Faire sa part

À la tête d'une ONG écologiste pendant sept... (PHOTO Martin Chamberland, LA PRESSE)

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À la tête d'une ONG écologiste pendant sept ans, Cyril Dion est à Montréal pour présenter son film Demain, nommé meilleur documentaire à la cérémonie des Césars, qui propose de « voir le monde sous un autre angle ».

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Une légende amérindienne. Dans une clairière, des animaux se trouvent coincés au coeur d'un immense feu de forêt. Ils se réfugient près d'une rivière, tétanisés par la peur. Tous, sauf un colibri, qui de manière répétée va chercher une goutte d'eau dans la rivière pour la déposer sur le feu. « Ça ne sert à rien, lui disent les autres. Tu ne réussiras pas à éteindre le feu ! » Et le colibri de leur répondre : « Oui, je sais, mais je fais ma part. »

A priori, on pourrait trouver Cyril Dion aussi idéaliste que le colibri de la fable. En plus fleur bleue. « Donner l'exemple n'est pas la meilleure façon de convaincre, c'est la seule », me dit le documentariste français, en citant Gandhi. Un militant écolo aux cheveux bouclés, acteur de formation, à la fois poète et romancier, qui cite Gandhi après m'avoir raconté une légende amérindienne...

Comment dire : le cynique en moi avait de quoi se mettre sous la dent. Mais Cyril Dion est convaincant, informé et lucide. Pendant sept ans, il a dirigé une ONG écologiste, le Mouvement Colibris (inspiré par la légende). C'est dans le cadre de ses activités qu'il a rencontré la comédienne et cinéaste Mélanie Laurent, il y a quelques années. Ils sont devenus amis et ont eu l'idée de réaliser un film. Pour ne pas céder au pessimisme ambiant, pour agir plutôt que d'observer, pour « faire leur part ».

Le résultat, Demain, à l'affiche cette semaine, est un documentaire militant résolument engagé, écologiste, altermondialiste, en partie sociofinancé et coproduit par le Mouvement Colibris, qui a fait pas moins d'un million d'entrées dans les cinémas français l'an dernier avant de remporter le César du meilleur documentaire.

Cyril Dion assume pleinement les partis pris de ce documentaire filmé comme un road movie notamment en Inde, en France, en Grande-Bretagne, en Scandinavie et aux États-Unis, qui met en lumière différentes initiatives locales. Un film qui, sans se prendre au sérieux, souhaite décloisonner la pensée et proposer un autre imaginaire, afin de « voir le monde sous un autre angle », du point de vue de son agriculture, de son économie et de son éducation.

« On dit aux gens : la banquise est en train de fondre, les espèces sont en train de disparaître, alors faites plutôt du vélo et fermez bien la lumière, explique Dion. Ils ne voient pas en quoi ces petits trucs peuvent avoir un impact sur l'énorme problème dont on leur parle. C'est pour cette raison que dans le film, après avoir brossé un portrait global, on pose les briques de ce qu'une société différente pourrait être. Afin de comprendre que si on lie nos petites actions, on peut construire quelque chose de plus grand. »

Le « portrait global » que propose d'emblée Demain est, il faut le dire, assez sombre. Les « voies ensoleillées » ne sont pas immédiatement apparentes. La situation est critique, rappellent les documentaristes. Si l'on ne change pas de cap dans les 20 prochaines années afin de contrer le réchauffement climatique, l'épuisement des ressources et la surpopulation, « l'extinction massive » nous guette.

Certains diraient que c'est un discours alarmiste, catastrophiste et apocalyptique...

«C'est un discours réaliste. On n'est pas des enfants, quand même ! On est capables de regarder la réalité en face et il serait temps qu'on la regarde.»

Cyril Dion

Mais comment sensibiliser les gens sans les pétrifier dans la peur - comme des animaux devant un feu de forêt ? « N'importe quel être humain normalement constitué, quand il entend un discours pareil, se demande ce qu'il peut faire, dit le cinéaste, qui a consulté plusieurs études de neuroscience sur le sujet. S'il ne trouve rien à faire, il s'enfonce dans le déni, la fuite, la résignation et le cynisme. »

C'est justement pour combattre le cynisme que Dion a voulu faire découvrir ces autres manières de voir le monde : une PME près de Lille qui emploie 120 personnes et économise des millions d'euros grâce à des solutions écologiques ; des initiatives citoyennes à Detroit et San Francisco, où l'on maximise les ressources dans les quartiers défavorisés grâce au recyclage ou à l'agriculture locale. L'« écolonomie » n'est pas réservée aux riches, bien au contraire, croit Cyril Dion.

Alors qu'il dénonce la croissance économique illimitée et l'influence indue des multinationales sur les gouvernements, en France, de grandes entreprises lui ont demandé de présenter son film à leurs employés. Des banques, des commerces de détail, des géants de l'énergie. La preuve que ses thèses ne sont pas que des lubies de gauchiste idéaliste.

« En France, on a calculé que si on mettait en oeuvre un certain nombre de ces projets, par exemple aller vers une agriculture plus locale, faire la transition énergétique, recycler à la hauteur d'une ville comme San Francisco, on pourrait créer un million et demi d'emplois », dit-il.

Il est certainement possible, croit Cyril Dion, de créer de la richesse sans détruire la planète. À condition de prendre ses distances du modèle dominant, qui vise avant tout à enrichir des actionnaires. Environ 65 % de la consommation énergétique actuelle pourrait être évitée, soutient un expert interrogé dans son film. Le Danemark et la Suède projettent notamment de dépendre à 100 % d'énergies renouvelables d'ici 2050.

Qu'est-ce que les Scandinaves ont compris que nous n'avons pas encore saisi ?

«Ce [que les Scandinaves] ont compris, c'est qu'il faut travailler ensemble pour réussir. Leurs partis politiques ne se tirent pas dans les pattes pour le plaisir de se tirer dans les pattes.»

Cyril Dion

Le documentariste s'est rendu en Finlande, où l'éducation a la réputation d'être la meilleure au monde. Un constat que fait aussi le documentariste américain Michael Moore dans son plus récent film Where To Invade Next, auquel Demain a été inévitablement comparé.

« En France, même s'il est apprécié, Michael Moore est souvent accusé d'être manichéen et manipulateur, parce qu'il interprète les faits à son avantage », constate Cyril Dion, qui aime bien certains de ses films mais se défend d'utiliser les mêmes méthodes.

« Évidemment que toutes les initiatives que nous présentons ne sont pas parfaites, reconnaît-il. Mais tout fonctionne, est vrai et appuyé par des études. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de difficultés. On raconte une histoire de manière subjective. On choisit des faits, on les met dans un certain ordre et on les regarde avec un certain point de vue. Ce que l'on propose n'est pas un modèle parfait, mais une nouvelle vision du monde. »

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