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Le verre à moitié plein

Malgré tous ses déboires, malgré la commission Charbonneau... (Photo: Olivier Pontbriand, La Presse)

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Malgré tous ses déboires, malgré la commission Charbonneau et tous les scandales politico-financiers, Claude Robinson refuse de considérer le Québec comme une société gangrenée par la corruption.

Photo: Olivier Pontbriand, La Presse

Il est entré en souriant, le pas léger. Et il a parlé pendant 45 minutes, sans interruption, avec aplomb et humour, de sa voix grave et chaleureuse, avec sa verve de conteur. De sa victoire, du soutien de 50 000 personnes, du beau dans l'épreuve.

Il s'est battu pendant près de deux décennies pour que non seulement ses droits, mais aussi la vérité soient reconnus. Aujourd'hui, Claude Robinson a choisi de voir le verre à moitié plein. Par instinct de survie, sans doute. Pour donner un sens à son combat.

L'artiste n'avait pas encore commenté publiquement le jugement de la Cour suprême rendu le 23 décembre confirmant après 18 ans de procédures judiciaires la contrefaçon de son oeuvre Robinson Curiosité par Cinar et France Animation (notamment).

Une victoire en demi-teinte pour une majorité d'observateurs. La Cour suprême ayant statué, contrairement au juge de première instance, que les personnes et sociétés visées par son jugement n'étaient pas responsables solidairement de certains dommages subis (évalués à 4 millions dans leur ensemble plutôt qu'à 5,2 millions par la Cour supérieure).

Claude Robinson préfère voir les choses autrement, même s'il est conscient du défi que représente le recouvrement de toutes les sommes qui lui sont dues, ici et à l'étranger. Certaines entreprises n'existent plus ou sont insolvables. Ses adversaires, après avoir fait preuve d'une mauvaise foi hors du commun dans cette affaire, tenteront sans doute, de toutes les manières possibles, de se soustraire de nouveau à leurs responsabilités.

L'artiste, lui, refuse de s'apitoyer sur son sort. Il a convoqué les médias en conférence de presse, hier matin, pour souligner cette victoire pour les créateurs, cette «réussite monumentale» pour tous ses pairs, et pour remercier tous ceux qui l'ont appuyé dans son combat.

Claude Robinson se dit heureux de l'impact de ce jugement sur le droit d'auteur, qui se trouve «mieux protégé et harmonisé» (grâce à une nouvelle appréciation de la preuve par experts et des dommages-intérêts, notamment). Il jure de faire preuve d'autant de détermination et d'acharnement que durant les 18 dernières années pour obtenir réparation.

«Certains de mes adversaires se cachent dans les beaux pays. J'irai retourner des pierres dans les ruisseaux», a-t-il promis, en évoquant des ententes de réciprocité avec des pays européens qui pourraient lui être favorables.

On le sentait hier serein, fort de cette victoire qui n'est pas seulement morale. Une victoire pourtant arrachée au prix d'une vie active sacrifiée, au mépris de sa santé physique et mentale (il a songé au suicide pendant des années). «Le matin du jugement, je me suis pesé. Je pesais la même chose que la veille, mais avec un fardeau de moins sur les épaules», dit-il.

Claude Robinson a choisi de voir le verre à moitié plein, disais-je. Au point de minimiser non seulement les difficultés qu'il éprouvera à récupérer plusieurs sommes auprès de créanciers non solidaires, mais aussi les problèmes d'accès à la justice dont son interminable combat est une illustration claire, nette et désolante.

«Un tout petit dessinateur, qui fait ses petits bonhommes, qui fait ses petits textes, réussit à gagner contre un paquet de multinationales, de gens riches qui ont tous les moyens de l'écraser. Ça signifie pour moi que la justice est accessible! Je trouve ça fantastique», dit-il, tout en condamnant la mauvaise foi de ses adversaires et les abus de procédures de leurs avocats.

On peut comprendre son interprétation des faits. Mais après toutes ces années d'efforts et des millions de dollars dépensés pour obtenir gain de cause avec des preuves aussi irréfutables sans, pour finir, une garantie de recouvrer les sommes qui lui sont dues, on s'étonne de l'entendre parler ainsi d'accessibilité à la justice.

Grâce à Claude Robinson, à son souci maniaque du détail, à son entêtement, grâce à ce précédent, d'autres après lui n'auront peut-être pas à subir son calvaire. Mais l'image de la justice «pour tous» restera ternie pour tous les créateurs, et ils y penseront à deux fois avant de sacrifier des années de leur vie afin de se battre aussi courageusement.

Le 23 décembre au matin, c'est la conjointe de Claude Robinson, Claire, qui lui a lu le jugement de la Cour suprême. Il est dyslexique et n'a jamais lu un livre jusqu'au bout. Plusieurs fois il a dû aller vomir aux toilettes, submergé par les émotions. Ce fut le cas, dit-il, à toutes les étapes de cette saga judiciaire.

Claude Robinson s'est fait voler son oeuvre - ni plus ni moins qu'une partie de lui-même - par des gens qui devaient le conseiller (Ronald Weinberg et Micheline Charest), en qui il avait placé sa confiance. Des gens odieux, prêts à toutes les bassesses et tous les mensonges.

Malgré tout, malgré la commission Charbonneau et tous les scandales politico-financiers, il refuse de considérer le Québec comme une société gangrenée par la corruption. «En 18 ans, j'ai rencontré tellement plus de bonnes gens que de bandits et de gens détestables, dit-il. Je vis dans une société foutument belle!»

Il dit n'entretenir ni colère ni rancune et travaille à une nouvelle oeuvre, Robinson Cruauté, inspirée de ses déboires. «Je suis content que la leçon soit donnée et qu'elle puisse servir à d'autres. J'ai un sentiment de sérénité et de quiétude face à tout ça. J'ai plus de légèreté que j'en ai eu depuis 18 ans.» On lui en souhaite pour des années à venir.




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