Le salut par la Russie ?

La cité antique de Palmyre, en Syrie, vient... (PHOTO OMAR SANADIKI, REUTERS)

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La cité antique de Palmyre, en Syrie, vient d'être libérée des griffes du groupe État islamique.

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La Russie, qui vient d'obtenir une victoire diplomatique retentissante en sauvant la cité antique de Palmyre des griffes du groupe État islamique (EI), constitue le seul espoir de voir la fin de cette atroce guerre syrienne - une guerre que les puissances occidentales ont peut-être, hélas, prolongée par leurs stratégies moralisatrices.

La Russie a ses propres intérêts ? Bien sûr ! On n'est pas ici dans l'univers des bons sentiments, de quelque côté que l'on soit.

Poutine veut maintenir sa base navale en Syrie, renforcer son alliance avec l'Iran, humilier l'Europe et les États-Unis par son action décisive dans ce dossier pourri, et retrouver son statut de puissance mondiale.

L'erreur majeure des Occidentaux a été de prendre fait et cause contre le régime de Bachar al-Assad, en faveur de groupes de rebelles soi-disant démocratiques auxquels ils ont fourni des armes et une audience internationale. Ces groupuscules n'avaient pourtant aucune chance de gagner, et ils ont vite été débordés ou exterminés par des factions terroristes qui se sont saisies de leurs armes.

Sur le terrain militaire, l'opposition à Damas est essentiellement constituée du Front al-Nosra, lié à Al-Qaïda, de l'EI, et de divers groupes dont l'allégeance aux idéaux démocratiques est loin d'être évidente. Ainsi, l'Armée de l'Islam (Jaysh al-Islam), qui se présente comme une opposition modérée et dont Damas a bombardé les positions cette semaine au grand scandale de Paris et de Washington, est un groupe salafiste financé par les Saoudiens, et dont les méthodes ne semblent guère différentes de celles de l'EI.

Pourtant, l'Occident continue d'alimenter la fiction d'une « armée d'opposition démocratique » en Syrie. Washington a consacré des millions à entraîner en pure perte ces fantassins fantomatiques.

La fixation anti-Assad a été bien mauvaise conseillère.

Elle relevait de la même illusion que celle qui a mené à l'invasion de l'Irak en 2003 et à l'implosion de la Libye en 2011, soit du « devoir de protéger » les peuples contre leurs dictateurs. Et cela, au mépris des conséquences pourtant prévisibles.

L'invasion de l'Irak avait été décidée par les faucons de George W. Bush, mais la même mentalité s'est ensuite répandue dans certains milieux progressistes, donnant naissance au courant des « faucons humanitaires », dont Bernard-Henri Lévy, Hillary Clinton et deux influentes hauts fonctionnaires américaines, Susan Rice et Samantha Power, ont été les figures de proue.

Ces personnalités furent les principales inspiratrices de la catastrophe libyenne. Même pas instruites par l'expérience, elles étaient prêtes à répéter l'aventure en Syrie (cette fois, heureusement, Obama a résisté).

Le monde serait moins dangereux si Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi étaient encore au pouvoir et si Bachar al-Assad, un autre dirigeant laïc qui lui non plus ne menaçait aucunement l'Occident, n'avait pas été désigné par Washington, Londres et Paris comme l'ennemi numéro un.

Les Américains ont démantelé l'armée irakienne et donné le pouvoir à la majorité chiite. Vengeance posthume de Saddam, ce sont ses anciens officiers sunnites qui sont à l'origine de l'EI...

L'offensive de l'OTAN en Libye a fait de ce pays la seconde rampe de lancement du terrorisme islamiste.

Se pourrait-il qu'en faisant tout pour affaiblir le régime d'Assad, les capitales occidentales aient prolongé une guerre civile qui autrement aurait duré moins longtemps et fait moins de victimes ?

La Russie a tranché. Parallèlement à l'action militaire, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, un stratège d'une habileté renommée, a mené une offensive diplomatique dans le but de mettre en place un gouvernement de transition qui ferait une place à Assad. Une perspective que Washington s'entête toujours à refuser...

Tout pourrait dérailler, car bien des acteurs se partagent ce terrain miné, de la Turquie aux Kurdes en passant par l'Arabie saoudite et l'Iran... mais si jamais l'intervention russe avait pour effet de mettre un terme à la guerre, il faudrait être de bien mauvaise foi pour ne pas s'en réjouir.

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