Le Brexit, une lutte de classes

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Suite de ma chronique sur le Brexit, le référendum prévu pour le 23 juin qui déterminera si la Grande-Bretagne continuera ou non à faire partie de l'Europe...

D'où l'expression « Brexit », contraction de « british et « exit ». On votera « in » ou « out ». Ce sera les « Innies » contre les « Outies ».

Ce vocabulaire amusant recouvre des réalités lourdes. Déjà, la bataille a pris l'allure d'une sorte de lutte des classes : les élites contre le peuple.

D'une part les gagne-petit, qui voient dans l'afflux des Européens de l'Est une menace à leurs emplois.

D'autre part, les milieux d'affaires, à peu près unanimes à estimer qu'un retrait coûterait cher à l'économie du pays.

La semaine dernière, alors que s'ouvrait la campagne référendaire... et que la valeur de la livre s'effondrait, les dirigeants des plus grandes entreprises du pays ont publié une lettre ouverte mettant le pays en garde contre les effets néfastes qu'aurait sur l'économie le retrait de l'Union européenne.

Cet appui au camp du « in » est toutefois à double tranchant, car le fait que les grands patrons se rangent en bloc du même côté renforce le préjugé selon lequel le choix de l'Europe est l'affaire des élites.

Signe prémonitoire, si les grandes sociétés n'ont pas hésité à prendre officiellement parti, les entreprises qui sont proches des consommateurs, comme les chaînes de supermarchés Tesco et Sainsbury, sont restées coites, manifestement soucieuses de ménager leur clientèle.

La gauche institutionnelle (leaders syndicaux, intellectuels, universitaires, de même que le Parti travailliste) est en majorité encline à voter « in », mais la base ouvrière fera probablement entendre un autre son de cloche, d'autant plus qu'elle sera la cible des pires arguments démagogiques.

Ainsi, nombreux sont ceux qui s'imaginent qu'un retour à la souveraineté pure rendra au pays sa grandeur passée et l'âge d'or d'une prospérité révolue. Ou alors qu'une porte ouverte sur l'Europe amènera plus de réfugiés, plus de musulmans, plus de terroristes. Le chaos qui règne actuellement de l'autre côté de la Manche avec l' « invasion » des migrants ne fait qu'activer ces craintes.

Un peu comme en France, où le FN de Marine Le Pen a succédé à la droite classique et au Parti communiste comme porte-étendard de la colère des petits commerçants et des milieux populaires, la rhétorique du camp du « Out » répond aux craintes, rationnelles ou pas, de la classe ouvrière, celle qui habite les quartiers envahis par des immigrants mal intégrés, celle qui est victime du chômage et de la disparition des vieilles industries. D'autres griefs s'ajoutent à la liste, à commencer par la règlementation abusive ou le déficit démocratique de Bruxelles.

Même dans un quartier semi-bourgeois comme Paddington, à Londres, une amie nous confie qu'elle est la seule, à part « trois ou quatre autres clientes », à faire son marché sans porter un foulard ou un niqab.

À Londres, tous les emplois subalternes - femmes de chambre, collecteurs d'ordures, etc. - sont occupés par des Européens de l'Est. Rien ne dit que les Anglais de souche veuillent encore de ces emplois, mais chose certaine, l'arrivée massive de travailleurs spécialisés (plombiers, électriciens, techniciens, etc.) en provenance des pays de l'Est a fait baisser les salaires.

Le mythe du « plombier polonais » voleur d'emploi, qui avait fait couler beaucoup d'encre lors du référendum sur la constitution européenne, en 2005, est plus que jamais d'actualité.

Les concessions qu'a obtenues le premier ministre David Cameron en négociant un statut spécial avec Bruxelles ne suffiront probablement pas à apaiser la colère. Ainsi, les ressortissants d'autres pays européens travaillant au Royaume-Uni seront privés des bénéfices sociaux reliés à l'emploi pendant les quatre premières années.

Ce qui, pour les Anglais en colère, sera jugé « trop peu trop tard » aura pourtant représenté une concession majeure pour les autorités européennes. Dans l'espoir de retenir la Grande-Bretagne, elles se sont résignées à entamer une brèche de taille dans le principe fondamental de la mobilité des travailleurs.

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