Retour sur Slap Shot

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Il n'avait pas sitôt mis les pieds dans l'entrée de La Presse, boulevard Saint-Laurent, qu'Yvon Barrette signait déjà un autographe. Le comédien n'avait que 29 ans lorsqu'il a interprété le rôle le plus marquant de sa carrière, celui du gardien de but Denis Lemieux dans le film Slap Shot.

Yvon Barrette a 69 ans aujourd'hui. Le même sourire gamin, la même énergie juvénile, une barbe en moins et les cheveux plus gris et clairsemés. Julien, un jeune gardien de sécurité de La Presse, n'était pas né lorsque Slap Shot, film de George Roy Hill mettant en vedette Paul Newman, a pris l'affiche en 1977. Il a pourtant reconnu sans peine celui qui incarnait à l'époque le très sanguin gardien de but des Chiefs de Charlestown, équipe de brutes des ligues mineures.

«Je regardais Slap Shot avant mes matchs de hockey. J'ai dû le voir des dizaines de fois. Je connais les répliques par coeur», m'a-t-il expliqué, en rangeant la photo signée par Yvon au nom de son alter ego, comme s'il s'agissait d'un autographe non pas de Denis, mais de Mario Lemieux.

Comme bien des Québécois ayant grandi sur une patinoire, je connais aussi les plus célèbres répliques de Slap Shot. Celles, bien entendu, de la version québécoise du film (Lancer frappé!), doublée en joual par des acteurs tels André Montmorency, Jean-Louis Millette et Denise Filiatrault.

Au journal étudiant de l'université, on aimait répéter les perles de vulgarité de ce film culte, pourtant loin d'être un chef-d'oeuvre du septième art, lancées par le joueur-entraîneur Reggie Dunlop (Paul Newman, doublé par Benoît Marleau), les frères Hanson ou Ogie Ogilthorpe. Et bien sûr, les répliques de l'inimitable Denis Lemieux, s'offusquant qu'un coéquipier dise, à propos de patineuses artistiques: «C'est pas de l'art, ça, c'est du sexe!»

Des hordes d'adolescents, réels et attardés (j'en suis), aiment revoir le moins glorieux des films du tandem George Roy Hill-Paul Newman, réalisé seulement quatre ans après les sept Oscars obtenus par The Sting (et huit ans après les quatre Oscars de Butch Cassidy and the Sundance Kid).

C'est Donald Pilon, qui l'avait côtoyé sur le tournage de La vraie nature de Bernadette de Gilles Carle, qui a suggéré à l'équipe de Slap Shot de recruter Yvon Barrette, qui habitait déjà à l'époque à Saint-Léandre, en Gaspésie, où il demeure toujours.

«Ils avaient vu beaucoup d'acteurs en audition et ils n'étaient pas satisfaits, se souvient-il. En voyant des extraits de La vraie nature de Bernadette, ils ont dit: c'est lui qu'il nous faut! C'était une vraie folie. On m'a demandé d'être au Ritz-Carlton, à Montréal, le jour même à 18 h. J'étais en Gaspésie. Je n'avais pas d'argent. Je suis allé voir Louiselle au dépanneur en lui demandant de me prêter 100 $ pour faire un film avec Paul Newman. J'ai pris l'avion de Mont-Joli et je suis arrivé à 17 h 55 au Ritz!»

Cette anecdote, et bien d'autres, est au coeur du documentaire Du hockey propre, la petite histoire d'un film culte, qui sera présenté aux Rendez-vous du cinéma québécois le 21 février (puis une semaine plus tard à Canal D). 

Réalisé par Christian Laurence, d'après une idée de Sophie Bélanger, le documentaire retrace les liens particuliers tissés entre le Québec et Slap Shot, film scénarisé par la Montréalaise Nancy Dowd à partir d'anecdotes de son frère, ancien joueur des ligues mineures.

Yvon Barrette est le personnage central de ce documentaire qui nous fait aussi découvrir les frères Paquette, aficionados de Slap Shot, dont l'entreprise se spécialise dans la vente de produits dérivés du film (chandails, t-shirts, figurines, etc.) sur plusieurs continents. On les suit alors qu'ils retournent sur les lieux du tournage, à Johnstown, en Pennsylvanie, où l'engouement pour Slap Shot ne se dément pas, 40 ans plus tard. À preuve, une séance de dédicaces de cinq heures à laquelle a participé Yvon Barrette, à l'aréna, un soir de match du club local.

Yvon Barrette dans les patins de Denis Lemieux, dans... (PHOTO TIRÉE DU FILM) - image 2.0

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Yvon Barrette dans les patins de Denis Lemieux, dans le film de 1977. 

PHOTO TIRÉE DU FILM

Depuis le début des années 2000, Yvon Barrette participe trois ou quatre fois par an à des événements de ce genre, qui lui ont permis de se rendre à plusieurs reprises en Allemagne et même en Écosse. «Je n'en fais pas trop souvent, donc je ne suis jamais blasé», dit le comédien qui, en collaboration avec un organisme canadien, sensibilise les joueurs de hockey aux effets des commotions cérébrales.

Yvon Barrette a toujours cru que Slap Shot tournait en dérision la violence au hockey, plutôt que d'en faire l'apologie. Mais c'est grâce au documentaire de Christian Laurence, dit-il, qu'il s'est réconcilié avec la version québécoise du film.

Mon collègue de la section des Sports Marc Antoine Godin, un cinéphile qui couvre le Canadien, s'intéresse dans Du hockey propre à l'impact sociologique de la version doublée au Québec de Slap Shot, qui permettait pour la première fois au public québécois de se reconnaître au cinéma dans toute la palette de couleurs de son vocabulaire...

«À l'époque, je trouvais que la version originale anglaise se digérait mieux. Je trouvais le film correct, sans plus, mais je ne pouvais pas imaginer qu'il deviendrait un succès culte! Avec le documentaire, j'ai compris ce qu'il avait représenté pour bien des jeunes», me confie Yvon Barrette, qui était doublé par un acteur marseillais dans la version franco-française de Slap ShotLa castagne.

Le comédien, qui avait un petit rôle dans 15 février 1839 de Pierre Falardeau, continue de jouer au théâtre et dans des courts métrages. On a aussi pu le voir récemment dans le long métrage Le bruit des arbres de François Péloquin, tourné en partie dans la scierie où il travaille depuis plusieurs années et dont il est depuis peu le copropriétaire.

Cet amateur de hockey a un conseil pour les joueurs du Canadien de Montréal, qui connaissent comme on sait un hiver pénible: «Ils auraient intérêt à regarder Slap Shot. Ils ont perdu le plaisir de jouer!» Les déboires du CH me rappellent plutôt la plus célèbre réplique de son personnage de Denis Lemieux: «Trade me right fucking now!»

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