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Pense internet Réjean!

Catherine Bérubé, Julie Perreault, France Castel, Pierre-Yves Cardinal... (Photo: fournie par TVA)

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Catherine Bérubé, Julie Perreault, France Castel, Pierre-Yves Cardinal et Luc Picard incarnent des journalistes et des éditrices du Matin dans Les jeunes loups, la nouvelle série de Réjean Tremblay.

Photo: fournie par TVA

Pour la subtilité des intrigues, on repassera. C'est du Réjean Tremblay classique, où les ficelles scénaristiques sont gigantesques et où le gris et la nuance n'existent pratiquement pas.

Le nom du populaire auteur n'apparaîtrait pas au générique de la télésérie Les jeunes loups qu'on le devinerait tout de suite. Par exemple, dans les premières minutes du premier épisode que TVA lancera lundi à 21h, le jeune journaliste-vedette Philippe St-Pierre (Pierre-Yves Cardinal) placote au téléphone avec sa patronne (France Castel) tandis que sa dernière conquête lui taille une pipe. Du 100% Réjean, la méthode Tremblay.

Vous entendrez aussi un personnage dire, en reluquant une photo d'une dame bien roulée: «Crisse de belle femme, ça, je la fourrerais bien.» Surprise, ici. Ce n'est pas un homme qui prononce ces douces paroles, mais bien la chef de pupitre du journal, Maripier Renaud (Catherine Bérubé), une punkette hostile quasiment calquée sur le personnage de Lisbeth Salander dans la trilogie Millénium de Stieg Larsson.

Quand on lui demande si ce n'est pas un peu gros et hyper cliché tout ça, Réjean Tremblay répond, sans ciller: «Je n'écris pas une série pour les journalistes, j'écris pour du vrai monde.» Toujours selon Réjean, les cotes d'écoute démontreront si les téléspectateurs (le vrai monde en question) préfèrent Les jeunes loups de TVA ou Série noire de Radio-Canada.

Prédiction? Les jeunes loups vaincra aux audimètres. Le côté racoleur des Jeunes loups, combiné à une vague de curiosité et quelques répliques bien envoyées, risque de gonfler le bassin de curieux.

«Tout doit être dit»

Le milieu des médias dépeint dans Les jeunes loups s'inscrit dans la continuité de celui échafaudé dans Lance et compte avec le webzine La Mitraille et sa journaliste frondeuse campée par Bianca Gervais. Cette fois-ci, le journal des Jeunes loups s'appelle Le Matin. La devise de ce quotidien, placardée au mur? «Tout doit être dit».

Tabloïd clone du Journal de Montréal, Le Matin vient d'être racheté par deux femmes dans la trentaine ayant fait un coup d'argent dans les nouvelles technologies. Il y a l'éditrice, Claudie St-Laurent, une fille de journaliste chevronné jouée par Julie Perreault, et il y a la Lisbeth Salander d'Hochelaga-Maisonneuve, Maripier Renaud, plus crack de l'informatique que chef de pupitre.

Personnages

Ce personnage de Maripier Renaud, trop caricatural avec ses tatouages dans le cou et sa quincaillerie de piercings, m'a fortement agacé dans les deux premiers épisodes. «Il faut dire au vrai monde qu'il se fait fourrer», se plaît-elle à répéter. La finesse n'est pas au rendez-vous, mettons.

La star du Matin, c'est le tombeur Philippe St-Pierre, reporter aux informations générales, incapable de s'attacher à une femme, conséquence d'une enfance passée aux côtés d'une mère peu aimante. Allô la psychanalyse.

Le vieux loup, c'est Marc Quenneville (Luc Picard), un journaliste usé par la cocaïne, le scotch, la cigarette et un divorce. Malgré tout, Marc Quenneville carbure encore aux scoops et a des contacts privilégiés avec la police. Il fournit même en poudre un flic haut placé qui, en retour, lui coule des rapports d'enquête secrets.

France Castel, alias Paula Champagne, la rédactrice en chef du Matin, incarne le gros bon sens. Ses louveteaux, plus intempestifs, veulent tout publier, en un clic de souris, tandis que Paula réfléchit à l'éthique et à la responsabilité de son journal. Ce à quoi la petite patronne simili-rebelle répondra: réfléchir, comment ça réfléchir, il faut battre de vitesse les grands réseaux!

Jacynthe René prend les traits de Marianne Desbiens, la chroniqueuse artistique qui écrit sur des téléromans de bonne femme qui n'intéressent personne, dixit la Lisbeth Salander québécoise. Marianne, une bourgeoise clinquante de Ville Mont-Royal, s'insurge contre le mépris «envers les gens ordinaires». Vous comprendrez plus tard pourquoi.

Pas une suite de Scoop

Avant même sa diffusion, Les jeunes loups a subi des moqueries en raison de sa très mauvaise - et trompeuse - bande-annonce, où les phrases «pense internet, Paula» et «la game vient de changer» ont joué en boucle. Comme si les personnages, un peu épais, venaient de découvrir le web, ce qui n'est pas du tout le cas.

Replacées dans leur contexte, ces phrases font suite à une réflexion intéressante sur la nécessité (ou pas) de publier une photo explicite d'une policière abattue sur son lieu de travail.

Par contre, le texte des Jeunes loups, auquel a collaboré Roxanne Tremblay, la fille journaliste de Réjean Tremblay, sonne parfois faux. Tentant de convaincre une musulmane voilée de lui parler de sa fille disparue, Luc Picard dira, sans trop de conviction: «Y a un bon Dieu pour elle. Y'a un Allah pour elle.» La réplique lui roule quasiment dans la bouche.

Luc Picard et Pierre-Yves Cardinal ressortent clairement du lot. Certains acteurs secondaires, dont des membres d'un gang de rue haïtien, en arrachent beaucoup plus.

Les jeunes loups n'est pas la suite de Scoop. C'est plus vivant que Casino, mais moins bon que Lance et compte, je trouve. Réjean Tremblay gagnerait cependant à peser moins fort sur le crayon, même si «le vrai monde» aime ça.




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