Le racisme à deux vitesses

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Les Québécois ont l'épiderme sensible. Surtout lorsqu'il est question de langue ou d'identité nationale. Le francophone est chatouilleux. Question de Constitution, il faut croire.

L'hystérie collective n'est jamais bien loin lorsque l'on ose, outre-Outaouais, une remarque désobligeante sur la gestion de nos affaires internes, de notre patrimoine culturel ou de notre héritage français. Réflexe fier de minoritaires.

La moindre mention au Canada anglais d'un couac dans l'orchestre (Karkwa méritait-il son prix Polaris?), d'un grain de sable dans l'appareil étatique («Corrompus», nous?) ou d'un doute sur la distribution des rôles (on salue Jacob Tierney) provoque un tollé de Val-d'Or à Gaspé.

Un hockeyeur albertain traite un arbitre québécois de «Fucking Frechman» dans le feu de l'action: les édiles réclament pratiquement une commission d'enquête publique. Don Cherry qualifie les joueurs québécois de «pleurnichards» ou de «mauviettes»: il est unanimement dénoncé.

Lundi soir, à l'émission de Mario Dumont à V, Gilles Proulx se fendait d'un autre de ses éditoriaux hebdomadaires sur tout et n'importe quoi, en six minutes bien comptées. Articulation impeccable, débit dynamique, élocution remarquable.

Au menu: on félicite Gérard Deltell, un ami de la famille, d'avoir traité Jean Charest de «parrain» (évidemment), on casse du sucre sur le dos des assistés sociaux qui profitent du système (tu m'étonnes) et on pose un regard nuancé sur le projet-pilote de cégep bilingue (précision: «nuancé», ici, se veut ironique).

Essentiel de l'argumentaire de Gilles Proulx: «On n'a pas de leçon à recevoir des têtes carrées pis des maudits autres fanatiques.» Question géostratégique de Gilles Proulx: «Les têtes carrées de Montréal, quessé que vous en faites de ça?» Question corollaire de Gilles Proulx: «Est-ce que les têtes carrées parlent français?» Pléonasme vicieux de Gilles Proulx: «Toute une bande de têtes carrées anglaises»; suivi d'une syntaxe déficiente: «Est-ce qu'ils sont intégrés au Québec?»

Rien de bien surprenant. Du Gilles Proulx pur sucre d'érable, millésimé 1959, version légère. Le fantasque barbon a déjà traité, sur les ondes de TQS, une adolescente de 14 ans retrouvée à moitié morte dans le fleuve Saint-Laurent après avoir été battue et violée par ses agresseurs, de «petite garce», «petite cochonne, «petite vache» et «petite niaiseuse», en laissant entendre qu'elle était responsable de ses malheurs (excusez du peu). Le tout dans un français impeccable, évidemment. Quand on a une réputation à maintenir...

Gilles Proulx avait été suspendu de l'émission L'avocat et le diable à l'époque (en 2005). Le voilà de retour à V (ex-TQS), qui pourra s'enorgueillir de son prochain dérapage en règle, cautionné tacitement par Mario Dumont du simple fait de sa complaisance. Les emportements excessifs du polémiste sont plus prévisibles qu'une blague déplacée de Jean-François Mercier sur Anne-Marie Losique.

Traiter quatre fois en trente secondes les Anglo-Montréalais de «têtes carrées» constitue-t-il un dérapage en bonne et due forme? La question est lancée. Certains Anglos se qualifient eux-mêmes affectueusement de «têtes carrées» (en français dans le texte). Comme des Noirs se traitent entre eux de «nègres» ou des homosexuels de «fifs». Cela m'a peut-être échappé dans la subtilité de son discours, mais je n'ai rien perçu d'affectueux dans le commentaire de Gilles Proulx.

Je le répète: les Québécois ont l'épiderme sensible. Si Don Cherry, pendant sa chronique Coach's Corner à la CBC, se mettait en tête samedi prochain de traiter les hockeyeurs francophones de «frogs», quatre fois plutôt qu'une, avec un mépris évident, il y aurait aussitôt une levée de boucliers dans les médias du Québec. Il se ferait traiter d'anti-Québécois, de xénophobe, de raciste.

Quel est en français l'équivalent de l'expression «frogs» pour insulter les Canadiens anglais? Deux indices: ça commence par «têtes» et ça finit par «carrées».

Si je peux me permettre...

«Chirurgie esthétique, en parler ou pas?» C'était le titre de la chronique de mon ami Hugo Dumas, mardi. Il y relevait un «incident» survenu la semaine dernière sur le plateau de l'émission Les enfants de la télé, animée par Véronique Cloutier. En commentant des images d'archives, Sébastien Benoît et Antoine Bertrand ont tour à tour déclaré qu'Anne-Marie Losique était plus jolie «avant» (sous-entendant «avant» d'évidentes opérations de chirurgie  esthétique). Une autre invitée, Suzanne Lévesque, s'en est offusquée. À juste titre à mon sens.

Si je peux me permettre... Il me semble que l'on devrait débattre des idées des gens plutôt que de critiquer leur apparence physique. Ce qu'Anne-Marie Losique ou toute autre personne fait avec son corps la regarde. Que l'on soit d'accord ou pas, que l'on trouve cela joli ou pas, qu'elle soit connue ou pas. Qu'un homme se permette de dire d'une femme qu'elle «était 1000 fois plus jolie avant qu'après» son opération esthétique est non seulement inélégant et maladroit, mais extrêmement macho.

Tout le monde vieillit. C'est inévitable. Pour certaines femmes, la chirurgie esthétique semble être un moyen efficace de paraître plus jeune. A fortiori pour les femmes qui font de la télévision. Pour le meilleur et pour le pire, joli ou pas (dépendant du regard), cela reste un choix personnel. Faudrait-il condamner les hommes qui changent de sexe, sous prétexte que ce n'est pas toujours beau?

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