Le silence des agneaux

« Le président du conseil de Québecor, Brian Mulroney,... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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« Le président du conseil de Québecor, Brian Mulroney, l'a admis sans détour : oui, les dirigeants de Québecor consultent "de temps à autre" M. Péladeau », explique Lysiane Gagnon.

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PRÉCISION - PIERRE KARL PÉLADEAU

Dans un article paru dans notre numéro du 27 avril dernier, nous avons rapporté que M. Pierre Karl Péladeau ou TVA était intervenu à de nombreuses reprises entre février 2009 et septembre 2013 auprès du gouvernement du Québec afin de faire modifier les règles d'obtention de crédits d'impôt pour la production cinématographique et télévisuelle. Cependant, la juxtaposition du titre et de certains éléments du reportage a pu laisser entendre que ces interventions avaient pour but de favoriser les Productions J de Julie Snyder. Puis, dans une chronique parue le 21 mai dernier, nous avons affirmé que M. Péladeau était intervenu pour favoriser l'entreprise de Mme Snyder. Or, M. Péladeau dément être intervenu auprès du gouvernement du Québec au nom de Productions J, ses démarches de l'époque ayant dit-il été menées exclusivement pour Québecor. Par ailleurs, dans la même chronique, nous  avons écrit que ces mêmes interventions s'étaient déroulées depuis l'élection de M. Péladeau comme député. En fait, les interventions de M. Péladeau dont il est question dans un avis du ministère de la Culture relatif à la modification des règles fiscales en question étaient antérieures à l'élection de M. Péladeau à titre de député, en avril 2014. Nos excuses.


***

Sans surprise, Pierre Karl Péladeau entraîne son parti vers le haut, comme l'indique le plus récent sondage Léger. C'est ce qui se produit quand un nouveau leader prend la tête d'un parti après une campagne fortement médiatisée. Mais ces pics de popularité, essentiellement dus à l'effet « visibilité », ne durent pas... Tous les chefs de parti pourraient en témoigner !

Il y a toutefois un élément-surprise dans ce sondage. C'est l'étonnante indulgence que manifestent les Québécois à l'endroit des conflits d'intérêts dans lesquels se placera M. Péladeau.

Ce dernier reste impliqué dans la gestion d'un empire qui contrôle la plus grande partie de l'activité médiatique et culturelle du Québec.

Le président du conseil de Québecor, Brian Mulroney, l'a admis sans détour : oui, les dirigeants de Québecor consultent « de temps à autre » M. Péladeau. C'est inévitable, a-t-il dit, puisque ce dernier est l'actionnaire majoritaire.

Selon Léger, cela ne pose aucun problème pour 52 % des répondants. Seulement 41 % s'en inquiètent.

Cela facilitera grandement la vie du nouveau chef péquiste, qui doit faire face à une commission parlementaire où l'on analysera cette situation inédite. Déjà, le juriste-consul de l'Assemblée nationale, Me Claude Bisson, a jugé que les garanties offertes par M. Péladeau ne suffisent pas. Ce dernier s'est engagé à confier la gestion de son empire à une fiducie sans droit de regard... laquelle n'aurait toutefois pas le droit de vendre ses propriétés.

Cette commission parlementaire marchera cependant sur des oeufs. Comme elle sera formée en majorité de députés du parti au pouvoir, elle ne pourra s'opposer avec trop de vigueur au nouveau chef de l'opposition sous peine d'être accusée de faire de la politique partisane.

En outre, son vice-président, Jean-François Lisée, vient d'en démissionner. Lisée avait été le seul député péquiste à avoir le courage de dénoncer les risques de conflits d'intérêts - « une bombe à retardement », avait-il dit. Il se range maintenant derrière son chef...

Par ailleurs, des organismes indépendants comme le Conseil de presse et le Centre d'études sur les médias, qui regroupe des universitaires spécialisés dans les communications, ont refusé de s'en mêler sous prétexte qu'il s'agit d'une affaire politique. Seule la Fédération professionnelle des journalistes a maintenu des objections de principe.

Depuis son élection comme député, M. Péladeau ne s'est pas privé d'intervenir auprès des ministères, des organismes publics ou des fonctionnaires pour favoriser les intérêts de Québecor et ceux de l'entreprise de sa conjointe, Julie Snyder. Il a fait pression pour favoriser l'acquisition par Québecor de la Cité du cinéma (les plus gros studios de tournage au Québec). Il a agressivement tenté de récupérer pour les productions J des crédits d'impôt auxquels Mme Snyder n'a pas droit parce que la plupart de ses productions sont diffusées par TVA et que ces crédits d'impôt ont pour but de soutenir les petits producteurs indépendants. (Le gouvernement Marois lui avait accordé ce passe-droit peu avant que PKP fasse le saut au PQ)

Québecor possède les plus gros tirages de la presse quotidienne ; il exerce un quasi-monopole sur les magazines francophones (seule L'actualité lui échappe), la télévision privée, le cinéma et la câblodiffusion, de même que sur la chaîne du livre ; le secteur de la librairie lui échappe, avec la vente d'Archambault à Renaud-Bray, mais il contrôle la majorité des grandes maisons d'édition, dont le plus gros éditeur de manuels scolaires, et reste le principal distributeur de livres et d'imprimés (incluant Le Devoir, dont il assure la distribution).

Si M. Péladeau devenait premier ministre, la concentration d'autant de pouvoirs entre les mains d'un seul homme sera démesurée. Mais force est de constater que, devant cette perspective, on n'entend que le silence des agneaux.

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