La patate chaude

Le débat concernant «le cas Péladeau» va finir... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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Le débat concernant «le cas Péladeau» va finir en queue de poisson, écrit notre chroniqueuse.

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Même si nombre de gens s'en inquiètent au nom de l'éthique, il est fort probable que le débat concernant les conflits d'intérêts dans lesquels se trouverait Pierre Karl Péladeau une fois devenu chef de parti - et qui sait, éventuellement chef du gouvernement - va finir en queue de poisson.

Rien ne pourra empêcher le propriétaire d'un empire qui contrôle une vaste partie de l'information et de la vie culturelle au Québec d'exercer le pouvoir politique au plus haut niveau.

C'est de toute évidence inacceptable dans une démocratie qui devrait reposer sur des contre-pouvoirs. Mais le dilemme semble pour l'instant inextricable.

Comment empêcher un citoyen démocratiquement élu de siéger à l'Assemblée nationale? Peut-on exiger des gens d'affaires des sacrifices financiers tels qu'on les découragerait à jamais d'aller en politique? Pourquoi forcer un entrepreneur à se dépouiller de ses avoirs, alors que les avocats, les journalistes, les enseignants et les médecins retrouvent tous leur gagne-pain au sortir de la politique?

La solution à laquelle M. Péladeau a promis de recourir est de confier la gestion de ses entreprises à une fiducie sur laquelle il n'aurait aucun droit de regard. C'est la solution classique, celle à laquelle a eu recours l'ancien premier ministre Paul Martin en confiant à une fiducie ses actifs dans Canada Steamships. Mais M. Péladeau y ajoute un bémol d'importance: ses fiduciaires, loin d'avoir une marge de manoeuvre absolue, n'auraient pas le droit de vendre ses actions de Québecor.

La restriction soulève le risque que les cadres et les employés des médias de Québecor s'autocensurent ou accordent des traitements de faveur à celui qui redeviendra leur patron après son passage en politique.

Par ailleurs, comment exiger d'un entrepreneur qu'il accepte de voir fondre son capital familial au gré des décisions de ses fiduciaires? D'autant plus que ce capital, pris dans son ensemble, a une envergure exceptionnelle et serait pratiquement «invendable».

Dans cette affaire, la CAQ et les libéraux marchent sur des oeufs. On a vaguement joué avec l'idée d'une motion exigeant que M. Péladeau choisisse entre son empire de presse et la politique, ce qui, en l'absence d'une loi prévenant ce genre de cas, aurait mené à l'adoption d'une loi ad hominem. Cela aurait été vu comme une tentative de saborder la carrière politique d'un futur adversaire... Ce sont alors la CAQ et le PLQ qui se seraient trouvés en conflit d'intérêts!

Le PQ, quant à lui, est loin de jouer franc jeu. N'a-t-il pas forcé, à coup de dénonciations, l'ancien ministre David Whissel à choisir entre la politique et son entreprise d'asphaltage qui recevait des contrats gouvernementaux? Pourtant, comme le disait le jurisconsulte de l'Assemblée nationale, l'ex-juge Claude Bisson, il y a toute une différence entre la propriété d'une usine de petits pois (ou d'asphalte) et un empire médiatique!

Le gouvernement s'est finalement empressé de passer la patate chaude au Centre d'études sur les médias, un «think tank» formé d'universitaires et de journalistes retraités. Le Centre, à son tour, s'est débarrassé de la patate chaude en proposant de préparer un document de réflexion purement factuel sur l'état de l'information. Pas question de s'engager dans le débat politique sur le cas Péladeau... Aucune solution, donc, de ce côté-là, d'autant plus que le PQ refuse de donner son accord à la démarche du Centre.

Il reste que la situation est fondamentalement malsaine et annonce des lendemains orageux. Mais comment l'éviter? Personne ne semble le savoir.

Précision

LMPI, propriété de Lagardère, a vendu à Messageries Dynamiques, une division de Québecor, les contrats de distribution de magazines précédemment rachetés à Benjamin News, mais reste active dans la distribution de la presse internationale et spécialisée.

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