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Une bien mauvaise idée

Mobilisez-vous! dit Hélène David au milieu de la culture. Mobilisez-vous pour récupérer demain ce que l'on vous enlève aujourd'hui. La nouvelle ministre de la Culture et des Communications ne le dit pas en ces termes exacts, mais c'est bien le message que l'on retient.

«Il y a une ouverture au dialogue», m'a-t-elle répété jeudi, en paraphrasant le ministre des Finances du gouvernement Couillard, Carlos Leitao. Il y a des mobilisations que l'on pourrait facilement éviter si des décisions inopportunes n'étaient pas parfois prises par nos dirigeants...

Je fais bien sûr référence à cette baisse de 20% des crédits d'impôt par le gouvernement libéral qui touchera notamment le milieu de la culture, et en particulier celui du cinéma.

Sitôt la mesure annoncée, la nouvelle ministre de la Culture et des Communications invitait les différents milieux culturels à faire valoir leur point de vue à l'occasion de la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise, prévue en septembre. «On invite même ceux qui se sentent interpellés à poursuivre et élargir la discussion en proposant toute mesure innovante», ajoute la ministre.

Cela me semble pour le moins ironique. Un gouvernement prend une décision qui risque d'avoir des répercussions catastrophiques pour nombres d'artistes, d'entrepreneurs et d'artisans du milieu de la culture et la ministre de la Culture leur suggère dans la foulée de se mobiliser pour contester ladite décision.

La ministre se défend de faire de telles suggestions. Elle n'appelle pas les artistes à «corriger le tir», comme je le lui propose. Mais elle laisse bel et bien entendre que si le milieu culturel se solidarise, le gouvernement pourrait changer d'avis, du moins adapter ses baisses de crédits d'impôt aux besoins de chacun (ou en compenser la perte par d'autres mesures). C'est une étrange stratégie. Si vous vous plaignez avec assez de conviction, nous allons peut-être réviser notre position...

Peu importe ses intentions, les artistes ont entendu l'appel à la mobilisation de la ministre. Jeudi, on annonçait la création du Regroupement pour le maintien des crédits d'impôt en production, qui représente plus de 50 000 travailleurs et entrepreneurs du milieu de la culture.

«Nombre de productions québécoises risquent de ne pas voir le jour en raison des coupes annoncées et plusieurs productions étrangères vont atterrir ailleurs qu'au Québec si les paramètres financiers ne sont pas rapidement sécurisés», prévient le Regroupement.

Plusieurs organismes ont dénoncé ces derniers jours cette décision «inconséquente», «inexplicable», «déconcertante» et «sans nuance» du gouvernement Couillard.

Pour l'ADISQ, s'attaquer aux crédits d'impôt, c'est nuire de manière importante à la capacité de créer des oeuvres. «Jusqu'à l'obtention de réponses claires et accompagnées d'une vision responsable, cohérente et conséquente», l'Union des artistes exige de son côté un moratoire sur la question.

DOC Québec, qui représente plus de 130 producteurs, réalisateurs et artisans travaillant dans le domaine du documentaire, demande à la ministre David de faire valoir «l'exception culturelle». La Guilde canadienne des réalisateurs du Canada, section Québec, estime quant à elle que «non seulement les nouvelles mesures fiscales n'entraîneront pas de réelle épargne pour le gouvernement, mais qu'elles se solderont par une perte nette pour tout le secteur».

Quantité d'organismes ont déjà annoncé qu'ils participeraient à l'automne à la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise. Des heures de plaisir en perspective... Il me semble que l'on économiserait bien des inquiétudes, des énergies, et même de l'argent public, si l'on consultait les gens concernés AVANT de leur couper l'herbe sous le pied. Plutôt que de les mettre devant le fait accompli en promettant d'entendre par la suite leurs doléances.

Vous ne trouvez pas ça ironique? ai-je demandé à la ministre. L'état des finances publiques est inquiétant et il n'y a pas que le milieu culturel qui est touché par les réductions de 20% aux crédits d'impôt, répond Hélène David. «Il en reste tout de même 80%», dit-elle.

La nouvelle ministre de la Culture, perçue par plusieurs comme une alliée naturelle, a été accueillie avec beaucoup d'enthousiasme par le milieu culturel, qui fonde sur elle bien des espoirs. Il est vrai qu'alors que l'on craignait des coupes importantes au ministère, il a plutôt été bonifié de 3,3 millions de dollars (une hausse de 1%). Un investissement de 110 millions a par ailleurs été annoncé pour soutenir la Stratégie culturelle numérique du Québec, qui sera chapeautée par la SODEC.

De bonnes nouvelles qui sont en quelque sorte passées sous le radar, assombries par la mauvaise nouvelle de ces coupes de 20% dans les crédits d'impôt à la culture.

Même la Coalition avenir Québec, certainement pas réfractaire à une révision générale des crédits d'impôt, souhaite une exception pour ceux visant la production de films étrangers.

La députée caquiste d'Iberville et ex-présidente de l'Association des productions de films et de télévision du Québec (APFTQ), Claire Samson, a fait valoir qu'en 2012, il en a coûté 90 millions à Québec pour ces crédits d'impôt, mais que leurs retombées économiques ont été évaluées à quelque 300 millions.

Hélène David a une expérience enviable dans l'appareil étatique. Elle connaît les rouages de la machine. C'est une femme cultivée, visiblement déterminée et pleine de bonne volonté. On attend d'elle davantage qu'un discours aux contours ambigus: une défense ferme des acquis fragiles du milieu culturel.

Les crédits d'impôt représentent un investissement essentiel dans la culture et la société québécoises. Décider de s'en passer, même en partie, sans plus de réflexion, d'un geste brusque du revers de la main, est non seulement contreproductif: c'est une bien mauvaise idée.

Précision

Dans une récente chronique sur le Festival des films du monde (FFM), j'ai écrit qu'«on ne peut gérer un événement qui reçoit des centaines de milliers de dollars en deniers publics de manière dictatoriale, en refusant de rendre des comptes». Cette formulation était équivoque et pouvait porter à de malheureuses interprétations. Je n'ai d'aucune manière voulu comparer Serge Losique, le président-fondateur du FFM, à un dictateur. Seulement rappeler de manière générale que l'homme est acharné et opiniâtre, et qu'il n'a pas toujours offert la plus grande collaboration, notamment aux médias et aux organismes subventionnaires. Si M. Losique s'est senti blessé par mes propos, je m'en excuse sincèrement auprès de lui.




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