La rupture au temps du numérique

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En ces matières, je suis vieux jeu. Certains diront un dinosaure. J'accuse le coup. Je l'assume. La vie privée des vedettes, leurs amours tumultueuses, leurs mariages de princesse, leurs déceptions sentimentales, leurs vilaines ruptures, je m'en fous. Aucun intérêt. Point barre!

En chacun de nous, dit-on, sommeille une part indicible et pourtant insatiable de voyeur. Je n'ai jamais reçu ce mémo. Je ne me reconnais pas dans cette description. Cela explique sans doute que la vie privée de Marie Mai m'intéresse encore moins que sa musique. Vous dire à quel point sa séparation m'indiffère...

Ce n'est pas le cas de quelques-uns de mes collègues, qui en ont soupé de se faire bombarder de photos et de déclarations de bonheur de Marie Mai et de son guitariste d'amoureux Fred St-Gelais depuis une décennie, et qui leur reprochent aujourd'hui d'être beaucoup moins loquaces à propos de leur séparation.

C'est vrai qu'elle a toujours fait fort dans l'autopromotion, Marie Mai. Elle cultive une image lisse, réglée au quart de tour, d'elle-même. Même sans être un de ses abonnés sur les réseaux sociaux, j'ai vu relayées de manière indirecte quantité de photos dorées de ses vacances prolongées dans l'Ouest américain l'an dernier.

Marie Mai est bien de son temps. Et de celui de ses jeunes admirateurs, qui ont grandi à l'ère du narcissisme numérique. Regardez-moi: me voici en vacances à la plage, avec mon chum au chalet, au resto avec ma soeur, etc. 

Comme bien d'autres artistes, Marie Mai se sert de sa vie privée - et des médias, sociaux comme traditionnels - pour faire mousser sa carrière.

Bien des artistes cèdent leurs photos de mariage, ou celle de leur nouveau-né, en échange de la première page d'un magazine à potins. Ce n'est rien de nouveau. Ils acceptent de jouer ce jeu, à leurs risques et périls, en sachant à quoi ils s'exposent. Tu veux que les médias s'intéressent à ton mariage heureux? Ils risquent de s'intéresser aussi à ta rupture malheureuse. C'est une règle implicite du show-business. Je ne dis pas que je suis d'accord (je suis un dinosaure). Je constate les faits.

Je comprends mes collègues de ne pas vouloir être réduits au rôle d'intermédiaire d'une firme de relations publiques. Je les comprends d'en vouloir à des artistes de s'offusquer que l'on ne parle pas que de leurs bons coups. Mais de là à exiger d'une chanteuse populaire qu'elle explicite les raisons et les conséquences de sa rupture, parce qu'elle est active sur Instagram, il y a un pas que je n'ai aucune envie de franchir.

«Marie Mai a droit à sa vie privée, surtout dans un moment aussi triste et déstabilisant qu'une séparation», a écrit ma collègue Nathalie Petrowski samedi. Jusque-là, nous étions d'accord... Mais pourquoi faudrait-il, comme le réclame Nathalie sous prétexte que Marie Mai forme un tandem professionnel avec son amoureux, qu'elle convoque une conférence de presse pour parler de sa séparation?

Les artistes ne sont pas des politiciens. Ils n'ont pas de comptes à rendre à des électeurs. 

En quoi la vie privée de Marie Mai, qui n'est pas une élue, qui n'a pas dilapidé de fonds publics et dont les décisions n'ont aucune incidence sur la société, est-elle d'intérêt public? Je me répète, mais ce qui intéresse le public et ce qui est d'intérêt public sont deux choses bien distinctes, que l'on tend à confondre.

«Ceci nous appartient», a déclaré l'ex-star académicienne à propos de sa rupture sur Facebook. Je suis d'accord. Certains lui reprochent un manque de transparence. Elle n'a pas nié qu'elle se séparait. Elle ne l'a pas caché. Elle aurait pu, quant à moi, ne jamais en parler. Cela n'appartient pas à ses admirateurs ni aux journalistes, à qui elle n'appartient pas davantage.

Qu'espère-t-on, au-delà de cette déclaration publique sur les réseaux sociaux, tirer de Marie Mai qui pourrait nous intéresser? Qu'elle continuera bel et bien de chanter? Que son ex-chum continuera de composer des chansons pour d'autres artistes? Que cette rupture est éprouvante pour l'un et pour l'autre? On s'en doute.

Je comprends que les frontières sont floues entre la vie privée et la vie publique lorsque l'on est un personnage public. Elles le sont davantage à l'ère des médias sociaux. Je comprends aussi que les artistes d'ici sont davantage épargnés par les médias que les artistes américains (faudrait-il vraiment niveler par le bas jusqu'à se rendre au degré zéro du journalisme incarné par TMZ?).

Ce que je ne comprends pas, c'est qu'une chanteuse, parce qu'elle exerce un métier public, doive renoncer au respect de sa vie privée. Ça ne me rentre pas dans la tête.

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