Livre ou liseuse ?

Avec une liseuse « on tombe trop dru dans... (PHOTO Emmanuel Dunand, archives Agence France-Presse)

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Avec une liseuse « on tombe trop dru dans le texte. On n'aura pas pu, avant d'en commencer la lecture, le palper, le feuilleter, consulter la table des matières, lire la quatrième de couverture ou l'avant-propos... » note l'auteure.

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J'ai passé l'été avec une nouvelle compagne, qui répond au charmant prénom d'Oasis.

Une toute petite chose qui pèse 131 grammes mais qui contient l'équivalent d'une bibliothèque bien fournie.

Ce cadeau d'anniversaire est arrivé au moment idéal, alors que j'allais partir en voyage. J'ai pris l'avion avec Purity, le dernier roman de Jonathan Franzen - une brique de 700 pages qui pesait une plume dans mon sac à main.

Cet été, j'ai commandé d'autres bouquins sur Amazon - une affaire de quelques clics, peu importe que vous soyez dans un fjord norvégien ou aux îles Marquises.

Depuis, j'alterne entre l'électronique et le papier. Résultat des courses : je préfère lire sur papier, non seulement par habitude, mais surtout parce que lorsqu'on passe, comme moi, une grande partie de sa vie devant un écran d'ordinateur ou une tablette, le livre de papier est un répit bienvenu qui vous permet d'échapper à l'univers froid et lisse des écrans.

Cela dit, la liseuse, comme l'ordinateur, est un outil formidable, qui a des avantages irremplaçables. Un beau complément au livre classique.

On peut choisir à sa guise la taille des caractères, de même que la luminosité. Nul besoin de lunettes de lecture ou d'un éclairage artificiel. Un léger clic, voire une simple pression du doigt suffit pour « tourner les pages ».

On peut y emmagasiner une quantité incroyable de livres et les consulter à volonté. Selon les modèles, on peut lire pendant une dizaine d'heures sans devoir recharger l'appareil.

Envolée, la nécessité d'alourdir ses bagages avec des livres quand on part en voyage.

Disparue, l'appréhension de n'avoir rien à lire une fois rendu à l'étranger. Finie, la corvée de se débattre avec un très gros bouquin impossible à lire ailleurs que chez soi. Si j'avais eu les 800 pages de L'art de la joie (Goliarda Sapienza) sur ma liseuse, je l'aurais lu jusqu'à la fin malgré les longueurs et les incohérences.

Aujourd'hui, je peux attendre patiemment les bus invisibles de la STM, sachant que j'aurai toujours quelque chose d'intéressant à lire dans mon sac, et qui pèsera encore moins lourd que le plus léger des magazines.

Avantage incontournable : le prix, surtout pour ceux qui peuvent lire les versions originales en anglais. Acheté sur Amazon, Purity m'a coûté 7,15 $, comparativement à 19,29 $ en grand format et 9,35 $ en format poche. En traduction française, le même livre m'aurait coûté 17,99 $ pour la liseuse et 24,50 $ pour le format broché.

Il y a tout même quelques irritants.

Premier inconvénient, on tombe trop dru dans le texte. On n'aura pas pu, avant de commencer la lecture du livre, le palper, le feuilleter, consulter la table des matières, lire la quatrième de couverture ou l'avant-propos... Tout cela peut se faire techniquement sur une liseuse, par quelques opérations sur écran, mais cela n'a rien à voir avec la chaude manipulation sensorielle d'un livre que l'on tâte avant de le lire.

Autre choc, la page disparaît : c'est logique, puisque selon la grosseur des caractères choisis, on aura plus ou moins de lignes sur l'écran.

On parlera donc de « location » plutôt que de page. Dans Le Royaume (Emmanuel Carrère), j'en suis à la location 3082 - une information moins sympathique que le signet qui marque la page de papier.

La machine m'apprend également, par une note en bas de l'écran, qu'il me reste 2 h 14 avant la fin, et que j'ai lu 43 % de l'ouvrage. Je préférerais soupeser et feuilleter le livre moi-même pour voir où j'en suis, plutôt que de recevoir ces informations statistiques.

Autre défaut congénital de cet appareil, il est pratiquement impossible de retrouver un passage qu'on veut relire. Sur papier, cela peut se faire facilement en feuilletant, la mémoire visuelle aidant (c'était au bas d'une page de gauche...). Avec une liseuse, il n'y a pas de mémoire visuelle.

Exemple : je cherche dans Le Royaume  la première mention d'Anne, l'épouse de l'auteur. J'écris « Anne » sur le clavier, et je reçois en retour toute une série de mots, dont « année », « années », etc. Ces machines ont beau être miraculeuses, elles sont toutes assez bêtes. Ainsi, ma liseuse m'a informée, alors que je commençais à peine à lire Purity, que j'étais à 2 minutes 13 de la fin. Elle avait confondu livre et chapitre !

La liseuse a aussi la manie agaçante de vous fournir des informations dont vous n'avez cure. L'entreprise Amazon tire les ficelles... Parce que j'ai commandé un Modiano, elle veut me vendre d'autres bouquins que je serais susceptible d'aimer, et suggère La recherche de Proust ! Non mais, de quoi je me mêle ?

Pire, ma liseuse souligne en pointillé des passages que d'autres lecteurs (elle en précise même le nombre !) ont soulignés. Comme si cela m'intéressait ! Heureusement, cette fonction peut être désactivée.

Reste un ultime handicap. On ne peut prêter un livre entreposé sur liseuse. Je voudrais lire The Swerve (Stephen Greenblatt), que mon mari a acheté sur Amazon il y a des années. Mais le bouquin est « emprisonné » dans sa propre liseuse. Impossible de le lui emprunter sans le priver de sa bibliothèque personnelle... je devrai donc le commander. Ainsi Amazon vendra deux exemplaires du même bouquin pour un seul ménage !

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