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Paolo Rossi et moi

Été 1982. J'avais 9 ans. Le 11 juillet 1982, au stade Santiago Bernabéu de Madrid, l'Italie et l'Allemagne de l'Ouest ont disputé la finale de la Coupe du monde de soccer. Le même jour, mon équipe moustique participait à la finale du tournoi de Gloucester, dans un champ perdu à l'est d'Ottawa.

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Marc Cassivi a grandi dans une famille de foot. Il était selon lui le moins doué de quatre futurs médaillés aux championnats canadiens.

PHOTO FOURNIE PAR MARC CASSIVI

Le soccer est devenu pour moi, cet été-là, une passion. Et la Coupe du monde, un rendez-vous incontournable. Mon ancêtre sicilien avait beau avoir échoué sur les rives de la Gaspésie il y a plusieurs générations, je n'en revendiquais pas moins mes racines italiennes profondes chaque fois que Paolo Rossi marquait un but. Et il en a marqué six avant d'être sacré meilleur buteur du tournoi.

En finale, Rossi a déjoué Harald Schumacher (que je détestais de tout mon être) et la Squadra Azzurra a fait bomber le torse à tous les Italiens autodéclarés de mon équipe, laissant piteux mes coéquipiers admirateurs de la Mannschaft. En fin d'après-midi, les jeunes Di Lauro, Bacchiochi et Cassivi, alliés aux Schmidt et Burhop d'ascendance germanique, ont gagné leur tournoi moustique en imitant leurs idoles du Mundial espagnol.

L'été de 1982 fut celui de toutes les réussites. Nous avons remporté la finale de la Coupe de la ligue en prolongation. J'ai même marqué le but victorieux, un peu malgré moi, le ballon échouant à mes pieds au coeur d'une mêlée, alors que j'étais à quelques mètres à peine du but.

Je me souviens d'avoir été tétanisé par l'occasion en or qui se présentait à moi. Le temps s'est arrêté, comme dans les films sportifs. Moi qui ne marquais jamais ou presque, j'ai donné machinalement un coup de pied dans l'objet rond qui me barrait la route.

Lorsque j'ai vu le filet remuer, j'ai couru comme une flèche vers mon gardien de but, à l'autre bout du terrain, les bras en l'air, en criant. Je croyais que le match était terminé, comme au hockey. Il ne l'était pas. J'ai dû me remettre rapidement de mes émotions, et de l'humiliation d'avoir célébré ce but comme si j'avais gagné à moi seul la Coupe du monde.

Après le match, mes co-équipiers m'ont hissé sur leurs épaules, comme Enzo Bearzot, l'entraîneur de l'Italie, après sa victoire historique contre l'Allemagne quelques semaines plus tôt. J'étais un héros improbable, un joueur de soutien, un défenseur peu habitué à être au premier plan. Je ne vécus d'ailleurs jamais un moment sportif plus marquant. Au sommet de ma «carrière» à 9 ans. Vous dire comme la chute a été longue par la suite...

J'ai grandi dans une famille de foot, le moins doué de quatre futurs médaillés aux championnats canadiens. Mes parents passaient leurs étés à faire le taxi dans toutes les régions du Québec, en Ontario, et même aux États-Unis. À l'époque, il n'était pas simple de voir un match de soccer à la télé. Nous regardions, brouillés en bleu, les matchs de Serie A sur une chaîne câblée communautaire à laquelle nous n'avions pas accès, le dimanche matin. Juste pour entendre la musique des commentateurs prononçant les noms de Capello, Gentile et Altobelli.

Tous les quatre ans à partir de 1982, je m'enfermais pendant un mois dans le sous-sol de la maison familiale, avec mes frères et ma soeur, pour suivre les exploits de Zico, Socrates, Maradona, Platini, Gascoigne, Lothar Matthäus, Lineker, Valderrama, Baggio et Schillaci.

Et à partir de 1982, j'ai rêvé d'assister à une Coupe du monde. J'ai raté bêtement celle de 1994 aux États-Unis, après une tentative ratée de me rendre à Boston pour un match à Foxboro. Mais deux ans plus tard, grâce à une amie française, mon frère et moi avons mis la main sur huit billets de la Coupe du monde de 1998, en France.

L'été de mes 25 ans, j'étais stagiaire au Monde diplomatique, à Paris. Je faisais la navette entre la capitale et Lens, où j'avais obtenu ce «pass» pour le Mondial. J'ai vu David Beckham marquer un but fabuleux contre la Colombie, l'Espagne humilier la Bulgarie et la France battre de justesse le Paraguay, en huitièmes de finale.

Dans la chambre de bonne où je logeais sous les toits, avec une fenêtre donnant sur les jardins du Trocadéro, me parvenait, décalé, l'écho de la foule regardant les matchs sur écran géant et retenant son souffle avant les tirs au but du quart de finale France-Italie. L'explosion de joie, cet après-midi de canicule, après chaque but français, résonne encore clairement dans ma mémoire.

Le 12 juillet 1998, j'ai regardé la finale, remportée 3-0 par la France contre le Brésil, chez un collègue. Nous avons parcouru la ville entière après le match, jusqu'à la place de la Bastille, avec la foule en liesse. J'ai marché jusque chez moi, à l'autre bout de Paris, au petit matin, en compagnie de plus d'un million de personnes sur les Champs-Élysées.

«Et un, et deux, et trois zéro!», scandait en choeur un pays «black, blanc, beur» alors que l'image du messie Zidane était projetée sur l'Arc de triomphe. Le lendemain de la finale, je me suis «évadé» de l'édifice du Monde en après-midi, pour me joindre aux centaines de milliers de partisans de l'équipe de France venus assister au défilé des champions sur les Champs-Élysées.

Quatre ans plus tard, vingt ans après mes premiers émois de 1982, j'ai vécu le moment le plus grisant de ma carrière de journaliste: j'ai couvert la Coupe du monde de 2002 au Japon et en Corée du Sud pour La Presse. Avec une pensée pour Paolo Rossi.




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