Les vertus de la patience

(PÉKIN) On nous le dit et le répète sans cesse, pour percer le marché chinois, il faut s'armer de patience et avoir aussi un fort capital de persévérance, sinon il ne vaut même pas la peine de songer à tenter l'aventure. Et bien c'est vrai, dans 99% des cas.

Hier encore, le premier ministre Couillard a égrainé un chapelet d'annonces et d'ententes signées dans le cadre de son périple chinois, pour porter à 45 le nombre d'accords de coopération conclus depuis le début de la semaine québécoise en Chine.

La majorité de ces lettres d'intention touchent des accords de partenariat entre des centres d'enseignement et de recherche, dont les résultats restent toutefois encore à préciser à l'avenir.

Du côté affaires, même si certaines des ententes dévoilées hier ne vont vraiment se matérialiser que dans les prochains mois, il y en a d'autres qui prennent effet immédiatement, mais qui nous rappellent combien le chemin pour y arriver peut être laborieux.

«Il faut du temps pour réaliser des affaires en Chine. Il faut d'abord développer une confiance mutuelle, accepter le processus hiérarchisé de prise de décision et, enfin, comprendre les contraintes réglementaires», nous rappelle Maud-Anne Lefebvre, responsable du Bureau du Québec à Pékin.

C'est d'ailleurs le rôle de son équipe économique en Chine que de s'assurer que la démarche d'un entrepreneur québécois suit son cheminent normal pendant que ce dernier poursuit ses démarches à la maison à la suite d'un voyage en Chine.

Hier, Technologies D-BOX, entreprise spécialisée dans la technologie du mouvement, qui conçoit et fabrique des sièges immersifs pour les salles de cinéma, a annoncé qu'elle allait installer son produit novateur dans deux salles de projection de la chaîne Emmy Cinemas, en Chine continentale.

«On était déjà présent dans plus de 20 pays, mais cela nous a pris deux ans pour réaliser notre entrée en Chine, le marché qui affiche un des taux de croissance du nombre de salles les plus élevés dans le monde», m'a expliqué hier Claude McMaster, PDG de D-BOX.

La patience a été une vertu cardinale dans ses démarches. Il fallait d'abord trouver le bon partenaire, lui faire confiance, comprendre le marché et ses potentialités, bien saisir la réglementation, la fiscalité, le code du bâtiment, les normes municipales...

Après une dizaine de voyages en Chine, il a finalement préféré s'associer à un groupe indépendant plutôt qu'à une grande chaîne. Il avait adopté la même stratégie pour son implantation québécoise avant de signer avec Cinéplex. La stratégie des petits pas...

Patience et opportunisme

Le Groupe Brivia entreprendra dans trois semaines la construction de la première phase de son projet YUL dans l'Îlot Overdale, qui prévoit la construction de deux tours qui abriteront 810 condos.

Son PDG, Kgeng Ly, qui vit à Montréal depuis 26 ans, voulait s'adjoindre un partenaire financier de son pays d'origine et il a finalement annoncé hier que le Tianqing Investement Group allait injecter 25 millions de dollars pour prendre une participation de 50% dans le capital de son entreprise.

«Cela nous a pris deux ans de recherches et de négociations avant que M. Han Qing, PDG de Tianqing Investment Group, un gros acteur dans l'immobilier en Chine, décide d'embarquer dans l'aventure», se réjouissait hier M. Ly. Celui-ci rêve depuis longtemps de faire partie du premier groupe chinois à construire un gratte-ciel à Montréal.

Enfin, James Cherry, PDG d'Aéroports de Montréal, tente depuis plus de deux ans d'établir une liaison directe entre Montréal et Pékin.

Je vous en parlais lundi, puisque la présence de dirigeants d'Air Canada au sein de la mission commerciale québécoise laissait entrevoir un possible dénouement de la situation.

Hier, le ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, a rencontré avec les gens d'Air Canada les autorités de l'aviation civile chinoise pour discuter du dossier.

«On leur a expliqué l'état de la situation qui fait que Montréal est en mesure de supporter en termes d'achalandage une liaison directe quotidienne avec Pékin. Ils comprennent très bien le dossier et il y a même deux transporteurs aériens qui sont prêts à prendre en charge cette route.

«Ce n'est plus une question de se demander pourquoi, la question est maintenant de se demander c'est quand», a expliqué Jacques Daoust, qui devra maintenant lui aussi apprendre à exercer la vertu de la patience.

Demain, je vous présenterai un cas d'exception. Celui de la société montréalaise R2, qui a mis seulement six mois pour conclure une entente avec un partenaire chinois, une entente qui lui permettra de doubler son chiffre d'affaires dès l'an prochain.

Notes de mission

En sortant de l'ascenseur de mon hôtel, hier midi, je tombe nez à nez avec Jean Charest qui était en discussion avec un petit groupe de Québécois qui participent à la mission commerciale en Chine.

Immédiatement, en me voyant, il se retourne et confie dans l'oreille de l'un de ses interlocuteurs, mais en parlant assez fort pour que tout le monde l'entende: «Tabar... Là, on est dans le trouble.»

C'est bien l'ex-premier ministre que j'ai connu et que je n'avais pas recroisé depuis son départ de la politique, en 2012, avec le même humour sarcastique qu'il a toujours eu.

Il a enchaîné prestement sa boutade par une chaleureuse accolade, rassurant ainsi les témoins de la scène qui n'étaient pas nécessairement familiers avec son sens de l'humour particulier.

L'ex-premier ministre, qui arrivait de Chicago, est à Pékin pour présider un atelier aujourd'hui dans le cadre du programme du Conseil de la fédération. Le lendemain, il s'envole pour Hong Kong afin d'y visiter sa fille aînée ainsi que sa petite-fille.

Il faut dire que Jean Charest et moi partageons certaines caractéristiques communes. Nous sommes nés le même jour, le 24 juin, de la même année.

Nous avons tous les deux des conjointes âgées de neuf mois de plus que nous, et toutes les deux ont suivi une formation universitaire en orthopédagogie.

Certains appellent ça des jumeaux cosmiques, mais on sait aussi que personne ne choisit son jumeau. Une chose est sûre, le mien a l'air beaucoup plus vieux que moi...




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