Comme le sexe et le chocolat

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Le professeur Robert Zatorre

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Ils avaient déjà déterminé, preuves scientifiques à l'appui, que la musique peut procurer autant de plaisir que le sexe ou le chocolat. Des chercheurs de l'Université McGill ont désormais découvert quelles zones du cerveau interagissent pour faire apprécier, et éventuellement acheter, une pièce musicale.

En 2011, le professeur Robert Zatorre et son étudiante au doctorat Valorie Salimpoor avaient fait publier dans le journal scientifique Nature Neuroscience les résultats d'une recherche démontrant que la musique peut provoquer dans le cerveau des effets euphorisants semblables à ceux de la drogue.

Le fait d'écouter une musique que l'on connaît et que l'on apprécie encourage la sécrétion de dopamine, un puissant neurotransmetteur jouant un rôle essentiel dans le renforcement de comportements nécessaires à la survie (comme manger et se reproduire).

«Notre recherche a reçu un accueil très favorable, mais certains se sont demandé si c'était bien la musique, et pas seulement les souvenirs liés à la musique, qui provoquait la sécrétion de dopamine», m'explique le professeur Zatorre.

L'équipe de l'Institut et hôpital neurologiques de Montréal de l'Université McGill a donc décidé de pousser ses recherches plus loin. Les résultats de sa nouvelle étude, publiés dans le prestigieux magazine Science vendredi et rapportés hier dans Time, permettent de mieux comprendre comment le cerveau réagit à une musique qui n'a jamais été entendue.

«Cette fois, nous voulions examiner comment les régions du cerveau gratifiées par la dopamine interagissent avec les autres régions du cerveau pour provoquer le plaisir musical, m'explique Valorie Salimpoor. Nous avons donc utilisé de nouvelles pièces de musique, et conduit une étude dans un contexte réaliste pour procurer davantage de validité à l'étude.»

Ce que cette nouvelle étude a démontré, c'est qu'en écoutant une musique pour la première fois, le cerveau réagit de telle manière qu'il fait interagir ce que les scientifiques appellent le système de récompense du cerveau (le noyau accumbens) et le système de décodage auditif (le cortex auditif). Plus il y a d'activité neurologique dans ces secteurs du cerveau, plus quelqu'un est susceptible d'acheter le morceau de musique qu'il écoute.

Pour arriver à ces résultats, les chercheurs ont fait écouter des extraits de 30 secondes d'une soixantaine de chansons inédites à une vingtaine de sujets afin de mesurer leur activité cérébrale par examen d'imagerie par résonance magnétique. À chaque écoute, le participant devait indiquer combien il serait prêt à payer pour se procurer une chanson (jusqu'à 2$).

L'équipe de l'Université McGill a remarqué que l'intensité de l'activité cérébrale était semblable chez tous les sujets ayant l'intention d'acheter une chanson, peu importe le type de musique écouté. Et que cette intensité permettait aussi de mesurer, de manière assez fiable, le prix qu'il était prêt à payer.

Comprendre ce qui donne envie d'acheter une chanson dès la première écoute, n'est-ce pas le Saint Graal de l'industrie musicale? «Si c'est ce que l'industrie cherche, elle va être déçue! dit Robert Zatorre en riant. Les goûts musicaux sont très variés, même parmi des sujets du même âge. Il n'y a pas de règle commune.»

En revanche, estime le chercheur, les résultats de cette étude constituent peut-être la clé de ce qui différencie les goûts musicaux. «Chaque individu a son propre historique musical, dit-il. Il a entendu des musiques différentes qui ont influencé son cortex auditif, où sont stockés ses souvenirs musicaux. Cela crée des règles qui permettent de mieux décoder de nouvelles pièces de musique.»

La première fois que notre cerveau, s'il est habitué à une musique pop, entre en contact avec du jazz expérimental, par exemple, ou une musique d'une autre culture, il peut avoir de la difficulté à bien comprendre ce qu'il perçoit. Or ce sont les habitudes d'écoute, et en particulier l'anticipation d'une structure musicale qui nous est familière alliée à des éléments novateurs, qui stimulent le plaisir.

En ce sens, les recherches du professeur Zatorre militent certainement en faveur d'une plus grande éducation musicale. «Il y a plus de plaisir lorsqu'il y a plus d'outils d'écoute», dit-il. Un plaisir qui, comme celui du sexe ou du chocolat, croît avec l'usage, en encourageant à sa manière la survie de l'espèce...

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