Au combat de façon détournée

Le premier ministre Justin Trudeau et le ministre... (PHOTO CHRIS WATTIE, REUTERS)

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Le premier ministre Justin Trudeau et le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion lors de la conférence de presse de la semaine dernière au sujet du groupe État islamique. Les ministres de la Défense et du Développement international, Harjit Sajjan et Marie-Claude Bibeau, étaient également présents.

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Les journalistes qui ont assisté à la conférence de presse annonçant le nouveau rôle du Canada au sein de la coalition contre le groupe armé État islamique (EI) ont eu toutes les misères du monde à comprendre où le gouvernement Trudeau s'en allait - et pour cause : non seulement le premier ministre lui-même était incapable de s'expliquer clairement, mais le projet est tellement cousu d'illogismes et de contradictions qu'il est impossible d'en suivre le fil.

Voici un gouvernement qui n'aime pas le militarisme et rêve de ramener le Canada à l'époque des Casques bleus de Pearson. Il met donc fin aux bombardements des CF-18 qui jouaient un rôle mineur, mais apprécié par nos alliés et dont la contribution était « utile et efficace », de l'aveu même de M. Trudeau. Mais alors, pourquoi y mettre fin ?

En échange, le gouvernement triplera le nombre de conseillers militaires sur le terrain... ce qui aura pour effet de mettre les officiers canadiens en plus grand danger que les pilotes qui volaient à haute altitude, à l'abri des tirs ennemis (l'EI ne possède pas de missiles antiaériens).

Le nombre de conseillers chargés d'entraîner les soldats irakiens passera de 69 à 220.

Ceux qui travailleront au sol, près des zones de combat, risqueront d'être attaqués par les combattants de l'EI, voire victimes de tirs amis. L'an dernier, un soldat canadien a perdu la vie en territoire kurde dans des circonstances jamais éclaircies.

M. Trudeau s'obstine à dire que le Canada met fin à son « rôle de combat ».

Or, la mission des conseillers ne consiste pas seulement à expliquer aux Irakiens comment conduire un char d'assaut. Elle consiste aussi à identifier des cibles au sol pour que les pilotes sachent où frapper.

Plus encore, le Canada se chargera de ravitailler les avions de chasse des autres membres de la coalition en laissant sur place son avion de ravitaillement en vol, le CC-150 Polaris. Autrement dit, les Canadiens feront, au besoin, le plein des avions qui lâcheront les bombes, et seconderont aussi les chasseurs de la coalition par des avions de surveillance Aurora. En somme, on laissera les autres faire le sale boulot.

Le Canada va donc se trouver à participer au combat - il aura des « boots on the ground » et assistera les avions de la coalition, mais cela sera moins visible, moins spectaculaire, que des bombardements.

En un sens, c'est le pire des deux mondes. Le Canada s'abstrait du combat tout en participant au combat par la porte d'en arrière, comme si le gouvernement ne voulait pas que ça se sache.

Et cela, comme si le terrorisme islamiste ne nous concernait pas, après les attentats de Paris et les six morts québécois de Ouagadougou !

Le Canada doit se concentrer sur ce qu'il fait le mieux, c'est-à-dire l'humanitaire, affirme M. Trudeau. Primo, c'est travestir l'histoire : l'épisode Pearson (une mission de paix au canal de Suez datant de 1956... que les libéraux vénèrent parce que ce fut le fait d'un premier ministre libéral) a été une parenthèse dans une longue histoire militaire marquée par la participation majeure du Canada aux deux guerres mondiales. On ne s'est pas contenté d'envoyer des couvertures de laine aux Alliés.

Secundo, on ne voit pas ce qui forcerait le Canada à choisir entre une mission humanitaire et une mission militaire. Depuis quand ces deux missions seraient-elles inconciliables ?

Enfin, le bouquet. Dans le cadre de sa mission humanitaire, d'annoncer M. Trudeau, le Canada va promouvoir des politiques d' « inclusion » et de « transparence gouvernementale » en Irak et en Syrie. Ce serait ridicule si ce n'était désespérément naïf.

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