Interdire le yoga ?

« Devant ces drôles de dérapages, mieux vaut recourir... (PHOTO JULIE JACOBSON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS)

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« Devant ces drôles de dérapages, mieux vaut recourir à l'ironie », écrit notre chroniqueuse.

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L'association étudiante de l'Université d'Ottawa vient d'interdire un cours de yoga sur le campus, au nom du principe de l'appropriation culturelle, un concept issu de l'idéologie post-colonialiste que brandissent les radicaux prompts à prendre chaque théorie au pied de la lettre - une attitude qu'on pourrait appeler le fondamentalisme intellectuel.

Qu'est-ce que l'appropriation culturelle ? Cela se produit lorsqu'une personne d'un groupe dominant emprunte des éléments culturels d'un groupe dominé (habillement, arts, comportement, accent, etc.).

L'exemple extrême est le blackface, ou l'habitude, naguère courante dans l'industrie du spectacle américain, de présenter des artistes blancs qui se peinturaient le visage en noir pour « jouer » à être Noirs.

Les leaders étudiants d'Ottawa ont poussé le concept jusqu'à l'absurde. Comme le yoga est une pratique venue de l'Inde, un pays qui fut dans le passé victime d'un régime colonial, cet emprunt à la culture indienne serait un cas d'appropriation inacceptable !

Le pire, c'est que ces cours gratuits de yoga, qui existent depuis huit ans, sont destinés aux étudiants handicapés.

L'instructrice de yoga, Jennifer Schart, atterrée, a désespérément proposé un compromis aux petits ayatollahs de l'association étudiante : pourquoi ne pas donner au cours un autre titre, disons, « mindful stretching » ?

Proposition rejetée, sous prétexte qu'on ne pouvait pas trouver une traduction française... Vertueux prétexte, mais qui montre que les leaders étudiants ne sont pas des premiers de classe en français. « Étirements raisonnés » aurait bien fait l'affaire. Et tant pis si les premières victimes de cette interdiction sont des étudiants handicapés qui trouvaient dans le yoga de quoi soulager la douleur et assouplir les muscles.

Cet incident, qui incendie actuellement les réseaux sociaux et procure à l'Université d'Ottawa une réputation aussi soudaine que douteuse à travers le monde, fait suite à un autre psychodrame qui a défrayé la chronique cet automne.

Qui aurait cru que la fête de l'Halloween aurait semé l'effroi et la terreur sur le campus bucolique de l'Université Yale, l'un des principaux lieux de haut savoir des États-Unis ?

L'histoire a commencé en octobre dernier, alors que les étudiants s'interrogeaient joyeusement, en toute innocence, sur le costume qu'ils choisiraient pour Halloween... jusqu'à ce que l'administration émette une circulaire leur enjoignant d'éviter tout ce qui s'apparenterait à une manifestation d''« appropriation culturelle ». Impossible, par exemple, de se déguiser en chef aborigène ou en touareg ou de s'habiller à la tonkinoise...

Le feu a pris lorsque Erika Christakis, une assistante-professeure qui est aussi avec son mari responsable de la sécurité et du bien-être des étudiants dans l'un des collèges résidentiels du campus, a pris la défense des étudiants interloqués par la politique rabat-joie de l'université. Dans un courriel extrêmement prudent et mesuré, elle expliquait qu'on devait laisser un peu de liberté aux étudiants. Son courriel a provoqué une effroyable levée de boucliers chez les jeunes théoriciens de l'appropriation culturelle et la pauvre Erika a été traitée comme la dernière des fascistes. On demande son renvoi immédiat de l'université !

Tout cela est assez triste. Jusqu'où ira cette nouvelle croisade ? Va-t-on interdire aux Blancs de jouer du rock (une musique née dans les ghettos noirs), du reggae (d'origine jamaïcaine) ? Va-t-on interdire aux touristes revenus du Maroc ou du Viêtnam de porter pour s'amuser des djellabas, des chapeaux coniques et des robes de soie fendues sur le côté ?

Et que dire du premier ministre Trudeau, qui s'est « approprié » un symbole amérindien (l'aigle) pour son tatouage à l'épaule ? Son épouse Sophie, professeure de yoga, sera-t-elle excommuniée ?

Devant ces drôles de dérapages, mieux vaut recourir à l'ironie. Mon mari, quant à lui, compte lancer une campagne pour interdire aux non-juifs de manger des bagels !

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