Beautés désespérées: un procès aussi captivant que la série

Avis aux auteurs et producteurs de télé québécoise qui tuent des personnages... (Photomontage: La Presse)

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Photomontage: La Presse

Avis aux auteurs et producteurs de télé québécoise qui tuent des personnages pour régler des comptes personnels avec leurs interprètes: pensez-y à deux fois. Ça risque de dégénérer en un procès ultramédiatisé qui siphonnera tous vos comptes bancaires.

Examinons le cas récent de Nicollette Sheridan, une actrice de 48 ans qui a incarné pendant cinq ans la sulfureuse et scandaleuse Edie Britt dans Beautés désespérées. Ce rôle a ressuscité sa carrière sur le déclin et lui a permis d'engranger près de 175 000$ par épisode, pour un salaire annuel frisant les 4 millions. Bref, la blonde Nicollette pouvait facilement s'offrir les sacoches griffées de son alter ego Edie, agente immobilière séduisante et sans scrupule.

Puis, en septembre 2008, une grosse chicane a éclaté sur le plateau de tournage du populaire feuilleton du réseau ABC. Nicollette Sheridan a allégué que le créateur et producteur en chef de la série, Marc Cherry, l'avait frappée à la tête, ce qui n'a jamais été prouvé (un juge a même rejeté cette accusation, jugée sans fondement). Quatre mois après l'incident de la claque, Nicollette Sheridan a encaissé un vrai camouflet en lisant le script fatal: son personnage allait bientôt mourir avant même la fin de la cinquième saison.

Comme de fait, dans l'épisode diffusé le 22 mars 2009, Edie Britt a foncé dans un poteau électrique et, en descendant de sa voiture sport, elle a été électrocutée à mort par la chute d'un câble sectionné. Bye bye Edie. Pour Nicollette Sheridan, ça ne pouvait être plus clair: elle a dénoncé un geste violent de son patron, qui s'est ensuite cruellement vengé en l'écartant de Beautés désespérées, son principal gagne-pain.

La comédienne née en Angleterre a intenté une poursuite de 6 millions contre ABC et le producteur Marc Cherry. Le procès a débuté fin février à Los Angeles et, selon les comptes rendus des journalistes qui ont couvert cette affaire croustillante, il y a eu autant d'action - sinon plus - dans la salle de cour qu'au petit écran.

D'abord, aucune des autres vedettes de la série n'aimait vraiment Nicollette Sheridan, qui a été dépeinte comme une diva qui accumulait les retards, qui insultait les scénaristes et qui oubliait tout le temps son texte, retardant la production de l'émission. Sur le plateau, les actrices se chicanaient tout le temps à propos de leurs salaires et les fuites à ce sujet dans les magazines à potins irritaient à mort les têtes dirigeantes d'ABC.

Felicity Huffman et Eva Longoria, qui jouent Lynette et Gabrielle dans la télésérie, auraient également exprimé leur soulagement après le congédiement de Nicollette Sheridan, ex-épouse du chanteur de charme Michael Bolton qui a été révélée dans le soap d'après-midi Knots Landing du réseau CBS (Les héritiers du rêve à TVA).

Devant un jury, le producteur Marc Cherry a affirmé que la décision de tuer Edie avait été prise et approuvée quatre mois avant l'altercation de septembre 2008. Selon lui, Edie avait couché avec tous les hommes de Wisteria Lane et ne relançait plus l'intrigue du tout. Pour la tape, Cherry a prétendu qu'il s'agissait d'une démonstration de ce qu'il voulait que Sheridan répète devant les caméras, dans une scène où elle frappait son mari.

Huit jurés sur les 12 assignés au procès n'ont cependant pas gobé sa version, endossée par les bonzes d'ABC. Les huit jurés se sont plutôt rangés du côté de Nicollette Sheridan et ont cru qu'elle avait vraiment été victime de représailles.

Le problème, c'est qu'il aurait fallu, selon le droit civil californien, que neuf jurés appuient Nicollette Sheridan pour qu'elle gagne sa cause. À défaut d'unanimité au sein du jury, qui a délibéré pendant quatre jours sans succès, la juge Elizabeth Allen White a tout fait avorter lundi après-midi et un second procès devrait démarrer le mois prochain.

Poursuivre un producteur influent à Hollywood comporte son lot de risques et je n'ose même pas imaginer ce qui se produirait au Québec dans une cause semblable. Nicollette Sheridan sera-t-elle étiquetée à jamais comme fautrice de troubles? Pourra-t-elle de nouveau travailler à ABC? Sheridan a bien failli remporter le litige, mais les dommages causés à sa réputation professionnelle valent-ils plus que la somme qu'elle réclame?

Au Québec, dans un milieu tricoté serré, un procès similaire serait du bonbon pour les journalistes. Enfin, nous aurions droit à la version non censurée sur tout ce qui grouille dans les coulisses de nos émissions préférées. Y a-t-il un acteur ou une actrice prêt à s'amener à la barre des témoins? Allez, un peu de courage!

Avis aux fans, Radio-Canada diffuse les mardis à 20 h la huitième et dernière saison de Beautés désespérées.

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