La soirée canadienne

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Le petit Jacob Tremblay, 9 ans, a été récompensé pour son rôle dans Room.

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Ce fut une soirée typiquement canadienne. Des Golden Globes sans le strass ni les vedettes, des Oscars remis par plusieurs présentateurs inconnus au bataillon (du moins au Québec), des films pour la plupart très peu vus et une dose salvatrice d'autodérision.

L'Académie canadienne du cinéma et de la télévision a remis pas moins de 39 prix dimanche soir, en direct de Toronto sur les ondes de la CBC, dans le cadre de l'avant-gala et du gala des prix Écrans canadiens - sans doute le nom de gala le plus beige de l'histoire des remises de prix (qui n'a même pas l'excuse d'être temporaire).

Une soirée à l'image de Room, grand gagnant avec 9 prix sur une possibilité de 11, dont meilleur film, meilleure réalisation, meilleure adaptation, meilleure actrice et meilleur acteur. C'est-à-dire un gala s'excusant presque d'être canadien, à l'instar de Room dont l'intrigue se déroule dans une ville anonyme des États-Unis même s'il a été tourné principalement dans la région de Toronto.

Room, film réalisé par un Irlandais, scénarisé par une Irlandaise habitant au Canada et mettant en vedette deux acteurs aux noms québécois - l'Américaine Brie Larson (dont le patronyme est Desaulniers) et le Vancouvérois Jacob Tremblay -, est un film canadien par la fesse gauche. Brie Larson brillait d'ailleurs par son absence, dimanche soir, lorsqu'on lui a décerné le prix de la meilleure actrice. Tout comme du reste le réalisateur Lenny Abrahamson.

Même si sept des dix productions en lice dans la catégorie du meilleur film ont été produites ou coproduites au Québec, la grande fête du cinéma, de la télévision et des médias numériques canadiens a couronné très peu d'oeuvres et d'artistes québécois. 

Sur un nombre record de 161 citations pour des films québécois, 3 prix seulement ont été remportés par des Québécois lors de l'avant-gala (les oeuvres télévisuelles francophones étant exclues de la course en raison des prix Gémeaux).

Jean-François Pouliot a de son côté été rebaptisé «Poulier» par un acteur, au moment de recevoir le prix du film le plus populaire pour La guerre des tuques 3D. Le très talentueux Yves Bélanger a par ailleurs remporté le prix de la meilleure direction photo pour Brooklyn, dont toutes les scènes new-yorkaises ont été tournées à Montréal.

Toronto qui passe pour une ville américaine anonyme, Montréal qui se fait passer pour Brooklyn dans les années 50... Dans son monologue d'ouverture, l'animateur Norm Macdonald, qui habite lui-même les États-Unis, s'est moqué de cette habitude du Canada de servir de décor générique pour des films américains.

«Nous sommes en direct de Toronto ou, comme vous qui réduisez les coûts de production aimez l'appeler: New York!», a lancé d'emblée l'ex-lecteur de nouvelles de Saturday Night Live, originaire de la ville de Québec. «Les films canadiens, c'est comme les aurores boréales: vous ne les avez sans doute pas vus, mais on vous en a dit le plus grand bien», a-t-il ajouté avec beaucoup d'autodérision.

«Nous sommes télédiffusés dans 50 pays... Euh, pardon, j'ai mal lu: 50 comtés!»

Macdonald a encouragé les lauréats et les présentateurs à renommer les prix Écrans canadiens, baptisés poétiquement les «CSA» en anglais - on dirait un acronyme de firme de courtage -, les Candy, en hommage au regretté comédien canadien John Candy.

Plus tard dans la soirée, l'animateur a déballé un faux sac-cadeau destiné aux finalistes, «exactement comme aux Oscars», duquel il a sorti une crêpe brûlée, un CD de Nelly Furtado chantant l'hymne national (qu'elle avait massacré lors d'un match des Étoiles de la NBA), du parfum Eau de Don Cherry et une pierre de curling. De l'humour, oui, typiquement canadien.

Tout ou presque de ce que le Canada compte de vedettes pas trop sollicitées par Hollywood ces jours-ci était sur place au Sony Centre (pas Ryan Gosling ni Ryan Reynolds, donc). Parmi les présentateurs, les ex-SCTV Eugene Levy et Catherine O'Hara, le pseudo-Infoman du ROC Rick Mercer, l'honorable Mélanie Joly, Donald et Rossif Sutherland (mais pas Kiefer), les Montréalais Christopher Plummer et Jay Baruchel, le jeune Jacob Tremblay et la comédienne de Revenge Emily VanCamp.

Ces stars canadiennes avaient l'honneur de présenter seules des prix et des catégories. Ce n'était pas le cas de la majorité des autres présentateurs, moins connus, qui se faisaient un devoir de rappeler leurs principaux faits d'armes afin que l'on puisse les replacer. Cela ne m'a pas été d'un grand secours. Je me sentais comme un Albertain anglophone qui regarde le Gala du cinéma québécois. Et certains aimeraient nous faire croire que le concept des «deux solitudes» est éculé...

Un exemple? Le prix du public a été remis au Montréalais d'origine Yannick Bisson, tête d'affiche de Murdoch Mysteries, dont le nom ne dit sans doute rien à la majorité des Québécois, mais que l'on voit à la télévision canadienne depuis des décennies. 

Son Fan's Choice Award était commandité par American Express. Ça ne s'invente pas.

Mon résumé de la soirée: des films finalistes, dont plusieurs en français, qui n'ont pas davantage été vus au Canada anglais qu'au Québec. Des émissions de télévision que personne ou presque n'a vues au Québec. Un film accessoirement canadien qui remporte les grands honneurs. Et un gala fourre-tout - résultat de la fusion en 2011 des prix Génie et Gemeni - qui souhaite avoir intéressé plus de téléspectateurs que les modestes 543 000 de l'an dernier, d'un océan à l'autre.

Et l'on se plaint au Québec que l'ex-gala des prix Jutra, avec ses quelque 700 000 spectateurs l'an dernier, n'est pas assez populaire. Quand on se compare...

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