La leçon du Viêtnam

À Ramadi, les militaires irakiens, armés et soutenus... (PHOTO HAIDAR HAMDANI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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À Ramadi, les militaires irakiens, armés et soutenus par la plus grande armée au monde, ont détalé comme des lapins à l'arrivée des islamistes, rappelle Lysiane Gagnon.

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La puissance de feu des Américains et de leurs alliés ne vient pas à bout du groupe État islamique (EI), comme on l'a vu le mois dernier à Ramadi : les militaires irakiens, armés et soutenus par la plus grande armée du monde, ont détalé comme des lapins à l'arrivée des islamistes, abandonnant leurs armes sur place... Et voilà les djihadistes maîtres des lieux et propriétaires de coûteux équipements militaires américains !

Alors que faire ? Il y a ceux qui disent, énonçant une vérité assez élémentaire, qu'on ne gagne pas une guerre à partir du ciel et que seul l'envoi de troupes au sol pourrait signer l'arrêt de mort de l'EI... encore que cela ne soit pas si sûr : les tactiques de guérilla triomphent souvent des armées les mieux entraînées, à plus forte raison quand ces dernières sont étrangères sur le terrain.

Une autre vérité se superpose à celle-là : nulle armée ne peut combattre à la place de celle qui est la première concernée.

C'est ce que le vétéran columnist Walter Pincus rappelait récemment dans le Washington Post, en faisant un retour sur l'histoire hallucinante de la guerre du Viêtnam. Comme l'armée irakienne, l'armée sud-vietnamienne était mal entraînée et corrompue. En 1961, Kennedy envoyait 400 conseillers militaires. Cinq mois plus tard, leur nombre était passé à 8000, incluant des combattants au sol.

Cinq ans plus tard, avec un demi-million de soldats américains sur place, la guerre n'était pas encore gagnée. On connaît la suite. Mieux vaut, conclut le chroniqueur émérite, s'abstenir d'un engagement trop poussé, qui ne pourra jamais remplacer la volonté de combattre de l'armée locale.

Pincus est en désaccord avec ceux qui, comme John McCain, l'ancien candidat à la présidentielle (lui-même vétéran de la guerre du Viêtnam), souhaitent que de petits contingents de militaires américains soient incorporés (« embedded ») dans les unités de combat irakiennes. Cela, juge Pincus, serait le prélude à un engagement plus poussé des Américains en Irak.

À quoi l'on pourrait ajouter que la menace d'un enlisement de style vietnamien est toujours présente. Rien ne laisse entrevoir une victoire à moyen terme. L'Irak, à jamais déstabilisé par la catastrophique invasion de 2003, est divisé entre sa minorité sunnite et sa majorité chiite. Les Kurdes, alliés circonstanciels et opportunistes des Occidentaux, poursuivent leurs propres objectifs (la constitution d'un grand Kurdistan). L'Iran chiite tente de prendre le leadership de la région à travers la Syrie dévastée, pendant que les puissances sunnites comme l'Arabie saoudite n'assument aucune participation militaire réelle.

La tentation serait de se dire « laissons-les donc régler leurs problèmes entre eux et revenons cultiver notre jardin... ». Hélas, l'EI n'est pas le Viêt-minh, un mouvement pour ainsi dire « classique » qui ne désirait qu'installer le communisme dans la moitié sud du pays et qui n'entendait ni dominer l'Asie, ni détruire la civilisation occidentale...

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