Le bon gars et le jeune loup

Georges St-Pierre à l'entraînement à la salle de... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Georges St-Pierre à l'entraînement à la salle de gym Tristar en octobre dernier.

Photo: Robert Skinner, La Presse

Le principe est tout simple. Dans une cage, deux hommes se tapent dessus avec les poings, les pieds ou les genoux (alouette!) jusqu'à ce que l'un d'entre eux abandonne de son plein gré le combat ou n'ait plus les facultés intellectuelles nécessaires pour le faire.

Ce n'est pas encore une discipline olympique - quoiqu'avec le virage «extrême» des JO, on n'en serait pas surpris outre mesure. Ce n'est pas non plus un art, malgré son nom: arts martiaux mixtes.

C'est un sport, que d'aucuns considèrent comme barbare, se pratiquant professionnellement sous l'égide de l'UFC (Ultimate Fighting Championship). Son champion du monde des poids mi-moyens n'est nul autre que le sympathique Québécois Georges Saint-Pierre.

Le sport, comme chacun sait, c'est la santé. Aussi, dans les arts martiaux mixtes, pour leur propre bien-être, les participants n'ont pas le loisir de se mordre, de se crever les yeux, de se tirer les cheveux, de porter des coups aux organes reproducteurs de leur adversaire ni de lui fracturer un os de manière intentionnelle. À chaque sport ses règles de bienséance.

On s'inquiète, à juste titre, de la multiplication des commotions cérébrales dans les sports de contact tels le hockey ou le football. Dans les arts martiaux mixtes, la commotion cérébrale n'est pas une préoccupation. C'est un objectif, pour ne pas dire un but ultime (on ne parle pas de «combats ultimes» pour rien).

Une fois son adversaire terrassé et gisant dans sa mare de sang, on continue de le frapper à la tête, jusqu'à ce qu'il ne soit plus tout à fait «là». C'est ainsi que l'on désigne un gagnant, pour le plus grand plaisir d'un public qui remplit à craquer le Centre Bell à chaque combat de championnat.

Georges Saint-Pierre, actuellement en pause de l'UFC pour cause de réflexion sur son avenir professionnel, excelle dans cette discipline qui relève à mon sens autant du sport que de la boucherie de détail (et qui était d'ailleurs illégale au Québec il y a quelques années à peine; le sport, pas la boucherie).

GSP, l'ADN d'un champion, documentaire hagiographique des Montréalais Peter Svatek et Kris Manchester à l'affiche jeudi, retrace le parcours de combattant de Georges Saint-Pierre, écolier chétif victime d'intimidation dans son village de Saint-Isidore, devenu champion du monde de sa discipline à 26 ans.

Entraîneurs et mentors témoignent des sacrifices, du talent et de l'acharnement de GSP - il se rendait chaque semaine en autobus à New York, toutes ses économies dans ses poches, pour ses entraînements d'arts martiaux - afin d'arriver à ses fins.

Il rêvait d'une figurine à son effigie comme le lutteur Hulk Hogan, qu'il admirait dans son enfance. Il aura bientôt en prime, comme son idole de jeunesse, un petit rôle au cinéma, dans le film Captain America: The Winter Soldier.

Produit de concert avec l'UFC, le film oppose volontiers le bon gars charmant qui félicite toujours ses adversaires au «jeune loup» à l'instinct de tueur qu'il devient dans l'octogone (la fameuse cage). Un trait de caractère que l'on souligne allègrement par de multiples métaphores de loups. La nuit c'est comme un loup, chante Éric Lapointe. GSP aussi, ç'a l'air.

L'athlète de 32 ans se dévoile peu devant la caméra, engoncé dans un carcan trop lisse, destiné à nous le présenter sous son meilleur jour. Il avoue tout de même souffrir de troubles obsessifs compulsifs et admet sans ambages qu'il faut être un peu «fêlé» pour pratiquer son métier. «C'est juste que moi, contrairement aux autres, je peux fonctionner en société.»

On sent une volonté chez lui de paraître authentique. En particulier dans une scène assez cocasse où, en visite chez ses parents, il range la vaisselle d'apparat que sa mère a sortie exprès pour l'équipe de tournage. «D'habitude, les citrons ne sont pas coupés comme ça!» dit-il en la narguant gentiment.

Le documentaire, comme les combats qu'il met en scène, ne semble pas avoir été arrangé avec le gars des vues. Les réalisateurs ont suivi GSP pendant un an et demi, entre 2010 et 2011, alors qu'il était au sommet de son art et qu'une blessure à un genou l'a tenu à l'écart, menaçant de mettre fin à sa carrière.

L'occasion de monter en épingle la rivalité de Georges Saint-Pierre avec un certain Nick Diaz, voyou des quartiers durs de Los Angeles, qui ne cesse d'insulter le Québécois en réclamant un match de championnat. On pense à «Clubber» Lang (Mr T) dans Rocky III. Et si les cinéastes tentent de laisser planer le doute sur le résultat, personne n'est dupe de qui sera le vainqueur.

Je suis allé voir ce documentaire sur GSP en me laissant prendre au jeu. Amateur de sport, et de films de sport, refusant de bouder son plaisir. Malgré ce «sport» que je trouve barbare, et dont je n'aurais jamais entendu parler, si l'un de ses champions n'était pas québécois.

En sortant, je me suis dit que le chauvinisme ne rend pas seulement indulgent. Il rend un peu aveugle.




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