La nostalgie selon Linklater

Le film Everybody Wants Some!!, de Richard Linklater, est un... (PHOTO FOURNIE PAR PARAMOUNT PICTURES)

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Le film Everybody Wants Some!!, de Richard Linklater, est un prolongement de Boyhood, mais également «une suite spirituelle» de Dazed and Confused.

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Richard Linklater a qualifié son nouveau film, à l'affiche vendredi prochain, de «suite spirituelle» à Dazed and Confused, indémodable comédie de débauche adolescente réalisée en 1993, qui a révélé Ben Affleck et Matthew McConaughey.

Mais Everybody Wants Some!!, comédie de débauche universitaire, est aussi un prolongement de Boyhood, le film le plus abouti du cinéaste de la trilogie des Before (Sunrise, Sunset, Midnight). Une oeuvre initiatique qui s'intéresse aux choix qui guident très tôt le reste d'une vie.

Alors que Boyhood se terminait avec l'arrivée de son jeune héros, Mason, dans une résidence universitaire, Everybody Wants Some!! commence au moment même où Jake, jeune lanceur de baseball fraîchement diplômé du secondaire, arrive sur le campus.

L'intrigue - floue comme le sont toutes les intrigues de Richard Linklater - se concentre sur le dernier week-end avant le début des classes dans une université du Texas, en 1980, alors que se réunissent des joueurs de baseball en quête de partys et de filles. Mais aussi, pour certains, en quête de sens et d'identité.

«Qui sommes-nous? C'est une question qui m'intéresse beaucoup, me confie le cinéaste en entrevue téléphonique. Le film est une suite spirituelle de Dazed and Confused en ce qui concerne les lieux, la chronologie et l'état d'esprit: l'université après l'école secondaire; le début des années 80 après la fin des années 70. Mais c'est aussi, oui, une suite de Boyhood, en ce sens que l'on reprend là où on s'était laissés.»

Son alter ego

Everybody Wants Some!! fait écho au propre parcours de joueur de baseball de Richard Linklater dans une équipe universitaire du Texas au début des années 80. Le personnage principal, Jake (Blake Jenner), est en quelque sorte son alter ego. «Je n'étais pas lanceur, mais j'ai vécu à ma première année d'université ce sentiment d'être le petit nouveau qu'on aime un peu ridiculiser, tentant d'intégrer un groupe soudé. Tout ce que je montre dans le film est arrivé d'une manière ou d'une autre. Les personnages sont amalgamés, mais ça ressemble à ce que j'ai vécu. Mes anciens coéquipiers sont venus sur les lieux du tournage et ils se sont rappelé bien des souvenirs!»

Il faut dire que Linklater a su reconstituer les années 80 avec tout ce que cela implique de t-shirts moulants, de jeans taille haute et de moustaches, bande sonore à l'appui. Je lui fais remarquer qu'un fort penchant pour la nostalgie enveloppe l'ensemble de son oeuvre. Il n'aime pas le terme, y trouve une connotation péjorative.

«C'est sûr que le cinéma provoque une certaine forme de nostalgie, dit-il. Montrer des images d'une autre époque évoque déjà un sentiment de nostalgie. Et il y a sans doute pour moi une nostalgie plus forte cette fois-ci parce que j'ai de loin préféré mes années d'université à celles du secondaire. Ça évoque pour moi un temps de découverte et de liberté. Mais ce que je n'aime pas dans la nostalgie, c'est cette façon de recréer une époque ou un climat politique qui n'a pas réellement existé. Il faut savoir embrasser un moment de l'histoire avec tous ses travers.»

À travers une critique du mâle alpha, cet athlète universitaire qui se croit au-dessus de la mêlée - alors qu'il est souvent décalé - , le cinéaste brosse un portrait sans fard de son passé. «Ça reste une critique faite avec humour de ces jeunes athlètes qui arrivent à l'université et se prennent soudainement pour des rois. Alors que pour la grande majorité, c'est le début de la fin d'une carrière athlétique. Il y a un seul joueur de mon équipe qui a fini par jouer dans les ligues majeures. Je n'ai pas trop suivi sa carrière à l'époque, mais j'ai su qu'il gagnait beaucoup d'argent: 750 000 $ au milieu des années 80. J'étais content pour lui!»

Beaucoup de plaisir à ne plus jouer!

Linklater s'est complètement désintéressé du baseball après cette première année d'université. Il a quitté son équipe et n'a plus touché à une balle de baseball pendant des années. Il s'est plutôt inscrit à des cours de scénarisation et de théâtre. Le personnage principal de son film s'entiche d'ailleurs d'une étudiante en danse et on peut imaginer qu'à l'instar du cinéaste, il troquera peut-être le baseball contre les arts.

«Lorsque j'ai quitté l'équipe de baseball, je me suis tout à coup retrouvé avec beaucoup d'après-midi libres, à lire des auteurs russes. Je n'avais jamais eu autant de temps! Je n'ai jamais regretté d'avoir arrêté le baseball. J'ai eu beaucoup de plaisir à ne plus jouer!», dit le cinéaste, dont le premier long métrage pour le cinéma, Slacker, a été réalisé en 1991 avec un budget de moins de 25 000 $.

Budgets modestes

Everybody Wants Some!! a été produit avec un budget de 10 millions, ce qui reste très peu d'un point de vue hollywoodien. La plupart des films de Linklater ont été réalisés avec des budgets modestes, comparables à ceux des longs métrages québécois (souvent entre 3 et 7 millions). Est-ce que faire des films avec relativement peu de moyens a contribué au fait que ses dialogues soient aussi habilement ciselés, la marque de commerce de son cinéma?

«Je ne l'avais jamais vu de cette façon! Il faut exploiter ses forces. C'est vrai que je fais un cinéma qui met en lumière les acteurs et les dialogues. C'est le genre d'histoire que j'aime raconter. Je ne m'en prive pas. Mais j'ai toujours eu l'impression d'avoir le contrôle sur mes films, même ceux avec plus de budget.»

Il a mis 10 ans à mener à terme son plus récent long métrage. C'est un film qui n'aurait sans doute pas pu être réalisé, croit Linklater, s'il n'y avait eu auparavant le succès, à la fois critique et commercial, de Boyhood. «Ce genre de film choral, avec des acteurs inconnus, ne se fait plus, dit-il. J'ai eu beaucoup de chance. Paramount ne savait pas trop quoi en faire. Le succès de Boyhood a certainement joué en ma faveur. On m'a demandé ce que j'avais en tête pour la suite. C'est une question que je n'avais pas eu le plaisir d'entendre depuis 10 ans.»

Envisagerait-il une suite à Boyhood, ce fabuleux film tourné sur une période de 12 ans? «J'ai mangé avec Ellar (Coltrane, l'acteur principal) la semaine dernière. C'est comme pour la trilogie des Before: tu ne sais pas où ça va te mener avant d'être arrivé à destination. En lui parlant, je me suis dit: "C'est vrai que c'est très intéressant, la vingtaine." Je n'exclus certainement pas l'idée!»

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