Un système trop centralisé

« Dans la pratique, le système a créé deux... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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« Dans la pratique, le système a créé deux monstres : au monstre bureaucratique de l'appareil d'État, ultime gérant de la négociation patronale, répond un front commun syndical que sa dimension extraordinaire a doté de l'arme nucléaire, soit le pouvoir de paralyser la société entière par une grève générale », explique notre chroniqueuse.

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Le scénario est toujours le même, aussi absurde que répétitif.

Quand sonne l'heure de la grande ronde des négociations du secteur public, on a d'un côté un gouvernement qui joue les Séraphins pour se transformer plus tard en père Noël. Et de l'autre, des syndicats qui ouvrent le bal en demandant la lune... mais qui règleront pour une demi-lune.

Entre-temps, étape obligée : grèves, moyens de pression... avec, toujours, la même chair à canon : les malades, les élèves, les familles sans nounou à domicile. Pendant longtemps, les syndicats hospitaliers furent le fer de lance du mouvement syndical ; cette année, ce furent les écoles.

L'exercice est prévisible, mais il se double d'une anomalie à laquelle on a malheureusement fini par s'habituer : l'hypercentralisation.

Nulle part, sauf erreur, trouve-t-on un système tel que celui qu'a légué au Québec le fameux Jacobin qu'était Jacques Parizeau.

Ici, toutes les conventions collectives du demi-million d'employés des secteurs public et parapublic arrivent à échéance à la même date. Et toutes les négociations se déroulent au sommet, à des tables sectorielles pour le normatif, à une table centrale pour le monétaire.

Théoriquement, ce système devait donner au gouvernement un meilleur contrôle sur les finances publiques et offrir aux citoyens des services d'égale qualité, assurés par des employés travaillant dans des conditions identiques de Baie-Comeau à Gatineau.

Dans la pratique, le système a créé deux monstres : au monstre bureaucratique de l'appareil d'État, ultime gérant de la négociation patronale, répond un front commun syndical que sa dimension extraordinaire a doté de l'arme nucléaire, soit le pouvoir de paralyser la société entière par une grève générale.

Pour peu que cela se produise en période préélectorale ou préréférendaire (ce qui est souvent arrivé dans le passé), le gouvernement est en position de faiblesse et ouvre la caisse pour acheter la paix.

De nos jours, les « négos » sont bien paisibles, à comparer avec les turbulentes années 70 et 80, où les conflits de travail se doublaient de violents affrontements d'ordre idéologique. Les centrales syndicales ont renoncé à la rhétorique révolutionnaire, et plus personne ne s'imagine que les employés du secteur public, ces salariés privilégiés dont l'employeur ne fermera jamais ses portes, ont quelque chose à voir avec la lutte des classes.

Il reste que le système est vicié. Le processus de négociations hypercentralisé, à mille lieues des réalités vécues dans les milieux de travail, engendre non pas l'équité, mais l'uniformisation : tout gain obtenu par un groupe est instantanément revendiqué par l'ensemble. Toute concession devient un précédent aux proportions gigantesques. Jamais ne tient-on compte des facteurs locaux (taille de l'établissement, coût de la vie, prix de l'immobilier, besoins des usagers, etc.).

Ainsi, quand le gouvernement Bouchard a offert des incitations à la retraite prématurée pour réduire le déficit, il n'a pu exclure les infirmières, dont le retrait allait être catastrophique, car le front commun syndical revendiquait le même privilège pour tous.

Ce système produit des conventions collectives rigides, archidétaillées, d'une complexité inouïe, que les syndiqués ordinaires et les administrateurs locaux sont incapables de décrypter. La base syndicale de même que les administrations locales se trouvent écartées des décisions et déresponsabilisées.

La ronde de négociations se termine le plus souvent dans l'hystérie propre aux règlements qui se font dans l'urgence, entre des négociateurs exténués qui ont depuis longtemps perdu contact avec leurs mandataires. Combien de revendications syndicales se perdent en chemin, d'un palier à l'autre de la pyramide ? Combien de trocs discutables négociés à la dernière minute ? Combien de millions gaspillés par des erreurs de calcul dues à l'accumulation invraisemblable des dossiers ?

Hélas, ce système fait l'affaire de tellement de groupes d'intérêts qu'on ne voit pas comment il pourrait être modifié.

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