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Avec son frère Ethan, Joel Coen (à gauche)... (PHOTO RÉGIS DUVIGNAU, REUTERS)

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Avec son frère Ethan, Joel Coen (à gauche) est président du jury de la compétition officielle au Festival de Cannes, Xavier Dolan (à droite) ne devrait pas s'ennuyer avec eux.

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Il est partout. Il n'arrête jamais. Xavier Dolan jugera au cours des 10 prochains jours les films de la compétition officielle du Festival de Cannes. Au surlendemain du palmarès du 24 mai, il entamera à Montréal le tournage de son sixième long métrage (en sept ans), Juste la fin du monde, mettant en vedette une brochette de stars françaises: Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Nathalie Baye et Gaspard Ulliel.

Le cinéaste de 26 ans a lui-même acquis un statut de vedette en France. Mommy, qui avait enflammé le Festival de Cannes en mai dernier, a attiré dans les salles françaises 1,2 million de spectateurs, quatre fois plus que la Palme d'or, Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan.

Dolan, «né» à Cannes, a été adopté par son Festival, dont il est devenu l'une des images de marque.

«J'ai dû expliquer à un collègue suédois pourquoi Dolan avait choisi de s'exprimer dans sa langue maternelle (sans accent emprunté), alors qu'il parle un anglais impeccable.»


Dans le guide officiel du Festival, pour illustrer la rubrique consacrée à la compétition, on le voit, ému, brandissant en mai dernier son Prix du jury devant une horde de photographes.

Hier matin, il était le seul membre du jury invité sur les ondes de France Inter, avec le nouveau président du Festival, Pierre Lescure, et la réalisatrice du film d'ouverture, Emmanuelle Bercot. La chaîne a d'ailleurs rediffusé le discours inspiré - et inspirant pour la jeunesse - que «le jeune prodige québécois» avait livré en recevant son prix, ex aequo avec Jean-Luc Godard.

On parle de lui dans tous les médias, de sa carrière prolifique, de sa chevelure («Crête iroquoise, Pompadour ou frange crantée?», demande Libération; «Période capillaire apaisée», tranche Télérama).

Comme toujours depuis ses débuts tonitruants, à 20 ans, avec J'ai tué ma mère à la Quinzaine des réalisateurs, il ne fait pas l'unanimité. Dans le quotidien Le Figaro hier, le cinéaste Pascal Thomas (La dilettanteLe crime est notre affaire), reconnu pour ses coups de gueule peu diplomatiques, a cassé un peu de sucre sur le dos du Québécois. «J'ai eu quatre films rejetés par la sélection, a-t-il déclaré. On ne peut pas être au niveau de l'agité canadien. Comment Xavier Dolan va-t-il pouvoir voir autre chose que lui-même?»

Le principal intéressé s'est pourtant fait discret hier, en conférence de presse du jury, admettant même avec humilité ne pas assez connaître le cinéma d'Ingrid Bergman pour se prononcer sur sa légende. «C'est notoire que ma culture cinématographique est limitée. Je crains de ne la connaître que de manière assez superficielle», a-t-il répondu en français à un journaliste suédois.

J'ai d'ailleurs dû expliquer audit collègue pourquoi Dolan avait choisi de s'exprimer dans sa langue maternelle (sans accent emprunté), alors qu'il parle un anglais impeccable.

«Il est Québécois, francophone, et le Festival de Cannes a lieu en France; c'est logique», lui ai-je dit.

«Mais même les Français comprennent l'anglais! Si la conférence de presse avait lieu en Suède, tout le monde parlerait anglais...» Pour nous, c'est plus compliqué, ai-je ajouté.

Dans son rôle de juré, Xavier Dolan ne cherchera pas la polémique. Il dit ne pas avoir d'a priori sur les films qu'il devra juger.

«Je m'apprête à faire un film dans 12 jours. Voir une vingtaine d'univers différents se dérouler pendant 15 jours sous nos yeux, c'est un laboratoire très inspirant. Et pouvoir débattre de cinéma avec des gens d'une telle étoffe est un privilège incommensurable», affirme-t-il.

Répondant à une question d'un confrère de Radio-Canada sur sa relation «douce-amère» avec le Festival, Dolan, à qui plusieurs - surtout dans les médias français - prédisaient la Palme d'or l'an dernier, a précisé qu'il avait surtout été choyé à Cannes.

«Pour moi, c'est une nouvelle expérience isolée des autres qui l'ont précédée. Je suis ici pour voir des films en tant que cinéphile, avec mon coeur. Ma responsabilité n'est pas de les juger, de les critiquer, de les catégoriser. Ma responsabilité est très, très simple: c'est de déclarer humainement ceux qui me parlent, ceux qui me touchent. Qu'ils soient plus cérébraux ou plus commerciaux a très peu d'importance.»

Ils sont 9 jurés à devoir juger les 19 films de la compétition, dont Sicario du Québécois Denis Villeneuve, présenté mardi. Les frères Coen, premier duo de présidents du jury, ont chacun une voix au chapitre. Tout comme les actrices Sienna Miller, Sophie Marceau et Rossy de Palma, la chanteuse Rokia Traoré, l'acteur Jake Gyllenhaal, le cinéaste Guillermo del Toro et bien sûr Xavier Dolan, le benjamin du groupe.

«Présider ce jury, ce sera une nouvelle façon de voir les films, selon Joel Coen. Mais nous ne serons sûrement pas là en tant que juges ou critiques. D'ailleurs, en ce qui concerne mes propres rapports à la critique, je préfère ne pas en dire davantage.»

Jake Gyllenhaal, très comique, a quant à lui déclaré que sa principale motivation pour faire partie du jury était de voir des films avant tout le monde... gratuitement.

«Pour l'instant, il y a ceux qui sont pour Ethan et ceux qui sont pour Joel. Mais on n'a pas le droit de vous dire dans quel camp chacun va se ranger!»

À une journaliste s'intéressant à ce que les frères Coen, Palme d'or pour Barton Fink, pensent de Netflix et des nouvelles façons de voir les films, l'aîné Joel a répondu: «Vous voulez savoir ce que je pense des gens qui regardent Lawrence d'Arabie sur leur iPhone? Je suis contre.»

Avec ceux-là, Xavier Dolan ne devrait pas s'ennuyer.

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