Le château de cartes s'écroule

Kevin Spacey dans la peau de Frank Underwood... (PHOTO ASSOCIATED PRESS/NETFLIX)

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Kevin Spacey dans la peau de Frank Underwood (à gauche) et Michael Kelly en Doug Stamper dans une scène de House of Cards.

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Après le premier épisode de la troisième saison de House of Cards, qui s'étirait inutilement et se perdait dans les corridors de la Maison-Blanche, j'étais amèrement déçu, complètement gazé et sur le point d'annuler mon abonnement à Netflix.

Note aux lecteurs: si vous êtes encore vierges de House of Cards, ne lisez pas les paragraphes qui suivent. L'alerte aux divulgâcheurs - le terme correct pour traduire le mot anglais spoiler, ce n'est pas une blague - est officiellement envoyée.

Tout cet énervement médiatique pour une heure de télévision aussi ordinaire? Tous ces statuts dithyrambiques sur Facebook pour voir Frank Underwood (excellent Kevin Spacey) en arracher dans ses six premiers mois à la présidence des États-Unis? La majorité des histoires faisaient du surplace, dont celle de la réhabilitation difficile de l'ex-chef de cabinet Doug Stamper (c'est très, très difficile pour lui, on a compris) et la traque interminable pour retracer la prostituée Rachel Posner, la responsable de l'état de santé précaire du même Doug Stamper.

D'ailleurs, qui s'acoquinait avec qui, déjà, dans cette télésérie touffue? Un court montage résumant la deuxième saison n'aurait pas nui afin de replacer les personnages - et leurs positions sur l'échiquier politique - dans ce contexte où le couple maléfique des Underwood domine maintenant Washington - et le monde.

Après le deuxième épisode, on s'attendait tous à un électrochoc à la Zoe Barnes, qui n'est jamais venu, hélas. Au tour de Claire Underwood (formidable Robin Wright, meilleure que Kevin Spacey) d'être lessivée et humiliée en public. Décidément, Frank et Claire sont beaucoup plus intéressants quand ils manigancent pour grimper l'échelle du pouvoir que lorsqu'ils dirigent la planète.

Lueur d'espoir au troisième épisode avec l'entrée de l'arrogant président russe Victor Petrov, une copie conforme de Vladimir Poutine, qui réveille la fibre guerrière des Underwood. Enfin, direz-vous. Mais encore ici, ça traînait en longueur, surtout pendant l'éternel souper protocolaire.

Et tous ces détails soporifiques sur le programme du plein emploi du président Underwood, c'était vraiment nécessaire?

C'est au quatrième épisode que House of Cards retrouve tranquillement son pouvoir d'attraction des débuts, je trouve. Un opposant de taille se dresse sur le chemin de Frank et Claire, qui doivent remonter en selle en prévision de l'élection de 2016. Un ancien allié des Underwood s'apprête également à retourner sa veste, quoique ses intentions demeurent nébuleuses. Pour qui bosse cet influent stratège, au juste?

Le vilain Frank Underwood complote admirablement bien en situation de danger extrême et les signaux d'alarme se déclenchent partout autour de lui: il en arrache dans les sondages, les démocrates souhaitent l'écarter de la prochaine course et le Congrès, contrôlé par les républicains, ne lui accorde aucune marge de manoeuvre.

Bref, Frank n'a plus le choix que de concocter un (treizième?) plan machiavélique. Voir Frank et Claire écraser leurs rivaux avec une froideur polaire et un détachement inhumain demeure un des grands plaisirs que procure House of Cards.

Cependant, cette troisième saison, qui ne sort presque jamais les personnages principaux de la Maison-Blanche, est étouffante et manque d'histoires complémentaires (des prostituées! des lobbyistes!) qui ne tournent pas nécessairement autour de la gouvernance ou de la diplomatie internationale.

Je n'ai pas encore tout dévoré House of Cards 3 (en français et en anglais sur Netflix), mais jusqu'à présent, il s'agit de la moins bonne saison des trois.

Lancer une troisième année avec quatre épisodes très moyens, c'est une bien mauvaise stratégie. Si House of Cards passait sur le câble standard, cette série aurait perdu une bonne partie de son public après les trois premières semaines de diffusion.

On dirait que Netflix se fie à la loyauté et à la dévotion de ses millions de clients pour leur refiler un produit dilué. Ça reste bon, mais ç'aurait pu être mieux.

Avant, on dévorait compulsivement les épisodes de House of Cards parce qu'on voulait tout de suite savoir ce qui allait se passer chez les Underwood. Maintenant, on enfile les épisodes dans l'espoir que ça s'améliore et que ça redevienne aussi bon qu'au départ. Washington, nous avons un problème. Dommage qu'Olivia Pope, de Scandal, ne soit pas là pour le régler.

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