Chronique d'un père indigne

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Musique pour enfants - fini le pablum musical!
Musique pour enfants - fini le pablum musical!

Doit-on influencer les goûts musicaux de nos enfants? Lisez notre dossier sur le sujet. »

La chose a été entendue dès que j'ai découvert que Caillou savait chanter: les disques «pour enfants» ont été bannis de la maison. Voix de castrat insupportable au service d'une musique rébarbative.

Mes deux garçons sont élevés à la dure: pas de comptines guillerettes sur air de bossa nova, pas de Nirvana dilué à la sauce Muzak, pas de minauderies de chanteuses pop destinées à un auditoire de 4 ans d'âge mental. Interdit sous mon toit.

Sur ce point, je suis intraitable. Plus dogmatique qu'une mère végétalienne empêchant son fils de manger du pain. Je décide du menu musical; les enfants subissent mon régime dictatorial. S'ils ne sont pas contents, ils peuvent toujours aller écouter Shilvi chez la petite voisine.

Une demi-douzaine d'albums pour enfants, reçus en cadeau au fil des ans, sont dissimulés, leur emballage intact, en haut de la bibliothèque derrière La généalogie de la morale de Nietzche et Le prince de Machiavel. Pas de chance que mes garçons les trouvent là.

Leur mère, avec son coeur tendre, consent à leur faire écouter en catimini l'imbuvable chanson du film Madagascar, I Like to Move It, glanée sur YouTube. Ils savent qu'avec moi, ils ne peuvent guère espérer mieux que Le grand cerf-volant de Gilles Vigneault, reprise par Ariane Moffatt sur l'album Un dimanche à Kyoto. L'exception qui confirme la règle.

Il y a quatre ans, lors d'un séjour en Europe, j'ai souffert pendant deux semaines un disque de rondes françaises écouté en boucle. Le dispositif de transfert de données de mon iPod à la radio de l'auto avait rendu l'âme. Dansons la capucine, servie à répétition, m'a pratiquement enlevé le goût du voyage. J'ai juré que l'on ne m'y reprendrait plus.

Je sais inévitable l'âge ingrat de la pré-adolescence, où mes garçons me feront subir l'équivalent de 2015 de Poker Face ou de Rhythm is a Dancer. J'appréhende ce supplice avec résignation. Aussi, j'en profite doublement, pendant qu'il est encore temps, pour imposer mes goûts musicaux à ma progéniture. À la maison, on écoute Bon Iver, Sufjan Stevens, Bashung ou Fleet Foxes. Jamais Lady Gaga ou Dora l'exploratrice. C'est papa qui tient la télécommande de la musicothèque iTunes. Compris?

Pourquoi je prive mes fils de 3 et 5 ans du plaisir d'écouter la musique qui leur est destinée? Pas par volonté de leur inculquer mes propres goûts, mais par pur égoïsme. Mes enfants sont-ils devenus, à force, des fans de Godspeed You! Black Emperor? Pas vraiment. Ils ne s'en plaignent pas. C'est tout ce que je leur demande.

En revanche, ils adorent comme moi la chanson Jimmy, de M.I.A., qui nous fait danser comme des fous le dimanche matin. Et lorsqu'ils me reprochent de ne pas assez faire jouer de musique francophone (de vrais intégristes), on se fait une cure de Trois Accords. Je ne me sens jamais plus près d'eux que lorsqu'on chante en choeur Tout nu sur la plage, le sourire accroché au visage.




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