PQ : le parti d'une génération ?

« Passé l'euphorie engendrée par la victoire de 1976... (PHOTO ANTOINE DÉSILETS, ARCHIVES LA PRESSE)

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« Passé l'euphorie engendrée par la victoire de 1976 et l'adoption de la loi 101, le gouvernement Lévesque a été en proie au désarroi à mesure que se rapprochait l'échéance référendaire », écrit Lysiane Gagnon. Sur notre photo, Jacques Parizeau, René Lévesque et Camille Laurin.

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En 1986, le politologue Vincent Lemieux prédisait que le Parti québécois serait le parti d'une génération - grosso modo, celle des boomers -, à l'instar de l'Union nationale, qui a vécu 54 ans.

Dans leur documentaire diffusé jeudi à RDI, Marc Laurendeau et Bruno Boulianne reprennent l'hypothèse : « Le PQ aura-t-il été l'affaire d'une génération ? »

Laurendeau attribue le recul du parti au fait qu'il serait devenu « un parti comme les autres » avec Lucien Bouchard (« le visionnaire devenu comptable »), l'élection de PKP et la charte des valeurs.

Ce point de vue est intéressant mais incomplet.

Primo, le PQ n'a jamais été « un parti comme les autres », pour la simple raison qu'il pilote un projet révolutionnaire - l'indépendance - dont la majorité des Québécois ne veut pas. Cette spécificité est à la fois la grandeur et le boulet du PQ.

Secundo, il n'y a jamais eu, au PQ, cet « âge d'or » qu'évoquent Marc Laurendeau et ses invités... dont la majorité est trop jeune pour avoir connu le PQ des années 70 et 80, et qui en a donc une conception idéalisée.

Il est surréaliste d'entendre une militante d'Option nationale, Catherine Dorion, la jeune trentaine, décrire avec exaltation le climat des premières assemblées publiques du PQ, ou Paul St-Pierre Plamondon, qui avait 3 ans en 1980, disserter sur ce que représentait René Lévesque ! 

Les auteurs du documentaire ont peut-être ainsi voulu montrer que des jeunes s'intéressent encore au PQ, mais ce choix s'est fait au détriment de l'exactitude historique.

J'ai couvert ce parti comme journaliste depuis ses débuts. Or, passé l'euphorie engendrée par la victoire de 1976 et l'adoption de la loi 101, le gouvernement Lévesque a été en proie au désarroi à mesure que se rapprochait l'échéance référendaire. Il a fini par accoucher laborieusement d'une question molle et ambiguë qui n'apeurerait pas les électeurs et mettrait l'objectif de l'indépendance sous le boisseau.

Le second mandat du gouvernement Lévesque a été désastreux, bourré de déconvenues, et s'est terminé tragiquement, par la démission abrupte d'un Lévesque aigri et impopulaire que son propre parti poussait vers la sortie.

Il n'y a pas eu davantage d'âge d'or durant les années Parizeau (1989-1995), puisqu'elles se sont passées dans l'opposition jusqu'en 1994.

Quant au référendum de 1995, le PQ a encore une fois eu recours à la stratégie du louvoiement en déformant son option au point de la présenter comme la voie vers une « union politique » avec le Canada. (Le lecteur qui souhaite en savoir plus sur le sujet peut se référer à mon livre, Chroniques référendaires ; les leçons des référendums de 1980 et 1995, Québec Amérique, 2015.)

Le documentaire de la SRC passe sous silence cette toile de fond peu glorieuse, mais déterminante. Autre parti pris : on n'a interviewé que des sympathisants péquistes ou souverainistes, à la seule exception de Benoît Pelletier... qui affirme que n'eût été le fameux discours de Parizeau, l'ampleur de l'appui au Oui aurait permis au Québec de « rétablir son rapport de force » (en vue d'une réforme constitutionnelle) - une interprétation complètement farfelue, car à l'époque, le Canada anglais ne voulait pas davantage qu'aujourd'hui rouvrir ce dossier empoisonné.

L'historien Éric Bédard et le politologue Jean-Herman Guay, eux aussi trop jeunes pour avoir connu le PQ de Lévesque, ont bien identifié deux des raisons qui expliquent le dépérissement du parti : « Les raisins de la colère ont disparu » (Guay), et « les Québécois ont perdu la foi dans la politique » (Bédard). Il aurait fallu développer ces deux thèmes.

Il aurait été pertinent, aussi, d'interviewer Claire Durand, la spécialiste des sondages, pour expliquer comment l'appui à la souveraineté a graduellement décliné chez les jeunes à partir de 1980.

En l'absence d'un fil conducteur plus rigoureux, on a eu droit à des bribes de commentaires dont plusieurs étaient fort intéressants, mais en dehors du sujet (ainsi le témoignage d'Akos Verboczy, un « enfant de la loi 101 », ou l'exposé de Rachida Azdouz sur la différence entre la laïcité et l'égalité homme-femme).

La thèse de Laurendeau est qu'en formant une coalition avec la gauche, le PQ retrouverait son erre d'aller. Pourtant, rien ne prouve que ce parti ne soit pas encore social-démocrate. Et un virage à gauche n'empêcherait pas le PQ de rester électoralement handicapé par son option souverainiste.

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