Un seul mot: NON

Il faut dire non à l'instrumentalisation de la... (Photo DOMINIQUE FAGET, Agence France-Presse)

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Il faut dire non à l'instrumentalisation de la religion par des criminels qui ne carburent qu'à la haine, écrit notre chroniqueuse.

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Il n'y a qu'un mot à opposer à l'ignoble tuerie qui a décimé l'hebdomadaire Charlie Hebdo, et l'on ne le répétera jamais assez: Non. Non. Non, non et non.

Non à ces fous d'Allah qui veulent tuer nos libertés en assassinant ceux qui en sont aujourd'hui les symboles vivants - car Charb, Cabut, Bernard Maris et Wolinski, de même que les huit autres victimes de l'attentat d'hier, sont plus vivants que jamais: ils vivent désormais dans le coeur et dans l'esprit de ces millions de gens à travers le monde qui croient à la liberté d'expression, le socle de toutes les autres libertés.

Non à cette idéologie mortifère, à cette quête insensée du martyre au pays des soixante-dix vierges. Non à l'instrumentalisation de la religion par des criminels qui ne carburent qu'à la haine.

Une haine qui, ne l'oublions pas, n'a pas seulement visé les symboles des libertés civiles. Très souvent, en France particulièrement, ce sont des Juifs qui se sont trouvés dans la ligne de mire des assassins.

Pour ne parler que des événements les plus récents, qu'on pense aux victimes de la tuerie de Toulouse, en 2012: quatre civils de confession juive, dont un rabbin et trois enfants, et trois militaires français d'origine algérienne, vraisemblablement ciblés pour «traîtrise» à l'islam. L'an dernier, l'horrible scénario se répète au Musée juif de Bruxelles: quatre civils abattus par un jeune vétéran du groupe État islamique.

L'antisémitisme est toujours le canari dans la mine: le phénomène qui annonce d'autres racismes, d'autres pogroms et d'autres guerres saintes. L'antisémitisme est en quelque sorte la matrice de l'horreur.

Dire non, donc. Ne pas reculer, ne pas céder un pouce de terrain à ceux qui menacent une civilisation qui a consacré le triomphe de la raison sur l'instinct, le triomphe des Lumières sur la noirceur, le triomphe de l'humanisme sur la barbarie.

Mais il faut aussi dire non à ceux qui ne tarderont pas à tirer profit de cette tuerie pour justifier leur propre sectarisme, et qui, confits dans leur xénophobie poisseuse, n'attendaient que l'occasion de sortir de l'ombre en s'écriant «on vous l'avait bien dit!».

Dire non à ces mouvements qui pullulent dangereusement en Europe, et dont la plus récente incarnation est le Pegida allemand qui a rassemblé lundi 18 000 personnes à Dresde (une ville qui compte... 0,4% de musulmans)!

Dire non à ceux qui s'imaginent que les femmes voilées et les hommes agenouillés dans les mosquées sont de la même espèce que les illuminés d'al-Qaïda et du groupe État islamique. Dire non à la paranoïa qui va tragiquement alimenter, ces prochains temps, l'extrême droite européenne, à commencer par le Front national qui, derrière la rhétorique de l'indignation, fait déjà son miel de tous ces événements.

Je n'étais pas une lectrice assidue de Charlie Hebdo. Non pas à cause de son irrévérence envers l'ordre établi et les religions (toutes les religions, d'ailleurs), mais je trouvais qu'ils y allaient un peu fort dans la vulgarité et la scatologie. Chacun son goût...

Il reste que Charlie Hebdo s'inscrivait dans une admirable tradition intellectuelle française, celle de la satire politique où la cruauté et le trait excessif sont des armes de combat - l'équivalent en somme des pamphlets virulents dont est truffée la littérature française.

Charlie Hebdo avait le droit absolu à ses opinions, à son style et à ses outrances. Il avait même le droit d'être injuste, «bête et méchant» comme se qualifiait lui-même son ancêtre Hara-Kiri. C'est ce qu'on appelle la liberté d'expression, ce trésor à préserver à tout prix.

Oui, aujourd'hui, nous sommes tous des Charlie, tous des enfants de Charlie Hebdo.

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