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Une multitude d'hypocrisies

Kate Middleton et le prince William.... (Photo: Reuters)

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Kate Middleton et le prince William.

Photo: Reuters

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C'est, essentiellement, une mauvaise blague qui a très mal tourné. Et pris les proportions d'un scandale international.

Jacintha Saldanha, infirmière britannique de 46 ans, mère de deux adolescents, a été trouvée sans vie vendredi matin. Il s'agit, selon toute vraisemblance, d'un suicide. L'autopsie, qui a eu lieu hier, devrait le confirmer.

Il y a une semaine, vers 5h du matin (heure de Londres), Jacintha Saldanha a été victime du canular téléphonique d'une station de radio australienne. Deux animateurs, qui se sont fait passer pour la reine et le prince Charles, ont téléphoné à l'hôpital King Edward VII, où travaillait l'infirmière, afin de prendre des nouvelles de la princesse Kate.

La princesse, enceinte, avait été hospitalisée la veille pour des nausées, éveillant les ardeurs de la presse à potins. C'est sans se soucier des répercussions de son geste que Jacintha Saldanha a transmis l'appel de ces prétendus souverains à l'étage où était hospitalisée Kate Middleton. Elle n'a rien révélé de son état de santé, ce qu'a fait une autre infirmière, bernée à son tour par ce canular qui a fait le tour de la planète.

Jacintha Saldanha n'avait rien à se reprocher. Elle s'est pourtant enlevé la vie. Cette immigrée indienne, que l'on disait réservée, timide, nerveuse, a-t-elle été raillée par ses collègues de travail? A-t-elle succombé aux pressions du cirque médiatique entourant la famille royale? Ses employeurs affirment qu'ils ne lui ont fait aucune remontrance. On ne sait pas tout ce qui pousse quelqu'un dans ses derniers retranchements.

Le drame, largement médiatisé, a relancé le débat sur la responsabilité des humoristes. Vont-ils trop loin? s'est-on demandé sur toutes les tribunes. La radio commerciale australienne à l'origine du canular, 2Day FM, a suspendu vendredi ses deux animateurs, dont l'émission n'était en ondes que depuis deux semaines. La station a déclaré qu'elle reverrait ses règles de diffusion, même si «la tragédie était imprévisible».

Le drame, en effet, était imprévisible. Ce qui l'est moins, c'est l'hypocrisie qui l'entoure. Aujourd'hui, 2Day FM, qui ne veut pas d'une mort sur sa conscience, fait volontiers passer ses deux animateurs pour des moutons noirs. Avant de les suspendre, elle a diffusé en boucle leur canular, pourtant d'une banalité absolue, en se gargarisant de son audace et en se félicitant de ce coup de publicité inespéré.

En point de presse, hier, les animateurs, en pleurs, ont commenté pour la première fois le drame, en présentant leurs excuses. Ils ont eux-mêmes été étonnés par la facilité avec laquelle ils ont eu accès à cette information «privilégiée» sur la famille royale. Dans la mesure où il relève du privilège d'obtenir des renseignements sur l'heure à laquelle la princesse s'est endormie, son degré d'hydratation de la veille et le moment précis où son prince l'a quittée pour rentrer à la maison.

Les animateurs de radio australiens Michael Christian et... (Photo: Reuters) - image 3.0

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Les animateurs de radio australiens Michael Christian et Mel Greig ont affronté la presse, hier, après avoir été muets pendant trois jours.

Photo: Reuters

Est-ce que les humoristes vont trop loin lorsqu'ils se font passer pour la reine en demandant des nouvelles d'une princesse enceinte? Au contraire. Ils s'aventurent dans des sentiers mille fois empruntés. La presse britannique a pourtant fait tout un plat de ce canular avant même qu'il ne tourne au drame. Et elle ne cesse depuis de tenir ses auteurs responsables du suicide de Jacintha Saldanha.

Cela en dit davantage sur l'importance démesurée - et malsaine - accordée à la famille royale en Grande-Bretagne que sur les entorses au respect de la vie privée de deux animateurs de radio en manque d'attention (que Scotland Yard souhaite interroger et voir extradés de l'Australie vers le Royaume-Uni).

Un drame a eu lieu. Il ne se trouve pas de responsables mieux choisis en Grande-Bretagne que des Australiens, sujets parmi les récalcitrants de Sa Majesté, toujours prêts à remettre en question leur allégeance à la Couronne. Contrairement à leurs cousins canadiens, qui ne cessent de mieux embrasser la monarchie...

Cette histoire, je le répète, est faite d'une multitude d'hypocrisies. Il est pour le moins ironique d'entendre certains humoristes québécois, grands adeptes d'insolences téléphoniques, appeler au respect de l'intimité de la famille royale en réclamant un code d'éthique du canular. Pardon?

Ils ignorent sans doute à dessein les emplois que leurs propres frasques ont dû mettre en péril dans l'entourage de leurs victimes, parmi des assistants de bonne foi ayant heureusement su mieux vivre que Jacintha Saldanha avec l'humiliation d'avoir été dupés.

Le canular, par définition, est trompeur. On ne peut sérieusement s'en offusquer chez les autres quand on en a fait son propre gagne-pain, peu importe les nuances qui s'imposent dans sa réalisation. Depuis une vingtaine d'années, ce genre de coup monté est pratiquement devenu une spécialité québécoise, au même titre que le ski acrobatique et le pâté chinois.

Plutôt que de tenter avec insistance de se distancier de ce canular - pas assez drôle, trop «jaune», pas revendiqué en ondes, etc. -, les humoristes québécois qui sont friands du genre devraient prendre conscience des dérapages inhérents à sa pratique. Et se compter chanceux qu'un drame pareil ne se soit pas produit à la suite de l'un de leurs insolents coups de fil.




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