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Un ange à ma table

Jane Campion... (Photo archives AP)

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Jane Campion

Photo archives AP

(Cannes) Je suis arrivé trop tôt au chic dîner d'ouverture du Festival de Cannes. Une armée de serveurs et d'organisateurs en était encore à disposer les couverts autour des pivoines fraîches et à vérifier les plans de tables.

Dans ce genre de soirée protocolaire, il faut s'assurer qu'untel et unetelle, que l'on sait en froid, ne soient pas placés trop près l'un de l'autre. Et que les hôtes, la ministre de la Culture et le président du Festival, puissent se retrouver. Ménager les susceptibilités est un grand art...

On se préparait à accueillir Nicole Kidman, évadée de la prison dorée de Grace de Monaco, le film d'ouverture qui a fait patate. Un four, une grosse daube, comme on dit sur la Croisette. Où les métaphores alimentaires n'empêchent pas d'apprécier un bon repas.

Je me suis pointé à la salle de réception vers 21h15. J'avais envie de revoir Sofia Coppola (soupir), membre du jury, que j'avais entrevue l'an dernier en conférence de presse. J'avais surtout très faim. Je zieutais au loin, derrière les portes vitrées, le pain et le potage froid déjà dans leurs assiettes, en salivant.

«D'habitude, ce sont les Ontariens qui arrivent trop tôt. Pas les Québécois!», m'a répondu un sympathique gardien de sécurité à qui je venais de demander où se trouvait l'entrée de la salle. Pour m'éviter une humiliation certaine, il m'a gentiment suggéré de revenir plus tard.

«Quand la première vague d'invités sera arrivée, voire la deuxième, je vous ferai signe si vous voulez», qu'il m'a dit, avec un clin d'oeil complice, après m'avoir confié qu'il était un ami de Claude Chamberlan. Les deux se croisent depuis des années au Festival et s'échangent des histoires drôles. Je suis parti avant de faire l'objet de leurs prochaines railleries.

Avec mon complet bleu fripé, mal assorti avec le noeud papillon noir ajustable emprunté à mon beau-frère (l'an dernier), j'avais l'air d'un adolescent trop pressé d'arriver à son bal des finissants. Je me suis réfugié à la salle de presse, pour consulter mes courriels. Il n'y en avait aucun. À 22h, je suis remonté à l'étage supérieur, au salon des Ambassadeurs, craignant d'avoir raté l'apéritif. J'étais bien sûr le premier arrivé parmi les 670 invités attendus...

Mon ventre a gargouillé de plus belle lorsque j'ai vu le menu préparé par le chef étoilé Bruno Oger: velouté de petits pois à la menthe, asperge potagère et homard bleu au caviar Petrossian, papillote de bar bouillon citron-citronnelle, tarte croustillante chocolat caramel. Et pour faire passer le tout, du champagne et un grand cru classé de Pauillac en magnums.

Il y avait une table réservée à la presse tout près de celles du jury de la compétition, de la Caméra d'or et de l'équipe du film d'ouverture. Je me suis placé stratégiquement dos à la fenêtre, pour faire face à Sofia.

J'étais seul dans la salle. Je n'osais pas m'asseoir. Un journaliste des Flandres a fini par arriver et me confondre avec un serveur. «Je peux laisser mon sac ici?» Aucune idée, mon homme. Les places ont vite été occupées. Il n'en restait plus qu'une lorsque le principal animateur des conférences de presse du Festival, reconnaissant mon accent, m'a confié qu'il la réservait pour une amie québécoise, la productrice Denise Robert.

Il y avait une faille dans le plan de table. Après la chronique que j'ai consacrée au Règne de la beauté de son cinéaste de mari, elle préférera sans doute manger ailleurs, lui ai-je dit. «Vous vous démerderez!» qu'il m'a répondu en souriant. Mme Robert, comme je l'imaginais, a préféré s'asseoir avec Robert Charlebois, aussi de la soirée.

Je me suis quant à moi retrouvé assis entre trois des plus influents critiques de cinéma français. Des vieux de la vieille. Qui se sont mis à s'échanger des conseils sur l'animation de leurs leçons de cinéma respectives (avec Sophia Loren et Jacques Audiard), à pester contre le film d'ouverture et à regretter que l'on qualifie trop facilement un cinéaste talentueux de géant («Dans un monde de pygmées, l'on considère n'importe qui comme un géant»).

Quelqu'un a lâché le nom maudit, «Mike Leigh», et l'un d'entre eux s'est déchaîné sur le compte de ce cinéaste soi-disant sans manières, que l'on excuse de tout parce qu'il réalise de grands films. «Calme-toi!» l'ont prévenu ses amis, tellement il s'emportait chaque fois qu'ils le piquaient (volontairement) au vif en parlant du Britannique.

Ils avaient eu le privilège de voir plusieurs films de la compétition. Ils ont confirmé la rumeur très favorable entourant le film de David Cronenberg, d'une méchanceté délicieuse sur Hollywood, se sont désolés de la minceur du scénario du nouveau Ken Loach, et se sont étonnés que je n'aie pas encore vu Mommy de Xavier Dolan.

Une discussion passionnante. J'en ai oublié Sofia, de toute façon accompagnée de son mari musicien, Thomas Mars, du groupe français Phoenix. Ils discutaient à la table voisine avec Nicolas Winding Refn, le cinéaste de Drive, pendant que Tim Roth piquait une jasette avec Gael Garcia Bernal, entre deux visites de jeunes actrices mesurant une tête de plus qu'eux.

Ils m'ont demandé ce que devenait Denys Arcand, m'ont dit tout le bien qu'ils avaient pensé de Gabrielle. Après le passage à notre table du délégué général Thierry Frémaux, nous avons accueilli Jane Campion, la présidente du jury. J'ai mesuré ma chance de pouvoir discuter de cinéma avec ces monuments de la critique et la cinéaste d'Un ange à ma table, seule femme palmée d'or de l'histoire du Festival (pour La leçon de piano).

Sur les coups de minuit, Sofia, Nicole, Gael et les autres sont partis vers une fête au Palm Beach, où avait été reconstitué un plateau de tournage de la grande époque de Grace Kelly. Pour une fois, je ne suis pas arrivé trop tôt! Je n'avais pas été invité...




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