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On a les controverses qu'on mérite

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On regarde l'extrait vidéo de moins de quatre minutes, vu près de 1 million de fois au moment d'écrire ces lignes, et on ne peut que partager l'indignation d'Anne Dorval. Il est vrai que pour la gauche québécoise, les actuelles démonstrations françaises d'homophobie font frémir. Surtout dans la patrie de la Déclaration des droits de l'homme.

Mais admettons ceci: malgré son discours ultraconservateur, malgré son ton méprisant et même s'il n'a jamais mis les pieds ici, Éric Zemmour n'a pas tort de douter de l'unanimité qui règne autour de la question du mariage gai au Québec.

L'ex-chroniqueur de l'émission On n'est pas couché était l'invité de l'animateur Laurent Ruquier, samedi, sur le grand plateau de la chaîne publique France 2, à l'occasion de la sortie de son nouveau livre, Le suicide français. Un essai sur la déliquescence des valeurs traditionnelles de la société française, imputable depuis 40 ans, selon Zemmour, à une politique d'immigration trop clémente (particulièrement envers les musulmans) et une valorisation excessive des droits individuels (notamment des homosexuels). Un discours réactionnaire qui a de quoi donner de l'urticaire.

Éric Zemmour, polémiste et populiste redoutable, a repris à son compte le credo «travail, famille, patrie», fondement du programme du Front national, et se pose dans la foulée des «Manifs pour tous» - contre le mariage gai notamment - en victime d'une intelligentsia de gauche qu'il définit comme bien-pensante et dominante. Refrain connu de part et d'autre de l'Atlantique.

Malheureusement, le fameux extrait dont tout le monde parle au Québec depuis samedi semble lui donner raison. Surtout lorsque l'on fait abstraction du contexte qui a mené à l'intervention spontanée d'Anne Dorval. C'est-à-dire une joute verbale enlevante, pour ne pas dire un combat de coqs musclé entre Éric Zemmour, dans le coin droit, et Aymeric Caron, dans le coin gauche.

Le journaliste et actuel chroniqueur d'On n'est pas couché a beau connaître le Québec davantage que son prédécesseur, lorsqu'il affirme que 95%, voire 99% des Québécois sont d'accord avec les propos d'Anne Dorval (et sont donc en faveur du mariage entre conjoints du même sexe), il fait exactement ce qu'il reproche à Zemmour: il parle à tort et à travers, d'un sujet qu'il maîtrise mal, chiffres erronés à l'appui.

Selon un sondage mené en juin dernier par Ipsos, 68% des Québécois se déclarent en faveur du mariage entre conjoints du même sexe (légal depuis 10 ans). La majorité est largement obtenue, mais on reste loin de l'unanimité.

Je comprends très bien, je le répète, l'indignation d'Anne Dorval - et celle de Xavier Dolan, tétanisé sur le plateau, se voilant le visage d'exaspération. Éric Zemmour répand depuis longtemps un discours raciste et misogyne, regrettant le nombre «d'étrangers» admis en France, accusant les musulmans surtout, mais aussi les homosexuels et les femmes, d'avoir détruit les fondements traditionnels de la société française: la famille, la nation, l'identité sexuelle. On croirait entendre un musulman radical...

Aymeric Caron a d'ailleurs démonté de brillante façon plusieurs des thèses défendues par Zemmour, qui dénonce la «vision idyllique» d'un islam modéré - par la gauche - et prétend que les musulmans prendront bientôt le contrôle de l'Europe. (On y trouve aujourd'hui 6% de musulmans et il y en aura, selon les projections, pas plus de 8% en 2030).

Zemmour n'hésite pas à prédire une guerre civile, rien de moins. Il souffle sur les braises de l'intolérance et tient un discours dangereux, selon Aymeric Caron. Ce n'est pas moi qui vais le contredire. L'animateur Laurent Ruquier, homosexuel affiché, ne s'est pas non plus gêné pour rabrouer son ancien collègue. «Les désirs illimités des individus conduisent à la débâcle de la société», a déclaré Zemmour en parlant des gais, devant Anne Dorval et Xavier Dolan, médusés.

Fallait-il inviter Zemmour à son ancienne émission? se demandaient hier des chroniqueurs français, se désolant que l'on n'ait pas attaqué davantage les failles de son discours à la télévision publique. Je me suis dit que ceux-là ne devaient pas avoir souvent regardé la télévision québécoise...

Chez nous, on invite sur des plateaux semblables des hurluberlus comme le Doc Mailloux sans leur opposer la moindre résistance digne de ce nom. On se contente de poser une ou deux questions délicates, pour se donner bonne conscience, se convaincre que l'on ne succombe pas à la complaisance, et ensuite passer au prochain invité (un humoriste ou une vedette de télé de préférence).

Sans argument de seconde ligne, sans sous-question embêtante, sans aller au fond des choses et sans surtout ouvrir la porte à une réelle confrontation d'idées qui pourraient être analysées, contestées, déconstruites. Évitant certes les malaises, l'impolitesse et le mépris, et préférant se vautrer dans le consensus mou.

Dimanche, pendant que sur une chaîne française accessible chez nous Aymeric Caron et Laurent Ruquier confrontaient (en rediffusion à RFO) Éric Zemmour aux limites de son discours - qui est malheureusement celui de nombreux Français -, Guy A. Lepage faisait des jokes de pet avec un joueur de hockey et Dany Turcotte suscitait une «controverse» en avouant à une actrice recyclée dans la joaillerie que ses bijoux ne sont pas beaux. On a les controverses qu'on mérite.

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