France : qui a peur de François Fillon ?

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« Certains analystes français prévoient que l'arrivée de François Fillon fera baisser le score de Marine Le Pen au premier tour », écrit Lysiane Gagnon.

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L'arrivée de François Fillon à la tête de la droite française ouvre des perspectives inattendues. Dans un premier temps, la victoire du champion de la droite dure favorisera Emmanuel Macron, qui pourra alors se présenter comme le candidat du centre et rallier les partisans déçus d'Alain Juppé. Quant au Front national de Marine Le Pen, il a de quoi s'inquiéter et se réjouir à la fois.

Le FN va perdre le monopole électoralement rentable qu'il détenait sur l'affirmation identitaire face à l'immigration et aux musulmans, M. Fillon reprenant à peu de choses près son discours ultranationaliste.

En outre, les positions réactionnaires de M. Fillon sur les enjeux sociétaux, comme le mariage homosexuel, sont susceptibles de plaire à la frange la plus conservatrice du FN incarnée par Marion Maréchal-Le Pen, qui règne sur la région PACA (Provence-Alpes-Côte d'Azur). Voilà, pour le FN, un sérieux motif d'inquiétude.

Par contre, le FN, un parti fortement étatiste qui professe en matière économique des idées proches de l'extrême gauche, pourrait faire son miel des orientations « thatchériennes » de François Fillon, qui se propose de sabrer 500 000 emplois dans la fonction publique, de réduire massivement les dépenses publiques, de reculer l'âge de la retraite et de libéraliser le marché du travail.

Ces projets pourraient faire refluer au FN les fonctionnaires menacés par les compressions dans l'administration publique, de même que les classes populaires et semi-rurales déjà largement acquises au FN. Ces dernières auraient pu être séduites par le nationalisme « décomplexé » de M. Fillon et par son refus de la libéralisation des moeurs, mais comme elles sont souvent dans la précarité, elles refuseront de faire les frais de ses réformes à la Thatcher qui réduiraient le rôle protecteur de l'État.

Les ouvriers et les artisans qui ont naguère abandonné le Parti communiste pour le FN (preuve que les extrêmes se rejoignent...) pourraient aussi se trouver un nouveau champion en la personne de Jean-Luc Mélenchon, le candidat de l'extrême gauche à la présidentielle, qui joue de plus en plus, lui aussi, la carte identitaire.

Certains analystes français prévoient que l'arrivée de François Fillon fera baisser le score de Marine Le Pen au premier tour. L'idée reçue qui circule depuis des années en France - Marine vaincra au premier tour, et la victoire ira à celui qui lui fera face au second tour - n'est plus aussi évidente. M. Fillon pourrait être le vainqueur du premier tour s'il rafle une bonne partie des voix du FN et récupère les électeurs ulcérés par la présidence décevante de François Hollande.

Chose certaine, Mme Le Pen et M. Fillon ont en commun l'atout d'être remarquablement télégéniques. La première crève l'écran et sait parler aux gens. Le second, malgré son programme radical, dégage une sorte d'autorité tranquille et rassurante. C'est d'ailleurs ses performances lors des débats télévisés qui l'ont propulsé vers la victoire que l'on avait longtemps cru acquise à Alain Juppé.

Face aux caméras, ce dernier avait la raideur d'un technocrate. Il s'est en outre trompé de campagne, en s'adressant à l'ensemble des Français comme si l'on était déjà dans la présidentielle. M. Fillon, au contraire, a eu le sens tactique de cibler sa base, celle qui allait voter à la primaire animée par des convictions de droite.

Il va de soi que tout dépendra de ce qui se passera à gauche, les deux grandes inconnues étant François Hollande, qui n'a pas encore décidé s'il briguerait un second mandat, et Manuel Valls, le premier ministre qui semble résolu à sauter dans l'arène.

Pour l'instant, en tout cas, la perspective d'affronter le champion de la droite dure a de quoi réjouir la gauche, que la victoire d'un modéré comme Alain Juppé aurait déstabilisée.

Celui qui, au moins à court terme, tirera les marrons du feu est Emmanuel Macron, l'ancien ministre du gouvernement socialiste qui n'a jamais été membre du Parti socialiste et fait cavalier seul pour la présidentielle sous une bannière de centre gauche.

Tous les éléments du jeu seront en place quand la gauche aura tenu sa primaire, à la fin de janvier 2017. Il y aura alors en lice une douzaine de candidats plus ou moins importants (dont M. Mélenchon) et celui qui sortira vainqueur de la primaire socialiste.

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