait être sous-estimée. 

Tout n'est pas poli et retenu, de toute façon, dans l'humour de Seinfeld. Il termine même son spectacle sur un numéro d'humour de toilettes assez étonnant. C'est un genre, il faut dire, indémodable.

Au cours d'un spectacle qui dure près d'une heure trente, rythmé au quart de tour et sans le moindre temps mort, il nous parle de notre rapport à la technologie, à l'alimentation, aux enfants, à la langue ou encore au couple, en multipliant les mots d'esprit.

Sur le couple et le mariage, ce maître de l'ironie s'égare un peu dans le cliché et les archétypes. Ça sent le réchauffé et le déjà-vu. Mais il vise tellement dans le mille ailleurs, dans d'autres sphères du quotidien - sa matière de prédilection - , qu'on lui pardonne ce léger relâchement.

Ses sens de l'observation et du punch sont d'une acuité phénoménale. Dans son regard, l'homme - qui descend du singe pour mieux s'asseoir dans un fauteuil (« Ce n'est pas pour rien qu'on a un coussin qui nous pousse dans le derrière ») - est sans son téléphone cellulaire aussi dépourvu qu'un astronaute à la dérive, coupé de tout contact avec sa navette. « En coulisse, la pile de mon téléphone est à 28 %. Et je dois vous avouer : je ne me sens pas bien ! »

Il se moque de notre manie, celle de l'époque, de ne plus faire l'effort d'entretenir une conversation, ce mode de communication d'un autre siècle, dépassé et obsolète. « Je peux vous texter le spectacle et on pourra partir d'ici plus vite », confie-t-il à son public, manifestement conquis d'avance. Derrière moi, un couple n'a cessé de murmurer, du début à la fin : « C'est génial ! », « C'est tellement vrai ! », « C'est tout à fait ça ! » Ben oui, Chose. C'est parce que c'est vrai que c'est drôle. La grande découverte comique, toi...

Pourquoi invite-t-on encore sur une messagerie vocale les gens à nous laisser leurs coordonnées après le bip ? « Qui répond : "Je suis une femme" sans laisser son nom ni son numéro de téléphone ? » Pourquoi la poste existe-t-elle encore ? « Ouvrez donc les lettres, lisez-les et envoyez-nous le contenu par courriel ! On va vous payer. Vous vous achèterez des pantalons au lieu de porter des culottes courtes de boy-scouts. »

Pourquoi fait-on fi, dans un buffet, des portions et des combinaisons de mets souhaitables et acceptables ? « On remplit notre assiette sans égard à quoi que ce soit, comme si c'était notre dernier repas avant la chaise électrique. » Pourquoi toutes ces boissons énergisantes dans les supermarchés ? « Est-ce qu'on est tous si fatigués ? » Pourquoi chuchote-t-on quand on parle de quelqu'un qui est noir, qui a le cancer ou à qui on devrait donner du pourboire ?

Par moments, j'avais les muscles de la mâchoire qui chauffaient à force de rire. Quand, par exemple, l'humoriste de 62 ans - on lui en donnerait 10 de moins - a élaboré un concept métaphysique sur l'absurdité du trou de beigne. « Si c'étaient vraiment des trous de beigne, le sac serait vide ! »

Il se dit ravi d'avoir atteint la soixantaine. « Lorsqu'on me demande de faire quelque chose, je peux dire non. Quand j'aurai 70 ans, je ne répondrai même plus. » Et il s'inspire de sa vie de père de trois jeunes enfants, qui sont de son propre aveu traités comme des rois. « Je dois leur lire chacun huit livres débiles avant qu'ils s'endorment le soir. Quand j'étais petit, on m'invitait plutôt à faire connaissance avec le néant. »

La fête des Pères ? « L'occasion d'acheter à quelqu'un un cadeau qui démontre à quel point on en sait peu sur lui. » Un aphorisme parmi tant d'autres perles comiques.

Gad Elmaleh assurait la première partie du spectacle... (PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE) - image 2.0

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Gad Elmaleh assurait la première partie du spectacle de Jerry Seinfeld. L'humoriste avait notamment présenté un spectacle au Centre Bell en 2010 (notre photo).

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

GAD EN ANGLAIS

La dernière fois que j'avais vu Gad Elmaleh en spectacle, c'était au Centre Bell. C'était lui le clou du spectacle, la pièce de résistance. Jeudi, présenté comme un illustre inconnu qu'on aurait pu avoir vu par hasard sur le plateau de Conan O'Brien ou de Seth Myers, il s'est contenté d'un petit 15 minutes pour réchauffer la salle, en anglais. Et il a eu beaucoup de succès auprès du public de Jerry Seinfeld avec ce condensé du spectacle qu'il présente aux États-Unis, depuis qu'il s'est installé à New York, il y a quelques mois.

Puisant dans ses racines marocaines, il a parlé de sa mère, de son père qui jouait à cache-cache avec ses enfants sans jamais chercher à les retrouver et de son incompréhension devant la série d'émoticônes que lui envoient les filles qu'il rencontre à Montréal ou aux États-Unis.

Il se moque, toujours avec beaucoup de justesse, de l'accent québécois en anglais - fort de quelques années vécues chez nous alors qu'il était étudiant - alors que lui-même a développé un hybride d'accent américain étonnant, un peu forcé et nasillard, qui ajoute au charme exotique de son spectacle. « C'est quoi, ton nom ? », lui a crié un spectateur en anglais. « Le présentateur vient de te le dire, tabarnak ! », a-t-il répondu. C'est ce que l'on appelle s'adapter à son public.

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