La voix des dragons

Mitch Garber, Alexandre Taillefer, Danièle Henkel, Martin-Luc Archambault... (Photo fournie par Radio-Canada)

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Mitch Garber, Alexandre Taillefer, Danièle Henkel, Martin-Luc Archambault et Serge Beauchemin, les « dragons » de l'émission Dans l'oeil du dragon.

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Ce serait bien si les quatre coachs de La voix de TVA pouvaient regarder, pendant leurs vacances estivales, les épisodes de la nouvelle saison de l'émission Dans l'oeil du dragon à Radio-Canada. Ils y dénicheraient certainement des trucs et astuces sur la façon de donner l'heure juste à un candidat sans le démolir ni alimenter ses illusions irréalistes.

Tant sur la gigantesque scène de La voix que dans le bunker des dragons, la trame de base est la même: des concurrents gonflés d'espoir se décarcassent pour convaincre un jury de leur immense potentiel de développement. Soit en s'époumonant sur du Lady Gaga, soit en vantant les mérites d'une machine révolutionnaire qui cuit six hot-dogs en même temps.

À entendre les commentaires toujours dithyrambiques des juges de La voix, on a l'impression que la moindre «chanteuse» d'un piano-bar en région éloignée deviendra la prochaine Mariah Carey. Rien de moins. À Dans l'oeil du dragon, les cinq cracheurs d'investissement n'hésitent jamais à critiquer sévèrement une entreprise surévaluée ou un gadget broche à foin.

Diffusé lundi soir, le dernier épisode de Dans l'oeil du dragon contenait deux exemples illustrant parfaitement la pertinence et l'intelligence des remarques faites par les cinq mentors.

Le premier entrepreneur de la soirée, Sylvain Fontaine, qui a créé un contenant à vers de terre pour la pêche, est arrivé hyper préparé et a donné une réponse précise à chacune des questions des dragons, qui l'ont encensé, à juste titre. «Vous êtes l'incarnation de l'entrepreneurship, vous êtes fantastique», a même ajouté Alexandre Taillefer.

Tout de suite après, ça s'est gâté avec la présentation de Cellier Domesticus. Les deux frères actionnaires n'ont pas du tout convaincu les dragons de l'utilité de leur thermostat censé révolutionner les caves à vin. Leurre marketing, évaluation qui n'a pas de sens, les remarques tranchantes mais polies ont sifflé en studio, à juste titre.

Pourquoi n'entendons-nous jamais des critiques aussi honnêtes et franches à La voix? Pas besoin de se métamorphoser en Simon Cowell, l'ex-méchant d'American Idol, pour indiquer à une candidate qu'elle a raté quelques notes ou pour préciser à un participant qu'il n'est pas nécessaire de hurler dans un micro, merci. Tout est dans la manière d'exprimer ses réserves.

Kevin Bazinet, nouveau champion de La voix, a révélé avoir grandement apprécié la sincérité de son coach Marc Dupré, qui ne se gênait pas, hors caméra, pour lui faire de «vrais commentaires» quand il faussait ou qu'il était à côté de ses baskets. Ces conseils constructifs, selon Kevin, lui ont permis d'évoluer en tant qu'artiste. Comme quoi ces observations - parfois dures à encaisser - sont essentielles.

Il est sans doute plus facile pour un dragon d'afficher clairement ses couleurs à la télévision. Un dragon, contrairement à un juge de La voix, n'a pas de salle à remplir ni de CD à écouler chez Costco. Côté notoriété, ce n'est pas vraiment grave si les gens à la maison trouvent le dragon cassant et exigeant. Et le dragon comprend très bien que les «bons sentiments», ça ne rime pas avec «faire de l'argent».

La position des coachs de La voix est plus délicate. S'ils démolissent la personne devant eux, on les accusera de broyer des rêves ou de vouloir torpiller leurs futurs concurrents sur les palmarès.

Aux États-Unis, Christina Aguilera a amorcé sa carrière de coach à The Voice en étant très directe et son image publique en a souffert. Sur les médias sociaux, la popstar a été traitée de bitch, de vache et de plusieurs autres synonymes. Résultat: Christina Aguilera enrobe aujourd'hui presque toutes ses interventions de positivisme et ne laisse plus sortir le génie de la bouteille sans filtre.

En étant aussi gentils, les quatre juges de La voix protègent davantage leur réputation qu'ils ne protègent leurs apprentis de la réalité difficile du showbiz. Au Québec, province allergique à la chicane, personne ne veut porter l'étiquette du «pas fin» de service.

Ce qui est dommage dans ce concert d'éloges à La voix, c'est que lorsqu'un artiste vraiment talentueux sort du lot, les élans d'enthousiasme des coachs se noient dans la mare de compliments qui a englué les performances pas mal moins captivantes. En comparaison, un commentaire positif à Dans l'oeil du dragon, plus rare, a beaucoup plus de valeur, à mon avis.

De toute façon, le téléspectateur n'est pas dupe. Quand il entend Pierre Lapointe, Isabelle Boulay, Marc Dupré et Éric Lapointe délirer à propos d'une 67e voix descendue du ciel ou emballée dans une étoffe rare, il ne les croit plus. Il se demande plutôt ce que la production a versé dans leur Kool-Aid pour qu'ils s'enflamment à ce point.

Si j'étais coach à La voix, je m'inspirerais de Serge Beauchemin, Danièle Henkel, Alexandre Tailler, Mitch Garber et Martin-Luc Archambault. Jamais les dragons ne balancent des formules préfabriquées pour plaire aux téléspectateurs. Ils demeurent authentiques. Et c'est pour cette raison qu'on les aime et qu'on les respecte encore plus.

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