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Québec-Montréal

Yvon Pedneault, Gilles Duceppe, Denise Bombardier, Réjean Tremblay,... (Photo: Olivier Jean, La Presse)

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Yvon Pedneault, Gilles Duceppe, Denise Bombardier, Réjean Tremblay, Caroline Proulx et Pierre Rinfret font partie de l'équipe d'animateurs et de commentateurs de Radio 9.

Photo: Olivier Jean, La Presse

Il y a quelque chose de rassurant à voir Radio X disparaître du paysage médiatique montréalais. Même si les dérapages craints n'ont pas eu lieu - ou ont fait si peu de vagues que c'est tout comme.

Le 91,9 FM, ex-CHOI Radio X, est devenu Radio 9 hier. Il ne s'agit pas d'un relooking cosmétique bas de gamme à la Jean Airoldi. On ne parle pas que d'une unité en moins en chiffres romains, mais d'un changement de ton. Qui se vérifie.

Les nouveaux animateurs de Radio 9, en ondes depuis hier, semblent vouloir s'éloigner du mode abrasif et provocateur de leurs prédécesseurs (remerciés ou ayant quitté leurs postes pendant l'été). Les Carl Monette, Stéphane Gendron et autres Éric Duhaime, dont le mandat était de plaire au jeune-homme-blanc-en-colère-de-la-banlieue.

La formule n'est pas de moi. Les dirigeants de Radio X avaient fait de ce contribuable insatisfait, campé bien à droite sur l'échiquier politique, l'archétype de leur public cible. Ils n'ont pas trouvé de cet «angry white male» en quantité suffisante dans la grande région montréalaise, semble-t-il, pour justifier des parts de marché satisfaisantes pour leurs annonceurs. J'en suis, je l'avoue, le premier surpris.

L'aventure de Radio X n'aura duré que deux ans à Montréal, après avoir fait ses preuves notamment à Québec, où l'antenne est encore très forte, près de 10 ans après les déboires judiciaires de son ancien animateur-vedette Jeff Fillion.

Dans la métropole, sans parler de fiasco, on pourrait qualifier Radio X de pétard mouillé. Ses animateurs parlaient à une poignée de convertis. La preuve s'il en faut que Québec et Montréal sont deux villes, deux marchés, deux entités culturelles bien distinctes.

À Québec, ce que l'on a longtemps qualifié de «radio-poubelle» est malheureusement devenu la norme. Les dérapages y sont si nombreux qu'on ne les compte plus. Ils font partie du tissu, du bruit ambiant, de la couleur médiatique de Québec. Ce qui ne rend pas la chose moins dramatique, bien au contraire.

Dans la capitale, l'échec de Radio X Montréal est d'ailleurs perçu d'un bon oeil par plusieurs animateurs de radio et leurs auditeurs. Comme une preuve supplémentaire de la spécificité de Québec, où l'on «ose dire les vraies affaires», loin de la connivence, de la complaisance et du copinage que l'on soupçonne chez une prétendue élite médiatique envers les artistes, les politiques et la plupart des personnalités publiques.

Montréal, pour certains, n'est pas «assez fait fort» pour tolérer le discours frontal, sans gants blancs ni concessions, de Radio X. Ce qui semble être une source de fierté dans la «Nordique Nation». Ben cou'donc!

Pourquoi le modèle de Radio X, si populaire à Québec, n'a pas su s'imposer à Montréal? Certainement pas parce qu'il y a moins de «cous bleus» - comme les qualifiait encore hier Gilles Duceppe, nouveau chroniqueur de Radio 9 - ici qu'ailleurs.

Une partie de la réponse tient peut-être au fait qu'à Montréal, on a parfois droit à une version édulcorée de ce que l'on entend à Québec. Des poubelles bien rangées dans le cabanon, pour ainsi dire, qui ne dégagent pas trop souvent des odeurs nauséabondes...

Selon Raynald Brière, président et chef de la direction de RNC Média, propriétaire de Radio X à Québec et de Radio 9 à Montréal, l'on a peut-être sous-estimé l'impact négatif des frasques de Jeff Fillion sur le public montréalais. On se souviendra de ses commentaires misogynes et diffamatoires sur l'animatrice Sophie Chiasson.

À Québec, tout ça est considéré comme de l'histoire ancienne. Jeff Fillion a été réhabilité. Il est d'ailleurs de retour sur les ondes radiophoniques de NRJ depuis l'hiver dernier. «Québec est plus homogène, blanc, francophone de souche. À Montréal, il y a beaucoup plus de métissage», rappelle Raynald Brière, qui reste convaincu qu'il y a de la place dans la métropole pour une nouvelle radio parlée. «Il y en a trois à Québec pour un marché beaucoup plus petit.»

C'est aussi ce qu'il m'avait dit il y a deux ans, au moment de lancer Radio X à Montréal. «Il faut passer à autre chose, dit-il. On ne pouvait pas gagner cette bataille-là. On veut élargir la base, progresser tranquillement. Avec un ton adapté au marché de Montréal.»

Le ton général entendu hier à Radio 9 est certainement plus consensuel que celui emprunté récemment par Radio X. À l'image de la convivialité de Louis Lemieux, ex-animateur de Radio-Canada, qui pilote l'émission du matin. La nouvelle chaîne affiche clairement ses couleurs: elle privilégie la proximité et l'opinion, celle de ses chroniqueurs (pour la plupart des vieux de la vieille) et de ses auditeurs. Comme du reste l'ensemble du paysage médiatique.

Cette nouvelle tentative sera-t-elle la bonne? À première vue, Radio 9 donne l'impression d'être plus apte à gruger dans l'auditoire du 98,5FM, son concurrent le plus direct, que Radio X.

«Il n'y a rien de plus fort qu'une habitude, reconnaît cependant Raynald Brière, en évoquant les parts de marché de Paul Arcand le matin. Mais les médias évoluent rapidement. Il y a moins de loyauté de nos jours. On va essayer de pêcher dans le grand lac!»

C'est plus sage que de le polluer.




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