Trauma à une autre époque

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Clive Owen, vu dans les films Gosford Park et Closer, est un acteur extraordinaire. Il épate encore plus dans la télésérie d'époque The Knick, une production hyper originale et audacieuse qui explore les débuts sanguinolents de la chirurgie moderne dans un grand hôpital new-yorkais au début du XXe siècle.

Je vous recommande vivement cette émission américaine qui a démarré cette semaine chez Super Écran et qui porte la signature visuelle du talentueux cinéaste Steven Soderbergh (Ocean's Eleven, Magic Mike), installé derrière la caméra pour les dix épisodes d'une heure de The Knick.

Vous pouvez rattraper le premier épisode grâce aux services de vidéo sur demande de Super Écran. Pour programmer l'enregistrement complet de la série, The Knick passe notamment les mardis à 21h. Voilà pour les détails techniques.

The Knick réfère à l'hôpital Knickerbocker, érigé dans un quartier pauvre et multiethnique de New York, où officie le réputé chirurgien John Thackery (Clive Owen). Nous sommes en 1900. Les patients meurent trop souvent sur les tables d'opération du Knickerbocker, et le Dr Thackery se décarcasse pour inventer des techniques chirurgicales plus poussées qui, après plusieurs essais désastreux, sauveront des vies.

Par exemple, au premier épisode, Thackery rate royalement une césarienne, qui se termine en bain de sang. Les images de l'intervention sont crues et brutales, pires que dans Trauma. Heureusement, ces scènes gore n'accaparent qu'une infime portion des épisodes.

Personnage complexe

Le plus fascinant dans The Knick demeure John Thackery lui-même, un personnage hyper complexe qui s'inscrit dans la tendance des antihéros du petit écran à la Walter White de Breaking Bad ou à la Don Draper dans Mad Men.

Car il existe autant de raisons de haïr Thackery que de l'aimer. C'est un être profondément raciste, borné et mesquin. C'est aussi un homme brillant, charmant à ses heures et hyper professionnel malgré sa dépendance à la cocaïne, qu'il s'injecte entre les orteils. Si Thackery est devenu accro à la coke, c'est qu'il testait sur son propre corps les propriétés anesthésiantes de la poudre blanche.

On parle ici d'un homme dévoué à son métier. Toujours à l'affût d'une substance appelée à révolutionner sa pratique, Thackery termine presque tous ses quarts de travail dans un salon clandestin du quartier chinois, où il fume de l'opium entouré de prostituées.

Fait amusant ici: le personnage de John Thackery a été inspiré du docteur américain William Stewart Halsted, un des pionniers de l'anesthésie aux États-Unis et un des premiers à avoir pratiqué des mastectomies complètes.

Soin maniaque

Au sujet des éléments historiques, la direction artistique de The Knick est stupéfiante. Un soin maniaque a été apporté à chacun des détails, de l'uniforme des infirmières aux instruments chirurgicaux. C'est fou à quel point la médecine a progressé en si peu de temps.

Au-delà de l'aspect quasi documentaire de la télésérie, The Knick raconte, en parallèle, plusieurs histoires d'émancipation. Celle des Noirs, en premier. Au Knickerbocker, établissement qui n'admet pas les «patients de couleur», John Thackery refuse de travailler avec un chirurgien noir, le Dr Algernon Edwards, pourtant formé dans les écoles les plus prestigieuses de l'Europe.

Entêté, le Dr Edwards ouvrira un petit hôpital clandestin au sous-sol du Knick pour soigner des malades noirs sans le sou.

Les femmes aussi en arrachent pour occuper la place qu'elles méritent. La directrice des services sociaux du Knick, Cornelia Robertson, une patronne ouverte d'esprit, se démène pour s'affranchir des conventions imposées par sa famille bourgeoise.

De façon brillante, The Knick nous montre que les problèmes du système de santé de l'époque, dont le manque d'argent, ressemblent pas mal à ceux d'aujourd'hui.

Pour renflouer les coffres de l'hôpital, le directeur général s'adonne à diverses combines, dont le trafic de cadavres. Quoi? Il faut bien que les chirurgiens du Knick s'exercent sur autre chose que des carcasses de porcs.

Rajoutez à tout ça l'intégration des immigrants, l'influence grandissante des compagnies pharmaceutiques ainsi que les luttes de classes sociales et vous obtenez un produit de très grande qualité.

Bon, bon, vous rouspétez sans doute: «Je n'ai pas le temps d'ajouter une nouvelle série à mon menu télé, à moins de négliger mon hygiène corporelle.»

Je répondrai: c'est faux. Les téléséries et téléromans québécois prennent presque tous leur pause des Fêtes d'ici la fin de la semaine prochaine. Votre horaire allégé peut maintenant accueillir The Knick. Affaire classée.

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