Le djihad est parmi nous

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L'ancien étudiant de l'Université d'Ottawa, John Maguire, incite tous les Canadiens à se convertir à l'islam et à joindre les rangs du groupe État islamique.

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Il y a tout de même quelques éléments réconfortants, en cette ère de terrorisme islamiste.

Le premier, c'est qu'il semble bien que les pouvoirs publics pourront désormais compter sur une très large partie des musulmans et des parents de jeunes qui se sont radicalisés.

On ignore comment la police a été alertée sur les agissements de Nejib Belhaf-Chtioui, arrêté hier au retour d'un voyage en Tunisie. Quant à l'ado montréalais actuellement interné dans un Centre jeunesse sous des accusations de visées terroristes, il a été dénoncé par son père, un musulman modéré d'origine maghrébine. C'est également le père de Martin Couture-Rouleau qui avait contacté la police après avoir constaté le comportement anormal de son fils.

Certains ont déjà reproché aux musulmans modérés leur silence devant le terrorisme d'inspiration islamiste - on aurait voulu qu'ils manifestent dans les rues pour s'en désolidariser officiellement - , mais il se produit aujourd'hui quelque chose de bien plus important que des stériles actions d'éclat: partout où se produit l'inquiétant phénomène des «loups solitaires», des imams protestent, des fidèles ouvrent l'oeil sur ce qui se passe dans les mosquées, des parents apprennent à dépister, chez leurs enfants, des changements de comportement dangereux...

L'obligation de vigilance n'est pas réduite aux familles musulmanes. On le voit ici comme en France, en Allemagne ou ailleurs en Occident: les nouveaux djihadistes sont souvent des convertis - des p'tits gars de chez nous comme Martin Couture-Rouleau ou John Maguire, un ex-étudiant de l'Université d'Ottawa qui, de Syrie où il s'active à tuer son prochain, vient de lancer sur internet un appel aux jeunes Canadiens qui auraient le goût du meurtre et du martyre.

On le voit de plus en plus, le terrorisme n'est pas affaire d'éducation, ni de religion, ni de contexte familial, et n'est pas le fait de groupes opprimés (ce ne l'a jamais été, d'ailleurs: les auteurs du 11-Septembre étaient des hommes instruits de milieux privilégiés).

Il s'agirait plutôt d'une perversion idéologique qui canalise les pulsions pathologiques de certains individus. Si l'islam radical n'était pas devenu de nos jours, grâce à la médiatisation dont il bénéficie, le mode le plus extrême de la rébellion, ces jeunes auraient trouvé une autre idéologie violente et mortifère à quoi se raccrocher. S'ils avaient vécu dans les années 70, ils auraient adhéré au terrorisme d'inspiration marxiste, comme les Brigades rouges et autres amateurs d'assassinats politiques.

L'autre élément réconfortant, c'est que les services de renseignements, en particulier au Canada, semblent redoutablement efficaces. On a «échappé» deux cas tragiques, mais tous les attentats majeurs qui se sont tramés en sol canadien ont été déjoués avant que leurs auteurs ne passent à l'action.

Il reste que le désir bien légitime de se voir rassuré par la vigilance de la police doit s'accompagner du sens de la mesure. Entre la dénonciation raisonnée et la délation vindicative, la marge peut être mince. Et il faudrait être prudent avant de traiter en suspects des gens dont le seul «délit» aurait été d'approuver le djihad.

Pensons, par exemple, aux écrits de Frantz Fanon, un psychiatre célèbre qui, à l'époque de la guerre d'Algérie, a fait l'apologie de la violence terroriste comme passage obligé vers la libération du colonisé (son livre, Les damnés de la Terre, est un classique de la littérature anticolonialiste). S'il fallait écouter les tenants d'un durcissement de la loi, Fanon serait aujourd'hui accusé d'incitation au terrorisme, au mépris de cette grande liberté fondamentale qu'est la liberté d'expression.

En la sacrifiant à la lutte contre le djihad, on donnerait raison aux terroristes, dont le but ultime est justement d'éradiquer des valeurs comme celles-là.

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