Pourquoi regarder de la mauvaise télé?

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Grâce à un candidat de type cabochon extra-gratiné, le deuxième épisode de Célibataires et nus, relayé jeudi à 22 h par MusiquePlus, a quasiment fait passer le premier pour une émission de Bernard Pivot. Faut le faire.

Mettons qu'avec ce concurrent sherbrookois, Loic, 21 ans, tout droit sorti de Jersey Shore, mais sept ans en retard, Einstein n'est pas en danger. Seigneur que le discours rétrograde et puéril de ce jeune homme à la coiffure impeccable ne volait pas haut.

Ce que Loic, charpentier-menuisier et aspirant mannequin, recherche chez une femme? Un beau bronzage, des beaux muscles et de belles grosses boules refaites à 10 000 $, a-t-il marmonné à la caméra, visiblement en état d'ébriété avancé. On salue ses parents, ici.

Le premier épisode de Célibataires et nus ne contenait pas d'éléments aussi trash. Même qu'il montrait des participants aux corps plus atypiques, très loin des stéréotypes de la Miss Hawaiian Tropic ou du Monsieur Muscle épilé intégralement.

Le deuxième épisode assumait complètement son côté provocateur, plastique et vulgaire. Un autre candidat, Alexandre, 21 ans, a également offert de profondes réflexions philosophiques sur la condition féminine. «Un chien, c'est plus fidèle qu'une femme, pis c'est moins dur à comprendre. Yé tout le temps content de te voir. C'est propre, il se lèche les fesses tout seul», a confié l'aspirant policier et employé, vous l'aurez deviné, d'un gymnase.

Dieu merci, les deux protagonistes principaux, Charlotte et Yan, s'exprimaient clairement et étaient sympathiques. Par contre, les prétendants et soupirantes que la production leur a présentés ont fait dégringoler le niveau d'intelligence dans cette forêt des mal-aimés.

Mais pourquoi parler de Célibataires et nus si c'est aussi bas de gamme et peu édifiant? demandez-vous. Excellente question. La réponse risque d'en déculpabiliser quelques-uns parmi vous.

Célibataires et nus s'inscrit dans le courant du hate watching en culture populaire. On regarde ce type d'émission pour mieux le haïr. On le dévore pour bitcher entre amis. On visionne avec des lunettes ironiques pour se moquer joyeusement des participants.

On engloutit ces productions comme un hamburger dégoulinant de graisse en sachant fort bien que c'est mauvais pour la santé. On se tape un marathon complet des Kardashian ou de Marseille sur Netflix alors que l'on pourrait sélectionner des documentaires plus nourrissants à TV5.

On s'offre une évasion totale après une journée infernale au bureau. On engouffre toute cette mauvaise télévision pour se sentir moralement supérieur, en fin de compte.

Les concepteurs de ces émissions savent déjà tout ça. En entendant Loic débiter un paquet de niaiseries et en le voyant renverser sa bière sur la tête de sa dulcinée, c'est évident que les producteurs se sont frotté les mains de satisfaction: voilà du matériel qui deviendra assurément viral. Et c'est exactement ce qui s'est produit.

Aux États-Unis, des producteurs conçoivent expressément du contenu de piètre qualité pour appâter les adeptes du hate watching, qui sont très souvent des gens instruits et raffinés, selon les firmes de recherche.

Quant à Loic, notre amateur de femmes à poitrine siliconée, vous pourrez bientôt le revoir à Coup de foudre sur les ondes de V. Sans alcool dans le sang et avec tous ses vêtements.

Julie et Caitlyn, c'est accepté

Vraiment, c'est une très bonne entrevue que Julie Snyder a menée dimanche soir avec la transgenre Caitlyn Jenner dans le cadre de l'émission spéciale du Banquier sur les Jeux olympiques.

C'était sensible, rigolo et dénué de malaise. On a senti un abandon de part et d'autre, et beaucoup d'empathie du côté de Julie. Même si elle n'a pas décroché toutes les réponses, la démone de TVA a posé, dans un anglais qu'elle pourrait facilement polir, toutes les questions que les téléspectateurs se posaient dans leur salon.

Le résultat n'a pas du tout été un freak show, au contraire, et s'inscrivait étonnamment bien dans le cadre de ce jeu familial. De mémoire, c'était une des premières fois que l'ouverture des valises s'arrêtait le temps d'une interview aussi longue.

Caitlyn Jenner est souvent méfiante - et ça peut se comprendre - devant les caméras. Julie Snyder l'a assez mise en confiance pour qu'elle coanime Le banquier jusqu'à l'acceptation de la dernière offre, avec quelques invitations à souper glissées au passage.

Qui d'autre que Julie Snyder est capable de transformer le début d'une 12e saison en évènement télévisuel regardé par 1 676 000 personnes ? Si un jour Le banquier fait faillite, j'aimerais revoir Julie Snyder à la barre d'un talk-show hebdomadaire. Avec la disparition du 125, Marie-Anne et de Bazzo.TV, il y a de la place pour un autre grand plateau dans notre écosystème télévisuel.

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