Liberté, « libarté », solidarité

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Absent du gala, Mike Ward a remporté le prestigieux Olivier de l'année.

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Tout ce rififi pour un sketch moyennement rigolo, contenant des blagues de caissière grassette chez Tim Hortons et des remarques déplacées sur le physique d'Ariane Moffatt ? C'est ça, l'humour intelligent dont se réclame Guy Nantel ?

Trêve de mauvaise foi, tout le monde a un peu merdé dans cette « affaire », qui a grondé et enflé pendant tout le week-end. Tous les raccourcis les plus faciles ont été empruntés : Dieudonné, Mike Ward, Guy Nantel, le Bye bye, les radios de Québec, même combat ! À entendre les nombreux partisans de Ward et Nantel, la « libaaarté d'expression » a été mise à mort chez nous, rien de moins. Comme dirait un grand philosophe de l'Antiquité : whoa, les nerfs.

C'est vrai, les avocats de l'assureur du gala ont été peureux par rapport à cette saynète, qui n'aurait pas généré de poursuites. Mais quand on s'appelle Mike Ward et qu'on se fait traîner devant la Commission des droits de la personne par le « petit » Jérémy Gabriel, mettons qu'on inspire moins confiance qu'un Mario Jean, moins trash, plus consensuel.

Cela dit, Mike Ward et Guy Nantel ont eu parfaitement raison de lever un drapeau rouge. Par contre, la virulence de leur sortie - dépourvue de nuances - était-elle nécessaire ou justifiée ? Pas certain.

Radio-Canada, tout comme V ou TVA, est responsable de tout le contenu qu'elle diffuse à son antenne. C'est donc normal qu'elle scrute les textes de ses galas. Maintenant, la colonie humoristique hurlera à la CENSURE dès qu'une modification à un gag sera exigée ?

Personne ne détient une carte 100 % blanche pour déblatérer n'importe quoi, sous le couvert de la liberté d'expression. Ni les humoristes ni les journalistes, dont les reportages ou chroniques passent régulièrement au crible des avocats.

Évidemment, la fête d'hier soir a été teintée, du début à la fin, par la controverse Ward-Nantel. Sur le tapis rouge, plusieurs poids lourds de l'industrie, dont Martin Matte, Cathy Gauthier et Stéphane Rousseau, ont porté un masque et refusé de s'entretenir avec les journalistes. C'était probablement la moins bonne idée du monde pour sensibiliser les fans à leurs revendications. Passons.

Outre la solidarité des comiques et le fort appui du public, qui a valu à Mike Ward l'Olivier de l'année, un autre moment a suscité de vives réactions, hier. Et c'est Martin Matte, le champion des beaux malaises, qui l'a provoqué.

Depuis plusieurs années, Éric Salvail multiplie les allusions à son orientation sexuelle, comme il l'a fait hier dans son numéro de présentation avec Charles Lafortune, mais il n'en a jamais parlé ouvertement. C'est son droit le plus strict. C'est sa vie privée, après tout.

Ceux qui décodaient les nombreux sous-entendus glissés par l'animateur, notamment aux Recettes pompettes, avaient compris. Pour les autres, tant pis s'ils ne savaient pas lire entre les lignes.

En remportant le prix de la comédie télé de l'année, Martin Matte s'est chargé de dissiper tout doute possible sur l'homosexualité du king de V en lançant, avec son ton sarcastique habituel : « Câline, on a appris que t'es gai ! » Le parterre applaudissait à tout rompre et Matte a prolongé l'inconfort : « J'ai la gueule à terre... on le savait pas. »

Non, ce n'était pas inscrit ni prévu dans le déroulement de la soirée. Éric Salvail riait jaune et avait visiblement hâte de déguerpir de la scène. 

Était-ce le rôle de Martin Matte de prononcer des mots qu'Éric Salvail n'avait jamais lui-même prononcés ? Non, pas du tout. Ça manquait de délicatesse. Le choix d'en parler ou non revenait à Éric Salvail. Et à lui seul.

À l'animation, François Morency a été excellent, surtout dans ce contexte très tendu. Sa vignette d'ouverture, où il a brillamment résumé les difficultés de pondre un gala, a été géniale. Cette vidéo a parfaitement encapsulé l'air du temps parfumé aux plaintes et aux polémiques.

Les autres segments drôles hier ? D'abord, celui avec Pierre Hébert et Charlie Rousseau de l'émission Gang de malades. C'était très bien écrit et livré avec une autodérision qu'il faut saluer. Bien aimé, aussi, le passage d'Anaïs Favron et Édith Cochrane, de même que celui d'Antoine Vézina.

En fin de parcours, Gaby Gravel, en chair et en gloss, a volé la vedette. Quel beau personnage, incarné avec brio par la comédienne Florence Longpré dans Like-moi ! à Télé-Québec.

Côté hommage, celui à Jean Bissonnette ne passera pas à l'histoire. C'était garroché et bâclé. Ordinaire.

Dans nos salons hier, on a senti que la foule appuyait son maître de cérémonie, ce qui lui a permis d'offrir aux téléspectateurs un gala tout sauf ennuyeux et prévisible. La polémique, les assureurs la haïssent, mais les cotes d'écoute s'en nourrissent.

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