La télé fait (ouf!) son cinéma

Dans le film Absolutely Fabulous, les deux copines londoniennes Eddy... (Photo David Appleby, fournie par Fox Searchlight)

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Dans le film Absolutely Fabulous, les deux copines londoniennes Eddy et Patsy plongent dans des situations loufoques, tant sur la Côte d'Azur que dans une fête près de la Tamise.

Photo David Appleby, fournie par Fox Searchlight

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Hugo Dumas 
La Presse

C'est une des opérations les plus délicates qui se pratique présentement dans le showbiz. Non, je ne parle pas ici de la correction d'un facelift raté, bande de vipères.

Il s'agit plutôt d'extraire des personnages d'une série télé populaire et de les projeter sur grand écran, dans un format étiré de 90 à 120 minutes.

Entourage et Sex and the City ont récemment subi cet allongement, avec des résultats plus ou moins joyeux. Règle générale, les critiques pulvérisent ces oeuvres mineures gonflées artificiellement, tandis que les fans, plus indulgents (allô!), savourent ces retrouvailles avec des univers qui leur ont procuré des années de doux bonheur réconfortant.

Cet été, deux émissions ont aussi été soufflées à la mousse cinématographique: Looking de HBO (d'un ennui mortel) et Absolutely Fabulous de la BBC (fort amusant, mais un peu vide).

Commençons avec Absolutely Fabulous, Ab Fab pour les intimes. Les deux héroïnes de cette délicieuse comédie, l'éditrice Patsy et la relationniste Eddy, n'ont pas gagné une once de maturité. Elles calent du champagne, fument des cigarettes, sacrent abondamment et se gâtent d'une petite pilule, d'un petit granule et d'une petite ligne de poudre.

À la télé, l'univers de ces deux meilleures amies se limitait souvent à la cuisine d'Eddy et son escalier, que déboulait Patsy. Sans artifice, Ab Fab misait tout sur les textes, grinçants et décapants, ainsi que sur le sens du comique imbattable des deux actrices principales, Joanna Lumley et Jennifer Saunders.

Au cinéma, tout a pris du volume - les bijoux, les verres fumés -, sauf le scénario, mince comme une robe d'été.

En fait, tout a été bâti pour plonger les deux copines londoniennes dans des situations loufoques, tant sur la Côte d'Azur que dans une fête près de la Tamise.

Souvent, ça fonctionne très bien, notamment dans le burlesque assumé à 100 %. Si vous avez dévoré les DVD d'Absolutely Fabulous, du temps où ça se vendait encore, vous aurez beaucoup de plaisir à revoir d'anciens personnages de la série - mais pas l'insupportable assistante Bubble, qui gâche tout.

Ce qui manque au film? Le côté tragicomique de Patsy et Eddy. Dans les épisodes, on détectait sous 14 couches de maquillage et de vêtements griffés la détresse de ces deux amies effrayées par la vieillesse et la solitude. À l'époque, Ab Fab dénonçait les standards de beauté imposés aux femmes, tout en les imposant aux deux protagonistes, qui se trouvaient constamment grosses, moches, laides et défraîchies.

Le volet autodérision a disparu, remplacé par un défilé d'apparitions surprises, dont celles de Stella McCartney, Kate Moss, Jean Paul Gaultier, Rebel Wilson et Jon Hamm.

C'est un tantinet dommage qu'une comédie comme Ab Fab, l'ancêtre des Broad City d'aujourd'hui, ait remisé son côté abrasif. Mais, bon. Tant qu'il y a des bulles et que personne n'a le vin triste, le party continue, sweetie, darling!

Looking, maintenant. Déjà que la série de HBO sur les tribulations de trois amis gais à San Francisco était tiède, disons que le film qui en dérive (offert en vidéo sur demande, notamment sur HBO Canada) ne ravivera pas la flamme pour les deux premières saisons de ce Sex and the City sur les anxiolytiques.

Ça tourne en rond et c'est, comment dire, très plate. 

Encore plus étrange: le scénario a été tricoté autour du personnage le plus ennuyeux du trio: Patrick (Jonathan Groff), le designer de jeux vidéo incapable de se brancher.

Le film démarre neuf mois après le dernier épisode et se déroule le temps d'un long week-end consacré au mariage de l'un de nos trois héros, pas de divulgâcheur ici. Le toujours souriant Patrick profite de ces grandes retrouvailles pour fermer d'anciens dossiers du coeur.

Y arrivera-t-il? Ça lui prendra é-nor-mé-ment de temps, une quête bouffant du temps qui aurait dû être consacré à Dom et Doris, sur qui on n'apprendra presque rien, ou à Agustín, qui semble enfin avoir trouvé un sens à sa vie.

Ce n'est pas évident de transposer au cinéma, en moins de deux heures, l'esprit d'une télésérie qui a bénéficié de plusieurs années pour imposer ses codes et ses couleurs.

Après Omertà, Lance et compte et Grande Ourse, qui en ont arraché dans leur transition du petit vers le grand écran, c'est le défi qui attend Votez Bougon, qui sortira le 16 décembre.

Dans l'avant-goût du long métrage, mis en ligne il y a deux semaines, Paul (Rémy Girard) note que ce sera un «film québécois drôle oussque le monde est pas en dépression». «Les critiques vont haïr ça en tabarnak», lui réplique sa fille Dolorès (Hélène Bourgeois Leclerc).

Je la ris encore, en saluant mes amis des Jutra.

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