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Ça coûte cher jouer dans le «Bye Bye»

Mise en situation: vous êtes une talentueuse jeune artiste de variétés, et le producteur du Bye-Bye 2014 vous propose de remplacer nulle autre que Véronique Cloutier dans l'émission la plus prestigieuse et la plus regardée de Radio-Canada. Vous faites quoi?

Vous a) sautez de joie et b) demandez immédiatement: je signe où? C'est ce qui est arrivé à Véronique Claveau, diplômée de Star Académie en 2004 et tête d'affiche du populaire spectacle Revue et corrigée du Théâtre du Rideau Vert depuis sept ans.

Normalement, l'occasion aurait dû galvaniser Véronique Claveau, une protégée de la metteure en scène Denise Filiatrault. Cette occasion en or a plutôt dégénéré en une coûteuse guéguerre, qui a plongé la chanteuse et imitatrice dans le rouge.

Voyez-vous, Véronique Claveau a paraphé en avril un contrat pour jouer dans 2014 Revue et corrigée avec la troupe habituelle, un spectacle que TVA retransmet depuis deux ans. L'appel du Bye Bye est arrivé un mois après la signature des papiers, et la jeune artiste de 32 ans se sentait prête pour le grand saut à la télévision. «Je ne pouvais pas refuser l'offre du Bye Bye», confie Véronique Claveau.

Mais voilà, pour la libérer de ses obligations et lui permettre de rejoindre Joël Legendre et compagnie à la SRC, le Théâtre du Rideau Vert a exigé que Véronique Claveau paie 16 000$ de sa poche, soit le salaire qu'elle aurait engrangé à l'automne pour toutes les répétitions et les représentations de Revue et corrigée. On s'entend, c'est excessif et abusif comme demande de dédommagement. Même l'Union des artistes (UDA) trouve que le Rideau Vert y «va fort».

Véronique Claveau, qui n'a pas d'agent pour gérer sa carrière, remplace peut-être officiellement Véronique Cloutier au Bye Bye, mais elle n'engrange pas du tout le même salaire que la reine de Radio-Canada. Et 16 000$, c'est une somme colossale.

Au Rideau Vert, la direction se réfugie derrière la convention collective pour justifier cette décision matraque. «Ça ne se fait pas, briser un contrat sans pénalité. Véronique Claveau s'était engagée avec nous», tranche la directrice générale du théâtre, Céline Marcotte.

N'y avait-il pas moyen de négocier une indemnité moins gourmande, comme cela se fait régulièrement? Non. «C'est une clause écrite noir sur blanc. Véronique est émotive et n'en revient pas qu'il faille qu'elle paie tout ça», répond Céline Marcotte.

Le producteur du Bye Bye 2014, Louis Morissette, trouve le Rideau Vert bien vorace et rigide dans ses négociations. «Ce n'est pas parce que c'est légal que c'est éthique. À six mois du premier spectacle, la norme, dans l'industrie, c'est que tu ne demandes jamais 100% de la valeur du contrat. Tu paies un dédommagement, mais ce n'est jamais 100% du contrat. Ce n'est pas comme si Véronique Claveau les mettait dans le trouble. Ils ont amplement le temps de se revirer de bord. Nous allons vivre avec, mais je me prends une petite note», explique Louis Morissette.

Ce que réclame le Théâtre du Rideau Vert n'est pas illégal, confirme la présidente de l'UDA, Sophie Prégent. «C'est dans l'entente collective, même si ça n'a jamais été fait. Ils sont allés fort. C'est une des premières fois que j'entends que cette clause est appliquée à la lettre comme ça», constate Sophie Prégent.

La directrice artistique du Rideau Vert, Denise Filiatrault, note que «si les gens du Bye Bye la veulent tant que ça, Véronique Claveau, qu'ils paient».

«C'est une décision administrative. Il faut suivre la loi. Sinon, ça serait trop facile pour une personne de lâcher des contrats. J'aimerais ça la garder, Véronique, elle est excessivement talentueuse. S'ils ne se sont pas gênés pour venir la chercher, qu'ils soient gentlemen, maintenant. Ne me demandez pas en plus de leur envoyer des timbres primes», poursuit Denise Filiatrault, qui a également dirigé Véronique Claveau dans la comédie musicale Hairspray.

On peut deviner la frustration du Rideau Vert de perdre Véronique Claveau, la vedette incontestée de Revue et corrigée. Mais de là à assommer une chanteuse qui ne roule pas sur l'or avec une facture aussi salée, il y a quelque chose d'inélégant, de gênant.

À ce que je comprends, ce n'est pas Véronique Claveau personnellement que le Théâtre du Rideau Vert veut «punir», mais bien ceux qui lui ont volé l'artiste: Radio-Canada et les concepteurs du Bye Bye. Le montant exact n'a pas été précisé hier, mais KOTV, la compagnie cofondée par Louis Morissette, épongera effectivement une grosse partie des 16 000$ que doit Véronique Claveau, selon mes informations.

En entrevue, Véronique Claveau admet que son départ du Rideau Vert a été houleux. «J'ai fait un choix. Je ne pensais jamais que c'était possible pour moi de faire partie du Bye Bye. Je dois beaucoup à Denise Filiatrault, elle m'a toujours fait travailler», remarque-t-elle.

Pour joindre notre chroniqueur: hdumas@lapresse.ca




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