| Commenter Commentaires (11)

Super Jésus

Le dernier Superman contient assez de références chrétiennes... (Photo: fournie par Warner Bros.)

Agrandir

Le dernier Superman contient assez de références chrétiennes pour inspirer plus d'un prédicateur. Les studios Warner l'ont bien compris et ont créé un site internet destiné à offrir à des pasteurs et évangélistes la matière nécessaire afin de séduire les membres plus récalcitrants de leur congrégation en comparant Superman et Jésus-Christ.

Photo: fournie par Warner Bros.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les superhéros sont partout. Ils se multiplient comme des puces de lit, si bien qu'on a l'impression d'une infestation. La télévision aura elle aussi bientôt son adaptation d'un comic, avec la diffusion en septembre de la série Agents of S.H.I.E.L.D. de Marvel, à ABC. Les hordes de geeks s'excitent déjà le duvet de moustache en découvrant les publicités.

Le superhéros du moment, c'est bien sûr Superman, dans sa énième incarnation au grand écran. Le très musclé acteur britannique Henry Cavill prête désormais ses traits à «l'homme d'acier» (non, pas Staline) dans le bien-nommé film Man of Steel de Zack Snyder, à l'affiche depuis vendredi.

En moins d'une semaine, le Superman nouveau, parrainé par Christopher Nolan (le cinéaste des plus récents Batman), a déjà engrangé des recettes de plus de 150 millions au box-office nord-américain. Les studios Warner n'ont négligé aucune stratégie afin que cette superproduction au budget de 225 millions fasse résonner les tiroirs-caisses.

Man of Steel est même devenu le prétexte d'un mariage pour le moins étonnant entre prosélytisme religieux et showbiz hollywoodien. Le dernier Superman contient assez de références chrétiennes, de métaphores messianiques et autres allégories bibliques pour inspirer plus d'un prédicateur. Les studios Warner l'ont bien compris.

Transcendant le concept de Super Jésus en Super Jésustetoscope de nos amis de RBO, les bonzes de la Warner ont carrément créé un site internet (manofsteelresources.com) destiné à offrir à des pasteurs et évangélistes la matière nécessaire afin de séduire les membres plus récalcitrants de leur congrégation, en comparant Superman et Jésus-Christ.

Il faut dire que Man of Steel s'y prête. Tel qu'il y est représenté, Superman a été envoyé en mission par son père sur Terre, où il a été accueilli par une famille adoptive modeste. Il possède des dons surnaturels qui font dire à son père adoptif (alias Kevin Costner) qu'il serait mis au ban de la société s'ils étaient découverts.

Il flotte dans les airs en prenant des poses christiques. Il propose de se sacrifier pour les humains qui, ingrats, se méfient de lui comme de la peste. Et ce, même s'il est Américain - comme le chantait Jean-Pierre Ferland -, ce qui n'empêche pas l'armée de l'air de lui tirer dessus à coup de missiles Patriot. «Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font.»

Le personnage de Superman, créé par deux adolescents juifs américains (Jerry Siegel et Joe Shuster) au début des années 30, porte depuis toujours cette symbolique messianique. «Je vois Superman comme un genre de croisement de l'Ancien et du Nouveau Testament, a confié au Los Angeles Times le scénariste de Man of Steel, David Goyer. Son histoire est un peu celle de Moïse et un peu celle de Jésus.»

C'est en lisant cet article du Times que j'ai appris l'existence d'un site internet créé de toutes pièces par Warner, avec le concours de spécialistes du marketing, pour sa clientèle chrétienne. En particulier pour les pasteurs qui, grâce à cet accès privilégié à des extraits vidéo et des images du film, peuvent pimenter leurs sermons de références à Superman, «symbole d'espoir pour l'humanité, qu'il doit sauver» (selon la pub de Man of Steel).

Un professeur de communication de l'Université de Pepperdine, en Californie, Craig Detweiler, a même conçu pour le site de Warner des canevas de sermon autour de Superman. Le premier, baptisé Jésus: plus que notre Super Man, a pour objectif avoué de «permettre aux enfants de mieux apprécier les sacrifices de Jésus en faisant des parallèles entre les Saintes Écritures et le film Man of Steel».

On y propose différentes manières d'amorcer des discussions avec des jeunes qui ont vu le film: «Quelle qualité as-tu le plus appréciée chez Superman? Quelle est sa mission fondamentale à ton avis? Quelles similitudes vois-tu entre l'histoire de Jésus et celle de Superman?»

Le deuxième canevas de sermon, sous forme d'un pamphlet de neuf pages intitulé Jésus, le superhéros originel, rappelle que «les origines mythiques de Superman sont ancrées dans la réalité éternelle d'un superhéros spirituel qui a aussi vécu une vie modeste jusqu'à ce que des circonstances extraordinaires l'obligent à une réponse surnaturelle». Super Jésus.

Force références blibliques à l'appui, Craig Detweiler suggère aussi des réponses. «Superman, tout comme Jésus, s'est sacrifié pour sauver les hommes, mais continue de veiller sur eux.» Il s'agit, ni plus ni moins, d'endoctrinement religieux par le cinéma. Ce qui semble inenvisageable au Québec passe surtout aux États-Unis pour une stratégie de «marketing de niche» originale et innovatrice. In God We Trust.

Craig Detweiler, décrit comme un intellectuel chrétien, a tout de même dû se défendre cette semaine sur son blogue de désacraliser la religion en l'intégrant à une campagne de promotion hollywoodienne. «La plupart des chrétiens d'Amérique ont déjà fait plusieurs accommodements culturels, dit-il, en préférant s'assimiler plutôt que de résister au capitalisme tel qu'il est promu par la république du divertissement.» Voilà qu'on donne raison aux marchands du Temple...

Ce site bien particulier de Warner propose, pour finir, un «défi» à ses lecteurs: «Chaque jour, remerciez Dieu de la manière avec laquelle il a démontré son amour pour vous. Remerciez Jésus d'avoir sacrifié sa vie pour la vôtre. Demandez à Dieu comment vous pouvez mieux le servir...» Et surtout, n'oubliez pas d'aller au cinéma, voir un film archi-violent où chacun fait sienne cette maxime biblique: oeil pour oeil, dent pour dent. Amen.

L' Homme d'acier

Cote La Presse

Un homme doté de pouvoir extraordinaires imputables à ses origines extraterrestres cherche à découvrir le but de son existence sur Terre lorsque...
Fiche du film
Partager

publicité

Commentaires (11)
    • Marc Cassivi, un peu anticlérical, moqueur mais pas très impartial,
      j'aurai préféré un journaliste plus respectueux des croyants...
      il y a trop d'individus qui s'engouffrent dans la facilité de la malveillance religieuse
      plutôt que de rester dans l'impartialité qu'exige leur éthique professionnelle...
      Mais là, en France, il ne faut pas rêver :
      nous sommes devenu une république de la pensée unique, anti américaine car cela fait bien,
      une pensée unique qui ne tolère aucun contradicteur, comme il se doit, dans le meilleur des mondes qui pense qu'il pense bien...
      (le meilleur des mondes, c'est La France... bien entendu : elle attend aussi son Super-Hayrault ou son Super Remplaçant...)

    • Joe Shuster, le dessinateur et co-créateur de Superman, est canadien. Il est né le 10 juillet 1914 à Toronto.

    • Ce n'est pas nouveau... Regardez les anciens Superman avec Christopher Reeves, vous y trouverz autant, sinon plus, de références bibliques. Est-ce qu'il faut vraiment se surprendre que le héros américain par excellence fasse référence aux symbole judéo-chrétien. Ben entoucas, ils le faisait déjà en 1978!! Helloooo....

    • Les Marvels sont pour moi plus intéressants en BD pour la beauté des dessins.
      De la propagande dans le cinéma US?
      Quand c'est pas zuzu, c'est la promotion des guns alors...
      Si vous achetez, vous approuvez donc c'est fort probable qu'on va vous resservir le même recette la prochaine fois!

    • Au moins il a fini par comprendre qu'il fallait mettre le slip sous le pantalon. Il n'est pas trop tôt, ça ne lui aura pris qu'un siècle.

    • @mrguitare,
      voici une étude comparative des geeks vs les nerds qui pourrait vous être utile: http://www.popsci.com/node/74898/?cmpid=enews062013

    • Ce genre de films est toujours truffé de références bibliques conscientes ou inconscientes. The Matrix aussi était largement puisé dans le registre mythologique chrétien. Mais bon, ils ne sont pas allés aussi loin dans les produits dérivés.
      Ceci étant dit, si Superman ne change pas l'eau en vin, je ne vais pas le voir.

    • On s'éloigne de l'original pour faire un bon show. Comme les nouveau Star Trek: du powpow bangbang sans le contenu des originaux. Une grosse farce grasse peu subtile.
      Avec du Super Jesus (poulet BBQ), DC fini de sombrer dans la soupe au navet.

    • En fait, je pense que la maxime "?il pour ?il, dent pour dent" ne prône pas la violence, mais un châtiment équitable à la faute qui a été commise. Tout cela dans le but d'éviter que la violence escalade dans un tourbillon incontrôlable. Mais chacun comprend ce qu'il veut bien.

    • M. Cassivi... votre appel au stéréotype des "geeks" qui arborent la moustache molle était-il nécessaire? Au moins je pourrai m'en servir dans un cours où j'y enseigne les sophismes.

    • Les Amaricains, eux-autres ils l'ont l'affaire! En autant que ces niaiseries restent aux States, ils peuvent bien faire ce qu'ils veulent. Je vais aller voir le film quand même mais Superman ce sera toujours Christopher Reeve pour moi avec son charme et son humour subtil. Ce Superman me semble bien sérieux.

Commenter cet article

Les commentaires sont maintenant fermés sur cet article.

Nous vous invitons à commenter les articles suivants:

Veuilez noter que les commentaires sont modérés et que leur publication est à la discrétion de l'équipe de Cyberpresse. Pour plus d'information, consultez notre nétiquette. Si vous constatez de l'abus, signalez-le.

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box
la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer