L'Europe au rang des pays émergents?

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(DAVOS) L'Europe est-elle de retour? Voilà la question que plusieurs se posent et qui a fait l'objet de quelques ateliers courus à Davos. Christophe de Margerie, PDG du groupe français Total, est plus radical puisque, selon lui, «l'Europe devrait être revue comme un pays émergent».

Les pays de la zone euro ont émergé l'an dernier de la plus longue récession de leur jeune histoire, mais les 18 États qui la composent totalisent depuis une croissance économique de tout juste 1%.

Seule l'Allemagne a retrouvé son rythme d'avant 2008. Selon Kenneth Rogoff, professeur d'économie à Harvard, il faudra compter jusqu'à cinq ans avant que l'ensemble des pays de la zone euro revienne à son potentiel d'avant la crise.

Tous les participants de l'atelier portant sur la reprise européenne ont cité le marché du travail comme le principal frein à une véritable relance.

Avec un taux de chômage historique de 12,1% - et de près de 25% chez les jeunes -, les pays de la zone euro doivent impérativement revoir leurs lois du travail, dont l'inflexibilité est en train de cimenter une véritable crise sociale.

Si le chômage structurel n'est pas réglé, on risque d'assister à l'avènement d'une génération perdue en Europe, estiment les spécialistes. Que l'on parle de l'Afrique ou de la zone euro, l'employabilité est un terme qui revient fréquemment dans les discussions au Forum économique mondial (FEM).

«C'est difficile d'embaucher quelqu'un de 30 ans qui n'a pas d'expérience, on est en train de sacrifier une génération», a signalé Giuseppe Recchi, PDG du groupe italien Eni.

Christophe de Margerie, PDG de Total, qui a participé mercredi à la conférence de presse du FEM à titre de coprésident de l'événement, est allé plus loin encore en affirmant que l'Europe devait à tout prix se reprendre en main, sinon elle était condamnée à rejoindre les rangs des pays émergents.

«L'Europe est un problème pour l'Europe, mais elle est devenue aussi un problème pour le reste du monde. Il faut absolument se réinventer, retrouver des niveaux de compétitivité qui nous permettent d'être dans la partie.

«Il faut développer de nouveaux produits qu'on pourra vendre en Europe et partout dans le monde plutôt que de faire les mêmes produits que font les autres mais à coûts plus élevés», a dit le très volubile PDG français.

Le pétrole nord-américain

En entrevue, Christophe de Margerie a bien voulu commenter la problématique entourant le transport pétrolier au Canada et aux États-Unis, en plaidant l'urgence de construire les pipelines Keystone XL pour relier l'Alberta aux États-Unis, et la nécessité de renverser le flux du pipeline Enbridge entre l'Ouest canadien et Montréal.

«J'avais dit à votre premier ministre [Stephen Harper] qu'il fallait être plus battant pour vendre le projet XL. La tragédie ferroviaire qui vous a touchés est le résultat d'une nouvelle réalité.

«On veut tous que l'Amérique soit moins dépendante du pétrole étranger, c'est bon pour maintenir les prix, mais il faut pouvoir le transporter, ce pétrole produit au Canada et aux États-Unis», observe-t-il.

Selon lui, les nouveaux wagons-citernes permettront d'acheminer de façon plus sûre le pétrole, et ils seront nécessaires, parce que la production nord-américaine va irrémédiablement augmenter.

Cela dit, Total ne souhaite pas profiter de cette hausse de production pour augmenter la sienne dans les sables bitumineux de l'Alberta. Les coûts y sont trop élevés, alors que les prix vont rester stables, selon lui.

Le Japon qui se relève

Ce n'est pas seulement la situation de l'Europe qui suscite l'inquiétude à Davos. La croissance économique des pays émergents du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) est toujours de près de 50% moindre que ce qu'elle était avant la crise de 2008.

Le Japon, qui vient de renouer avec la croissance économique, fait face à une crise identitaire semblable à celle qui frappe l'Europe. Le pays, qui a longtemps été la deuxième puissance économique mondiale, doit réapprendre à vivre dans le long terme, pense l'économiste Joseph Stiglitz.

«Dans les années 50 et 60, le Japon pensait à long terme et ça lui a profité. Le pays a un secteur manufacturier arrivé à maturité, il doit avoir la même attitude à l'endroit du secteur des services, de l'innovation et de la recherche universitaire», pense l'économiste.

Kishore Mahbubani, économiste à l'Université de Singapour, partage cet avis.

«Les Coréens ont réussi à faire de meilleures voitures que les Japonais. Samsung a déclassé certains producteurs japonais. Il faut que les constructeurs repensent leur approche.

«L'Asie abrite une classe moyenne de 500 millions de personnes. D'ici 10 ans, cette classe moyenne va compter plus de 1,5 milliard de personnes. C'est à ce marché qu'il faut s'attaquer», suggère-t-il.




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