Au tour de l'Italie

« La démission du premier ministre Matteo Renzi, qui... (PHOTO Filippo MONTEFORTE, archives Agence France-Presse)

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« La démission du premier ministre Matteo Renzi, qui avait eu l'imprudence de lier son sort à l'issue d'un référendum sur une réforme constitutionnelle compliquée, va précipiter dans une crise financière la troisième puissance européenne de la zone euro », écrit Lysiane Gagnon.

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L'Europe, ce concept magnifique censé faire oublier les grandes guerres du XXe siècle, se voit encore malmener. En Italie, cette fois.

La démission du premier ministre Matteo Renzi, qui avait eu l'imprudence de lier son sort à l'issue d'un référendum sur une réforme constitutionnelle compliquée, va précipiter dans une crise financière la troisième puissance européenne de la zone euro, tout en favorisant indirectement la montée d'une opposition qui n'a rien de rassurant.

La formation qui pourrait éventuellement tirer les marrons du feu est le mouvement Cinq étoiles présidé par Beppe Grillo, un ancien humoriste populiste et « anti-système » qui propose en vrac un fatras de mesures susceptibles de lui attirer des gens de gauche aussi bien que de droite... et qui réclame un référendum sur l'euro.

Si l'Italie venait à sortir de la zone euro, cela marquerait le début du vrai démantèlement de l'Union européenne.

Le Brexit a été un coup terrible mais limité, dans la mesure où la Grande-Bretagne n'avait pas adhéré à la zone euro. L'Italie est en outre l'un des six pays fondateurs de l'Europe, aux côtés de la France et l'Allemagne.

Aux amateurs imprévisibles de Cinq étoiles (dont l'un des slogans est « Vaffanculo ! », ou « Allez vous faire foutre ! »), s'ajoute la Ligue du Nord, un parti séparatiste et anti-européen qui mise sur le ressentiment des Italiens du Nord fatigués de voir leurs impôts profiter au Sud démuni du pays, un peu comme les Flamands enrichis, en Belgique, voudraient se débarrasser des Wallons appauvris.

Ces jours-ci, Trump a le dos large et nombreux sont ceux qui voient un lien entre la victoire de cet effroyable personnage et les événements qui se produisent en Europe. Mais l'effet Trump, même s'il réjouit les démagogues populistes et les potentats sans scrupule du monde entier, n'a rien à voir avec qui se passe en Europe.

Bien avant que l'on entende parler de Donald Trump, l'Union européenne était déjà gangrenée ici et là par des courants populistes de tout acabit et un « euroscepticisme » viscéral et entêté. Il n'y a pas, pour l'instant, d'« Internationale populiste ». Chaque courant a ses propres caractéristiques nationales.

L'Autriche vient d'échapper de justesse à l'extrême droite en défaisant un candidat à la présidence lié à des éléments néonazis, mais ailleurs le tableau est parsemé de taches sombres.

À l'est, la Hongrie et la Pologne, des pays qui sortent de l'orbite communiste de l'ex-URSS et où les réflexes démocratiques sont peu développés, se sont donné des gouvernements autoritaires et agressivement nationalistes qui se maintiennent au pouvoir en exploitant les instincts de populations hostiles aux migrants, l'ironie étant que les migrants ne veulent pas s'installer chez eux mais se rendre en Allemagne. Même le poids d'un passé pourtant récent n'empêche pas la résurgence de l'antisémitisme à l'est du continent.

À l'opposé, des pays à forte tradition démocratique, comme le Danemark ou les Pays-Bas, abritent des partis militant contre ce qu'ils décrivent, au mépris de la réalité, comme « l'islamisation galopante de la société ». Même phénomène en France où le Front national pourrait se rendre jusqu'au second tour de l'élection présidentielle d'avril prochain.

En Grande-Bretagne, on l'a vu durant la bataille du Brexit, le bouc émissaire n'était pas le musulman basané, mais le Polonais blanc et chrétien, coupable de « voler » les emplois et de faire baisser les salaires. Grâce à la libre circulation des citoyens européens, près  de 1 million de Polonais en quête de travail se sont installés au Royaume-Uni. Leur présence a été l'un des grands facteurs du Brexit, bien plus que celle d'immigrants pakistanais ou asiatiques dont l'implantation en Angleterre n'a rien à voir avec l'ouverture des frontières européennes.

Les partisans de l'Europe restent majoritaires partout, mais pas inconditionnels.

Rares sont les leaders politiques qui, tout en souhaitant la survie de l'union, ne réclament pas des changements d'orientation. La toute-puissante Commission européenne, assise sur une bureaucratie tentaculaire, s'est arrogé au fil des ans nombre de pouvoirs au détriment des gouvernements nationaux, et tout indique qu'elle devra rapidement subir une cure d'amaigrissement sous peine de voir se répandre encore plus de ressentiment.

En France, partenaire majeur de l'union, le candidat de droite à la présidentielle, François Fillon (qui a bien des chances de devenir le prochain président), a clairement indiqué que des changements substantiels à la gouvernance de l'Europe doivent être réalisés.

Finalement, dans cette atmosphère de désenchantement généralisé, les seuls champions inconditionnels de l'Europe sont les séparatistes écossais et catalans ! Ceux-là croient que l'adhésion à un grand ensemble supranational pourra les prémunir contre l'isolement qui suivrait la sécession.




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